contributions

Par Marie Thibaut de Maisières

En Belgique, la garde alternée égalitaire existe depuis plus de 10 ans et tout va bien!

“Ce qui vous attend si vous attendez un enfant” © Lionsgate
“Ce qui vous attend si vous attendez un enfant” © Lionsgate

“Ce qui vous attend si vous attendez un enfant” © Lionsgate


La semaine dernière, Le Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes (HCE) a demandé le retrait immédiat de la proposition de loi sur la résidence alternée systématique. Ai-je bien compris? Le HCE voudrait empêcher que les deux parents soient -de manière systématique- reconnus comme équitablement responsables de leur enfant en cas de divorce? En Belgique, une loi similaire qui favorise l’hébergement égalitaire a été votée il y a plus de dix ans (1). Et mon expérience de mère de famille féministe belge me permet de dire que le HCE est vraiment tombé sur la tête!

 

L’étrange argument des masculinistes 

Dans son communiqué, le HCE donne comme premier argument pour s’opposer à cette proposition de loi que celle-ci fait suite à de nombreuses propositions de lois similaires par des groupes de pression masculinistes. Quel argument étrange! Pourquoi les féministes ne se sont-elles pas emparées du sujet? En Belgique, logiquement, c’est sous leur pression notamment que la loi s’est préparée. Considérer que l’enfant a besoin, égalitairement, de ses deux parents -et non arbitrairement de celui qui possède un utérus- est la base de l’égalité entre les sexes. Si les masculinistes veulent devenir des pères égalitaires, grand bien leur fasse! Les heures de coloriage, le bon air du parc et les câlins quotidiens feront sûrement le plus grand bien à leur mauvaise foi. Je suis d’ailleurs prête à parier que consoler son adolescente qui a été victime de harcèlement dans le métro est plus efficace pour traiter un père masculiniste que n’importe quelle conférence féministe…

Politiquement, l’objectif de la loi était d’établir une norme: l’État considère qu’un papa est aussi important qu’une maman dans le soin et l’éducation de ses enfants.

Chez nous, c’est une femme ministre, Laurette Onkelinx, qui a fait adopter cette loi sur la garde alternée. Loi qui ne rend pas la garde égalitaire systématique mais qui donne l’obligation, aux magistrats, de considérer en priorité cette possibilité d’hébergement. Le juge peut s’écarter de ce principe en cas de contre-indication. Quand la loi est passée, il y a dix ans, le but judiciaire était double. D’abord celui de rendre les jugements plus prévisibles et non dépendants de la croyance subjective des juges. Et ensuite de limiter les conflits, notamment le chantage et la surenchère de discrédit entre parents pour la garde et les frustrations de parents qui se sentent lésés par la garde inégalitaire. Il fallait à tout prix éviter le phénomène “on entre dans le tribunal parce que l’on ne s’aime plus et on en ressort en se détestant”. Les pédopsychiatres le savent bien, si les enfants peuvent transcender la souffrance d’un divorce, avoir des parents qui se haïssent est une catastrophe pour leur développement à long terme. Politiquement, l’objectif de la loi était d’établir une norme: l’État considère qu’un papa est aussi important qu’une maman dans le soin et l’éducation de ses enfants.  On ne peut vraiment pas taxer cette ministre d’être à la solde des masculinistes, ils la détestent! À cause d’elle -ou grâce, c’est selon- un tas de maris, comme le mien, entendent régulièrement: “Je comprends que tu sois fatigué et que tu n’aies pas envie de donner le biberon de quatre heures du matin mais si tu avais ton bébé une semaine sur deux, ce serait encore plus compliqué!” Merci Laurette Onkelinx. 

 

Les multiples figures d’attachement de l’enfant

Mais revenons-en à nos agneaux. Le HCE donne comme second argument contre la proposition de loi que celle-ci est “au mépris des besoins fondamentaux des enfants”. Quelle galéjade” comme dirait votre président! Toutes les dernières études européennes prouvent (méta-analyse Nielsen de 40 études examinées datée de 2014) que de manière générale, l’hébergement égalitaire (50/50) ou quasi-égalitaire (35/65) est de loin la meilleure solution pour les parents et les enfants. Il est vrai, comme le rappelle le HCE, qu’il y a encore un débat parmi les magistrats belges lorsque l’enfant est tout petit (moins de trois ans) ou quand les parents sont en conflit brutal. Mais ce débat est dû à une mauvaise information des juges et non à un consensus scientifique car en respectant quelques règles (2), même dans ces deux cas-là, l’hébergement égalitaire est mieux pour les enfants qu’un hébergement exclusif ou inégalitaire (3). Ce qui est sûr, c’est que l’argument selon lequel la garde égalitaire est contraire aux besoin des petits de sécurité et à la nécessité d’assurer la présence stable de sa figure d’attachement principale, le plus souvent sa mère”, est non seulement faux mais absolument sexiste! L’affection viendrait-elle de l’utérus? Les figures d’attachement de l’enfant peuvent être stables ET multiples. Si le père n’est pas une figure d’attachement c’est qu’il ne s’est pas assez investi dans la relation, excellente raison dès lors de lui donner plus de place dans la vie de son enfant (4). D’ailleurs, on le voit quotidiennement en Belgique, même chez les enfants plus âgés, des pères moins impliqués saisissent l’occasion de la garde égalitaire pour remettre le curseur au milieu. Et ce dans l’intérêt de tous -y compris pour les parents car les études prouvent que c’est le mode d’hébergement égalitaire qui est aussi le meilleur pour eux. En répartissant les responsabilités entre la mère et le père, on évite la paupérisation et l’épuisement de l’ex-conjoint qui a la garde et l’éviction progressive de l’autre.

 

La meilleure solution en cas de séparation

Dans son communiqué de presse, le HCE rappelle “son attachement particulier en faveur d’un partage plus égalitaire des tâches domestiques”. Pardon, mais quelle mauvaise foi! Plaider pour un partage des tâches domestiques et puis ensuite, en cas de divorce, dire que c’est la mère qui est prioritaire, ça ne me semble pas du tout juste. Vient enfin dans le communiqué du HCE, l’argument massue et irréfutable: “Un mari violent n’est jamais un bon père. En France, 1 femme sur dix est victime de violences conjugales et 143 000 enfants vivent dans un foyer où une femme a déclaré des violences physiques ou sexuelles au sein de son couple.” J’abonde dans le sens du HCE, un mari violent n’est jamais un bon père. Mais si le mari est violent, abusif ou toxique pour les enfants; il ne faut pas lui accorder de garde du tout! Je ne comprends pas le “twist” d’utiliser les enfants victimes de père abusif pour empêcher la mise en place plus systématique de la garde égalitaire pour le plus grand nombre. Cette technique est affreuse car elle sous-entend que tous les pères célibataires pourraient être des abuseurs potentiels. Mettons tout en œuvre pour protéger efficacement les 143 000 enfants qui ont un père violent ou toxique, mais laissons tous les autres profiter du leur, indispensable à leur équilibre. 

La popularisation de ce mode de garde égalitaire, particulièrement au sein de la classe moyenne, a eu un effet bénéfique pour l’égalité entre les femmes et les hommes sur l’ensemble de la société.

En résumé, avec dix ans de recul, les Belges sont-ils contents de leur loi? Franchement, je pense que oui! Un sondage réalisé en 2015 montrait que, pour 70% des parents belges, l’hébergement égalitaire ou quasi-égalitaire était la meilleure solution en cas de séparation. Et les 30% d’enfants qui vivent selon ce mode de garde -oui, les stéréotypes ont la peau dure et malgré la loi, les mères restent encore souvent le parent de référence- se portent bien d’après les études européennes. Il me semble aussi que cette loi et la popularisation de ce mode de garde égalitaire, particulièrement au sein de la classe moyenne, ont eu un effet bénéfique pour l’égalité entre les femmes et les hommes sur l’ensemble de la société. Chaque matin, il y a dans toutes les cours de récréation de Belgique, des enfants qui arrivent à l’heure, parfaitement coiffés et habillés ayant pris un petit déjeuner sain et ce, aussi durant la semaine de papa. Dans beaucoup d’entreprises, on est habitués à ce que des pères, une semaine sur deux, abrègent une réunion, pour aller chercher les enfants à l’école. Bref, la parentalité belge devient petit à petit plus égalitaire, et personnellement, je pense que ça n’est pas étranger aux “semaines de papa”.

(1) Pour cet anniversaire, le magazine Filiatio a sorti un numéro hors-série à l’automne 2016 qui fait le point.

(2) Pour les moins de trois ans, la durée de l’hébergement alterné doit être plus courte. Par exemple 24h chez maman, 24h chez papa. Dans les familles où les parents sont en conflit brutal, le transfert des enfants d’un parent à l’autre doit s’effectuer dans un endroit neutre qui ne nécessite pas la présence des deux parents en même temps, par exemple, la crèche ou l’école.

(3) Les études montrent aussi qu’il faut éviter absolument une rupture entre l’enfant et un de ses parents car celle-ci a des conséquences très graves à long terme. Ce risque est grand avec la garde inégalitaire.

(4) Les juges de bon sens créeront une période transitoire -qui peut être longue- pour apprendre au père et à son enfant, petit à petit, à vivre ensemble harmonieusement dans une garde égalitaire. 


1. Pourquoi je veux lire des contes pour enfants où la princesse ne fait pas le ménage

Le 30 octobre dernier, Le Monde concluait son éditorial, intitulé #metoo ou #balancetonporc, le flot ne s’arrêtera pas, sur cette phrase: “Ce qui se passe depuis quelques semaines est un profond bouleversement, qu’il faut d’abord chercher à comprendre, puis sur lequel hommes et femmes doivent…
“Ce qui vous attend si vous attendez un enfant” © Lionsgate - Cheek Magazine
“Ce qui vous attend si vous attendez un enfant” © Lionsgate

2. On ne naît pas porc, on le devient

Ces derniers jours, beaucoup de personnes ont sursauté à la vue du hashtag #balancetonporc et se sont largement épanchés sur leurs doutes et leurs critiques. Peut-être parce qu’en France, nous adorons discuter de la forme, du registre de langage, des mots avant de discuter du…
“Ce qui vous attend si vous attendez un enfant” © Lionsgate - Cheek Magazine
“Ce qui vous attend si vous attendez un enfant” © Lionsgate

3. Mon année sabbatique: un voyage à la rencontre de moi-même

Au départ, l’idée a suscité l’hilarité. De quoi pouvais-je donc vraiment me plaindre? Je faisais un métier passionnant, j’avais un salaire correct, de nombreux et fidèles amis. Mais depuis quelques semaines, je la sentais, la boule qui montait. L’envie de tout envoyer valdinguer. La difficulté…
“Ce qui vous attend si vous attendez un enfant” © Lionsgate - Cheek Magazine
“Ce qui vous attend si vous attendez un enfant” © Lionsgate

4. Combat capillaire d’une femme métisse en 17 rounds

Je m'appelle Émilie, je suis née en 1982. Mon père est noir (du Mali), ma mère est blanche (de Loire-Atlantique). Je suis née toute blanche avec pleins de cheveux raides, noirs et droits sur la tête. Dès le départ, je ne ressemble ni à mon…
“Ce qui vous attend si vous attendez un enfant” © Lionsgate - Cheek Magazine
“Ce qui vous attend si vous attendez un enfant” © Lionsgate

5. Réhabilitons la connasse!

Les gens qui me connaissent peu ou Proust s’attendaient à un roman trapu et grave comme un rugbyman le soir d’une finale du XV de France. C’est un livre de cuisine que je leur ai tendu, intitulé: Les Recettes d’une connasse, et édité par Hachette Cuisine.…
“Ce qui vous attend si vous attendez un enfant” © Lionsgate - Cheek Magazine
“Ce qui vous attend si vous attendez un enfant” © Lionsgate

6. La grossesse vous va si bien

Faire un enfant est, chacun en conviendra à peu près, un acte déterminant et réellement impactant pour un couple. Il semble que ce constat fasse l'unanimité ou presque. Mon expérience personnelle de la grossesse ne va pas contredire cette vérité. En revanche, beaucoup d’autres  postulats …
“Ce qui vous attend si vous attendez un enfant” © Lionsgate - Cheek Magazine
“Ce qui vous attend si vous attendez un enfant” © Lionsgate

7. Le VIH, si proche et si lointain

“Je ne vais pas pouvoir venir avec toi en voyage”, m’a-t-il dit. Je vivais à l’époque au Vietnam et nous avions prévu de nous retrouver au Cambodge quelques semaines plus tard, un pays qu’il connaissait bien, et moi aussi. C’est par ces mots, si pudiques et…
“Ce qui vous attend si vous attendez un enfant” © Lionsgate - Cheek Magazine
“Ce qui vous attend si vous attendez un enfant” © Lionsgate