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Par Ibtissame Lachgar

Bisou de Nador: sommes-nous au Moyen Âge au Maroc?


Un bisou peut déclencher une émeute dans le plus beau pays du monde.

En solidarité aux adolescents de Nador poursuivis pour un baiser publié sur Facebook, un kiss-in a été organisé le 12 octobre dernier, à Rabat, capitale du Maroc. Il a malheureusement tourné au vinaigre à cause de quelques détracteurs se prenant pour les messies, les envoyés d’Allah. Tout y est passé: de “sales juifs, sales chrétiens on est en terre d’islam” aux “putes” à répétition, nous avons même eu droit à cette phrase culte “un bisou c’est le début du sexe”! Puis le lynchage sur la toile a commencé.

Être une femme n’est pas chose aisée dans le royaume, être femme et militante peut s’avérer dangereux. Les insultes et menaces fusent. “Pute” est le terme qui revient dans 99 % des cas. Propos machistes et sexistes, la misogynie bat son plein.

Pseudo-défenseurs de l’islam, patriotes et autres nationalistes s’acharnent sur ces mécréants que nous sommes! Les messages privés et échanges facebookiens débordent de conneries monumentales et surréalistes. À la lecture de ces messages, le manque d’éducation sexuelle et d’éducation tout court ne fait plus aucun doute: entre le virus du Sida qui peut “s’attraper” lors d’un baiser en public, le complot contre la sécurité du pays (la faute aux sionistes! Pourquoi pas aux extraterrestres tant qu’à faire?) et les “salope” de service, l’ignorance et le machisme crèvent les yeux.

Au Maroc en 2013, mère ou pute, il faut apparemment choisir.

Parce que oui, au Maroc en 2013, mère ou pute, il faut apparemment choisir. Certains pensent que la place de la femme est dans la cuisine, d’autres qu’elle peut l’ouvrir mais pas trop quand même.

Mais revenons à notre fameux baiser. Des lèvres scellées en guise d’amour et on s’embrase. Un beau geste, naturel, anodin et plein d’amour a provoqué la colère de nombreux Marocains et de quelques Marocaines. Parce que, soyons honnêtes, 95% des frustrés sont des hommes.

L’honneur et la pudeur étant indiscutables, une campagne photo a été lancée dans la foulée sur les réseaux sociaux: un bisou au coran. Vous ne voyez pas le rapport? Nous, non plus! Nous n’en avons pas fini avec le conservatisme et la bêtise humaine. Et ce n’est que le début… Comment un simple baiser peut défrayer la chronique  en tant que crime de lèse-majesté? (N’y voyez aucune référence au monarque! Sait-on jamais. La paranoïa court les rues).

Une démocratie à la carte. Un peu comme dans un fast-food. Une démocratie halal en quelque sorte.

L’avalanche de violence verbale déclenchée est aussi absurde qu’abjecte. Une virulence  à vomir. Zéro argument. Les vidéos incitant à la haine et appelant à la violence font désormais le tour du Net. Des arguments abracadabrantesques fusent et nous inquiètent. La peine de mort est même évoquée. C’est désespérant.

Quant à l’absence de solidarité d’une majorité des défenseurs des droits humains, elle est scandaleuse. Parce qu’au Maroc, la démocratie, chez ceux-là mêmes qui ne jurent que par elle et se battent pour elle, semble se définir sans certaines libertés individuelles. Beaucoup de sujets, comme les droits de certaines minorités, sont bannis et les droits des femmes sont mis au placard. Une démocratie à la carte. Un peu comme dans un fast-food. Une démocratie halal en quelque sorte.

Le harcèlement sexuel dont sont victimes les femmes est un sport national.

Bref, l’espace public a ses limites scandent nos détracteurs. L’espace public, parlons-en. Le harcèlement sexuel dont sont victimes les femmes est un sport national: insultes, expressions malsaines, termes vulgaires, attouchements…

Mais aussi conduite dangereuse, manque de civisme, non-respect de l’environnement  (parce que oui, jeter toutes sortes d’ordures sur la voie publique est chose ordinaire au Maroc).

Attentat à la pudeur dit-on: il est pourtant fréquent qu’un homme sorte son pénis et pisse au vu de tous et de toutes sans susciter le moindre rictus.

Après plusieurs semaines de ce scandale déclenché par un bisou, le constat est alarmant:

– L’adolescent amoureux de Nador semble très perturbé et a témoigné de son quotidien: crachats, insultes, plus de copains, parents d’élèves qui font pression sur le collège car ce gamin inciterait à la prostitution (rien que ça!). Le plus inquiétant étant qu’il s’excuse du bisou et demande pardon pour ce geste d’enfant mal-élevé! Sans commentaire.

– Deux plaintes ont été déposées suite à cet acte terroriste qu’est le kiss-in avec, entre autres chefs d’inculpation: “incitation à la débauche, atteinte à la pudeur publique, enfreinte du code pénal marocain, avoir ébranlé la foi d’un musulman, insulte à l’institution législative marocaine”.

-Un communiqué appelant à une manifestation  en faveur de la “chute” du Mouvement alternatif pour les libertés individuelles (Mali), avec une demande clairement formulée au roi du Maroc d’intervenir personnellement afin d’arrêter ses membres qui bossent pour le compte de l’occident et osent réclamer des libertés individuelles dans un pays musulman.

Sommes-nous au Moyen Âge? Le Maroc de demain sera islamiste ou ne sera pas. Cela me rappelle un peu le revirement iranien… Et cela me désole.


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