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Par Fiona Schmidt

Brigitte Macron: quoi son âge, qu’est-ce qu’il a, son âge?

Lui est trop jeune pour être président de la République, elle est trop vieille pour être son épouse… Depuis leur entrée sur la scène publique en 2012, Emmanuel et Brigitte Macron sont victimes d’un age shaming que je ne supporte plus. Quoi que l’on pense des Macron, il est urgent de leur foutre la paix avec leur âge.    
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Décidément, ce premier tour aura été celui des surprises ratées et des premières fois décevantes.

Première fois que plus personne ne s’émeut qu’un parti nationaliste, xénophobe et antiparlementariste arrive au second tour d’une élection présidentielle.

Première fois qu’une partie des électeurs, moi la première, est soulagée parce que la candidate de l’extrême droite n’arrive pas en tête du scrutin.

Première fois que la pensée qui m’a alors traversée l’esprit -“C’est déjà ça!”- laisse un tel goût acide dans le cerveau.

Première fois que le candidat républicain n’est pas issu d’un parti traditionnel.

Première fois que le premier arrivé inflige à ses partisans un discours aussi plat et déserté que la Beauce à la mi-novembre.

Première fois que le maillot jaune à la course à l’Élysée enlève son t-shirt avant l’arrivée.

Première fois à la Rotonde.

Première fois qu’un homme politique en lice pour une élection présidentielle monte sur scène main dans la main avec son épouse.

Première fois que son épouse s’en prend plein la gueule sur les réseaux sociaux.

Wait, en fait, ça, c’est déjà arrivé. Carla Bruni avait eu droit, elle aussi, à un tombereau d’insultes concernant son goût pour les hommes en général, de pouvoir en particulier, son visage ayant subi de nombreux travaux de restauration, et sa binationalité douteuse. Mais le bizutage élyséen s’était cantonné à un banal slut shaming, assorti d’un légitime face shaming, parce que vraiment, hein, son chirurgien, c’est Jean Nouvel, ahahaha! Salope, trafiquée et italienne, donc, mais au moins, l’épouse de l’ex-Président Sarkozy avait-elle le bon goût d’avoir un âge respectable: douze ans de moins que lui, soit 41 ans au moment de leur mariage en 2008. Ni trop jeune, ça fait pute, ni trop vieille, ça fait vieille.

Alors que Brigitte Trogneux, elle, a 24 ans de plus qu’Emmanuel Macron, soit exactement la même différence d’âge qu’entre Melania et Donald Trump, mais là c’est pas pareil tu vois, parce que Brigitte est une FEMME.

Or une femme, ça doit être plus jeune que son mari, et ça doit être jeune, tout court.

“J’ai confiance en ma génération et en la suivante pour qu’enfin, nous cessions d’avoir honte de ce que nous choisissons de montrer ou pas de notre âge, de notre corps, de notre visage ou de nos pensées.”

Je n’étais pas devant ma télévision au moment du discours du probable futur chef de l’État, j’étais devant sa retransmission en direct sur Facebook. Et ma bouche ne s’est toujours pas refermée depuis que j’ai lu les commentaires des internautes à propos de Brigitte Macron: “Il est venu avec sa grand-mère!”, “Elle est pas venue avec son déambulateur?”, “Regardez-moi sa gueule, elle est horrible”, “Elle me dégoûte”, j’en passe et des encore plus sordides.

Je propose que l’on dépose ici nos sentiments envers la politique d’Emmanuel Macron, l’opportunité ou non de la présence de son épouse sur la scène du Parc des expositions au soir du premier tour ou de leur choix de dîner à la Rotonde (#fooding) pour nous concentrer sur l’essentiel: l’âge de Brigitte Macron, dont on devrait se foutre comme de notre première crème anti-âge, mais dont on ne s’autorise toujours pas à nous foutre, justement parce qu’on a appris à lutter contre la vieillesse depuis notre adolescence. Au lycée, dans les années 90, les filles apprenaient deux choses: comment ne pas choper le Sida, et comment ne pas choper des rides.

À titre personnel, j’ai une peur panique du temps qui passe, moins à cause des sillons qu’il creusera quoi qu’il arrive sur mon corps que par hantise de ne pas avoir accompli assez de choses assez vite. Mais laissons mon psy méditer sur cette question et revenons-en à l’âge de Brigitte Macron, qu’on atteindra toutes un jour si ce n’est déjà fait, et que je refuse encore plus fermement aujourd’hui de considérer comme une menace, une insulte ou un motif de honte.

J’ai 35 ans et je ne veux pas commencer à m’excuser d’avoir des rides d’expression, le ventre moins plat qu’à vingt ans, les cuisses moins lisses qu’à 18. Je ne veux pas consacrer des sommes de plus en plus considérables de l’argent que je gagne à gommer mes expressions faciales, à effacer mes cheveux blancs, à raffermir mon cul et l’ovale de mon visage. Je ne veux pas m’affamer pour entrer dans les jeans que je portais il y a dix ans. Je ne veux pas m’en vouloir de devenir inemployable, ni m’effondrer parce que je deviens invisible aux yeux des hommes.

J’aimerais me promettre à moi-même de ne jamais lutter contre mon âge par quelque moyen que ce soit, mais je me mentirais, hélas -or je me mens très mal, je me gaule à chaque fois. Cependant j’ai confiance en ma génération et en la suivante pour lutter non seulement contre les discriminations que continuent de subir les femmes, mais pour qu’enfin, nous cessions d’avoir honte de ce que nous choisissons de montrer ou pas de notre âge, de notre corps, de notre visage ou de nos pensées. Pour qu’enfin, nous cessions d’entretenir cette stigmatisation, en affichant sereinement notre âge, nos minijupes ou nos bleus de travail, notre bronzage artificiel ou notre pâleur gothique, notre libido nucléaire ou notre absence d’intérêt pour le sexe. Pour que la profondeur de nos idées l’emporte ENFIN sur celles de nos décolletés.

La ré-love-ution est en marche, encore faut-il enfiler ses baskets -ou ses talons de 12– pour piétiner les a priori réactionnaires et misogynes.

Fuck yeah Brigitte, et n’écoute personne décider pour toi de la longueur de tes jupes ou de la couleur de ton teint. Continue les minis et les lampes à UV si tu kiffes, moi je kiffe ton courage d’affronter tout ça par amour pour le grand ado qui t’avait promis de t’épouser, alors que tu étais mariée et mère de trois enfants.


3. Mon année sabbatique: un voyage à la rencontre de moi-même

Manon a la trentaine et rentre tout juste d’une année sabbatique, qui l’a fait voyager à travers les continents, mais surtout à la rencontre de ses envies profondes. 
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5. Réhabilitons la connasse!

Il est grand temps d’investir un terme qui n’aurait jamais dû être une insulte mais un compliment…  
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