contributions

Par Cyna Bel

La langue française n'a pas toujours été machiste

   

Le magazine Lire publiait dans son numéro n°461 une chronique intitulée La confusion des genres, qui portait sur l’écriture inclusive. Sous couvert de présenter le débat relatif à la démasculinisation de la langue avec la plume objective d’un expert de la linguistique –Bruno Dewaele-, cette chronique a un parti pris machiste auquel je veux apporter une réponse sous forme de défense.

La langue française fait primer le masculin sur le féminin. Le “ils” représente à lui seul l’intégralité des genres -masculin, neutre, féminin. Il se veut universel. Il est “tous” et il est “chacune”. La langue française est sexiste. En douter, c’est déjà prendre parti du côté de la langue des forts.

Lorsque Bruno Dewaele, champion du monde d’orthographe 1994, écrit que la langue française est “censée” reproduire les préjugés machistes, et qu’elle accorde des “compromissions” au genre féminin, il réécrit la langue pour en polir les angles durs. Il la trahit dans ses intentions. Il se place déjà du côté des partisans de l’immobilisme. Non, la langue française ne favorise jamais le féminin sur le masculin. Oui, elle véhicule l’opinion ancrée selon laquelle l’homme est supérieur à la femme.

Pour autant, les féministes veulent-ils “jeter le bébé avec l’eau du bain”, comme l’explique Bruno Dewaele? Veulent-ils éradiquer la langue française jusqu’au dernier de ses mots dans un élan vengeur? Non. Au contraire! Les féministes veulent faire évoluer la langue, rétablir l’équilibre. Ajuster la grammaire à l’état du monde tel que nous le voulons en 2018, plutôt que la figer dans ses archaïsmes. Est ce que cela aboutirait à raser les monuments français sous prétexte qu’ils seraient d’“honteux vestiges d’un passé absolutiste”? Est-ce que le français “en pâtirait”? Je crois au contraire qu’il s’en trouverait grandi. Contrairement aux préjugés, reconnaître ses erreurs n’est pas un aveu de faiblesse, mais une preuve d’intelligence.

La langue est un miroir reflétant notre société. Elle est l’Histoire. Il y a des mots qui blessent, des mots qui tuent.

Alors quelle solution? L’écriture inclusive n’est peut-être pas l’outil adéquat pour rétablir l’équilibre. Il faut entendre l’argument des partisans de l’inertie, pour qui l’esthétique doit primer sur le “bidouillage de la langue” (tweet de l’académicien Bernard Pivot du 22 novembre 2017). Et Bruno Dewaele a raison lorsqu’il écrit que la “langue sera toujours plus qu’un simple moyen”.

La langue est un miroir reflétant notre société. Elle est l’Histoire. Il y a des mots qui blessent, des mots qui tuent. Certes, il faut chercher à ménager l’esthétique des mots. Toutefois, s’il fallait choisir, entre l’humain et la langue, que privilégieriez-vous? La réponse a déjà été donnée, par exemple lorsque les mots “négro” ou “youpin” ont été bannis et condamnés à la réclusion à perpétuité. Les mots éduquent, les mots traduisent la pauvreté ou la richesse de notre culture et de nos perspectives. Ils modèlent le réel. Et si Bruno Dewaele présente ironiquement le débat linguistique comme un “psychodrame dont la France raffole”, je crois pour ma part que ce débat-là n’a rien d’accessoire. Ne sous-estimons pas le pouvoir de nos mots. À moins que ce soit le pouvoir des femmes, que les tenant de l’immobilisme sous-estiment.

Jusqu’au XVIIème siècle, les accords s’effectuaient soit selon la règle de la majorité, soit selon celle de la proximité.

L’Histoire peut nous éclairer quant aux solutions dans ce débat, car le français n’a pas toujours été machiste. Jusqu’au XVIIème siècle, les accords s’effectuaient soit selon la règle de la majorité (s’il y a plus de femmes que d’hommes, le féminin l’emporte), soit selon celle de la proximité (l’adjectif s’accorde selon le genre et le nombre du nom le plus proche). Et quand Bruno Dewaele explique que le retour de l’accord de proximité s’accompagnerait de “deux pas en arrière” pour la cause des femmes, et signifierait la disparition des règles de galanterie, j’aimerais expliquer à Bruno Dewaele que la galanterie n’est pas une règle mais un usage, et que la grammaire n’impose pas la “mise au premier plan” des femmes. Que par ailleurs l’accord de proximité n’a pas vocation à supprimer la courtoisie. Le fameux “Françaises, Français” serait toujours suivi de l’accord masculin pluriel. Il serait à craindre, toutefois, que la galanterie perde de sa splendeur, puisque pour mettre en lumière le féminin, on pourrait désormais choisir de lui faire fermer la marche.


1. À quand une pilule de testostérone micro-dosée pour les femmes ?

Tous les êtres humains produisent de la testostérone -et des œstrogènes- à des taux différents. La graisse transforme la testostérone en œstrogènes. La première de ces deux hormones est une alliée de la libido, de la production de muscle, du brûlage des graisses, et est…
À quand une pilule de testostérone micro-dosée pour les femmes ? - Cheek Magazine

2. Du problème de la visibilité dans la littérature jeunesse

Il y a 15 ans, quand j'ai écrit Dis mamanS -un livre qui s'adresse aux tout-petits et qui raconte les réactions des copains de classe de Théo qui a deux mamans à la maison-, AUCUN éditeur de jeunesse généraliste n'en avait voulu. Les réponses (négatives)…
Du problème de la visibilité dans la littérature jeunesse - Cheek Magazine

3. Il faut arrêter avec le fantasme du “vrai mec”

J’avais prévu de bricoler cet après-midi -de bricoler vraiment: j’adore monter des trucs et percer des murs, or mon plan de travail ne va pas s’installer tout seul*. Après un mois passé à bosser tous les jours, même les lendemains de gueule de bois, pour…
Il faut arrêter avec le fantasme du “vrai mec” - Cheek Magazine

4. Vos préférences sexuelles sentent-elles bon le racisme?

“Je suis désolé·e mais je ne sors pas avec des noir·es”, “Moi j’adore parce que vous avez des trop belles formes (sous-entendu des grosses fesses / des gros seins)”, “J’ai jamais essayé avec une noire”, “tu es tellement exotique”, “panthère”, “lionne”, “tigresse”, sont autant de…
Vos préférences sexuelles sentent-elles bon le racisme? - Cheek Magazine

5. Les femmes doivent apprendre à draguer, et les hommes à se laisser draguer

J’ai toujours dragué les hommes avec lesquels j’ai eu des histoires d’amour et/ou de cul, depuis l’époque où l’amour consistait à se rouler des pelles aussi métalliques qu’interminables sous le préau du lycée jusqu’à aujourd’hui. Cette particularité jugée peu féminine est moins due à un féminisme…
Les femmes doivent apprendre à draguer, et les hommes à se laisser draguer - Cheek Magazine

7. Endométriose: lettre ouverte à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé

A l’attention de Madame Agnès Buzyn, Ministre des Solidarités et de la Santé Madame la Ministre, Nous venons par la présente vous interroger à propos d’une situation, qui étonnamment, est absente des débats publics sur la santé, et plus particulièrement celle des femmes. Depuis quelques…
Endométriose: lettre ouverte à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé - Cheek Magazine