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Par Juliette Boulay de Daxue Conseil Chine

En Chine, le féminisme fait son chemin doucement mais sûrement

Capture d'écran de la campagne féministe de la marque de cosmétiques SK-II
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La Chine a toujours été une société patriarcale. Mao a eu beau œuvrer pour l’égalité des genres en faisant figurer de jeunes ouvrières sur ses affiches de propagande, les femmes ne sont toujours pas les égales des hommes dans la Chine actuelle. En 2016, le pays était classé 99ème sur 144 en matière d’écart de genres. Pourtant, la notion de féminisme, qui est apparue dans les années 80 sous l’influence de la pensée occidentale au moment de l’ouverture économique de la Chine, se fraie peu à peu un chemin. Et si ses adeptes ne se définissent pas forcément comme telles, la lutte pour l’égalité a de plus en plus de supportrices.

 

Parler des droits des femmes oui, mais sans être qualifiée de féministe

De plus en plus de Chinoises connaissent le féminisme et réalisent qu’elles doivent défendre leurs droits”, explique Furui Li, chef de projet au sein du réseau de femmes Women’s Voice en Chine. “Elles sont toujours plus nombreuses à s’y intéresser et certaines sont même prêtes à participer à des événements féministes, surtout dans notre milieu. De façon générale, il y a un désir commun pour plus d’égalité des genres”, continue-t-elle. Pourtant, une grande majorité des Chinoises refusent d’être qualifiées de féministes. “Le terme, (女权 nǚquán) qui se traduit par ‘droit des femmes’ en mandarin, a été injustement stigmatisé”, explique la psychologue et sociologue Yinhe Li dans son essai Mes Observations Sociales. Le mot ‘droit’ est assez sensible dans le débat public chinois et on l’associe souvent à l’apparition de troubles sociaux.

 

Quand les marques surfent sur le féminisme

Mis à part le débat sur le terme même du féminisme, les femmes sont mieux valorisées en Chine, surtout dans les grandes villes. Les voyageuses par exemple auront remarqué les files de sécurité réservées aux femmes à l’aéroport de Pékin. Le féminisme devient même une recette marketing: les internautes ont applaudi la campagne du groupe de cosmétiques japonais SK-II contre la pression sociale exercée envers les femmes célibataires de plus de 25 ans. Le clip (à regarder ci-dessous) a été visionné plus de 2 millions de fois sur YouTube et 3 millions sur son équivalent chinois Youku. Son message: les Chinoises n’ont pas besoin du mariage pour se valoriser et préserver leur statut social. De même, la start-up Neiwai (内外) a lancé une ligne de lingerie axée confort en suggérant qu’il vaut mieux se sentir bien dans ses vêtements plutôt que de plaire aux autres.

 

 

L’entrepreneuriat comme solution 

Enfin, quoi de plus radical pour devenir indépendante que de se mettre à son propre compte? C’est la raison entre toutes qui a poussé une majorité de femmes à fonder leur entreprise ces dernières années, estime Amy Wu, la fondatrice du premier réseau d’entrepreneures GirlUp. Et de citer une statistique qui en dit long sur l’impatience des Chinoises à prendre leur envol: 73 % des femmes entrepreneures ont lancé leur business depuis moins de deux ans. Ceci dit, le chemin est encore long avant de pouvoir prendre le pouvoir dans la sphère économique. Encore aujourd’hui, les femmes représentent seulement 9,6 % des conseils d’administration des grandes entreprises chinoises, révèle Catalyst.

 

L’avenir est radieux, mais le chemin est semé d’embûches

Si Furui Li prévoit donc un “avenir radieux” au féminisme chinois, elle tempère: “Il existe encore de nombreux obstacles à son développement.”À commencer par le gouvernement. Ce dernier admet certes l’idée d’égalité des genres -il a d’ailleurs fait un grand pas en avant avec l’adoption d’une loi criminalisant les violences domestiques fin 2015-, “mais il risque d’intervenir dans la façon dont nous proposons et concrétisons le féminisme”.

L’autre grand challenge du féminisme chinois aujourd’hui est de dépasser les frontières des grandes villes pour atteindre les femmes vivant dans des régions plus isolées qui, non seulement sont plus souvent victimes de la société patriarcale, mais hésitent aussi à faire appel à la police ou à se confier à des ONG pour se sortir de leur situation.


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