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Par Soraya Addi

Mon féminisme à moi, c’est la culotte Petit Bateau

© Petit Bateau
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Il y a quelques jours, c’était la Journée internationale des droits des femmes. On a pu constater la richesse des sujets, débats et opinions que cet évènement annuel soulève. L’une des thèmatiques qui enflamme les médias français le 8 mars autant que le reste de l’année est la question de la tenue des femmes. L’avancée de leurs droits dans le monde combinée aux réseaux sociaux nous permet de voir en temps réel la différence des enjeux auxquels fait face le féminisme selon les régions, les pays et les cultures. On peut donc légitimement se poser la question de savoir si au moment où en Iran des femmes sont emprisonnées pour avoir violé la loi iranienne en ôtant leurs voiles en public, il est de bon goût de soutenir les femmes qui en France souhaitent se couvrir les cheveux par choix?

Alors que je connais ma position sur les violences faites aux femmes (je suis contre), ma position sur l’égalité salariale (je suis pour), je constate avec effroi que je suis démunie d’opinion quant à la toilette que “La Femme” doit ou non arborer en France en 2018, car mon instinct premier est d’opiner que les femmes adultes sont capables de se vêtir elles-mêmes. Grosse erreur! C’est donc le féminisme en panique que je me suis attelée à la tâche de déterminer si j’étais une féministe pudique ou au contraire exhibitionniste. Plutôt voile ou plutôt string donc? Après de longues heures de réflexion sur fond d’Aretha Franklin, j’ai décidé que j’étais contre les deux, et que mon féminisme à moi c’était la petite culotte en coton.

“Je rejetais le voile et le string avec la même force, car ils symbolisaient à mes yeux les deux extrêmes d’une hypersexualisation du corps de ‘La Femme’.”

Mon féminisme personnel revigoré, j’étais enfin prête à défendre ces femmes qui ne partagent pas mes opinions car sûrement opprimées par une société patriarcale qui leur incombe de se couvrir la tête d’un côté pour mieux se découvrir les fesses de l’autre. En pleine confection de mes pancartes à paillettes et de mon bleu d’ouvrière que je ne suis pas, je me répétais qu’étant une femme et me sachant féministe, mon opinion était forcément LE féminisme. “N’est-ce pas?” ai-je demandé en fixant ma petite culotte. “Si je brûle tous les voiles et tous les strings de la Terre, aurai-je libéré les femmes, ou serai-je devenue son nouvel oppresseur? Mon plan est-il celui d’une féministe convaincue ou d’une pyromane non assumée?” Culotte restait de marbre, silencieuse et inerte, face à mon questionnement existentiel.  

Je rejetais le voile et le string avec la même force, car ils symbolisaient à mes yeux les deux extrêmes d’une hypersexualisation du corps de “La Femme”. Cependant cette même Femme pourrait voir en ma culotte en coton son infantilisation et la négation de sa sexualité. Et si le féminisme était en réalité plus grand et plus vaste que ces considérations de chiffons plus ou moins couvrants? Le féminisme serait-il plus grand et plus vaste que mon opinion culottée?

Après tout ce n’est pas le voile que porte Malala qui lui a donné accès à l’éducation et l’a récompensée d’un prix Nobel. Ce n’est pas grâce à ses jambes dénudées que Beyoncé est devenue l’une des cheffes d’entreprise les plus influentes du monde. Enfin, Frida Kahlo ne doit certainement pas son statut d’icône à son monosourcil ou à ses couronnes de fleurs. C’est par leur travail et leurs convictions que ces femmes redéfinissent le monde tel que nous le connaissons.

C’est en changeant la narrative, en affirmant nos termes du débat, et en refusant de répondre à des invectives prédéfinies par une société patriarcale et une majorité ethnique subjective, que nous, femmes, reprendrons le contrôle de ce qu’est le féminisme. Car le féminisme ne doit plus être une réponse enfermée dans les limites d’une oppression, mais une idéologie indépendante de toutes les femmes pour toutes les femmes. Car nous ne pourrons atteindre l’égalité face aux hommes si nous ne sommes pas capables de nous l’accorder entre nous. Il n’est donc aucunement contradictoire qu’une femme adulte qui choisit librement de porter le voile en France soutienne les femmes iraniennes qui souhaitent que cette même tenue ne leur soit plus imposée.

“Le féminisme n’a ni couleur de peau, ni nationalité, ni religion, ni uniforme.”

Le féminisme n’est ni culturellement arrogant ni culturellement complexé. Le féminisme n’a ni couleur de peau, ni nationalité, ni religion, ni uniforme. Le féminisme élève toutes les femmes, même celles qui le renient et le méprisent, celles qui le rejettent et le méprennent. Le féminisme ignore ses propres limites et lutte pour que toutes les femmes aient entre leurs mains les outils nécessaires à la construction d’un monde qu’elles définiront ensemble pour ne plus avoir à subir un monde qui les définit selon des catégories artificielles.

Nous, femmes, avons les moyens de changer les termes du débat, pour imposer les thèmes de l’accès à l’éducation de toutes les jeunes filles, l’égalité des chances en matière d’emploi, la prise en compte de nos voix sur les questions sociales, sanitaires, économiques, écologiques et politiques. Nous ne devrions plus justifier nos choix vestimentaires, mais rappeler que nos tenues, quelles qu’elles soient, n’excuseront jamais la privation de nos droits humains et de nos libertés fondamentales, et laisser aux hommes, si ça leur chante, le hobby superficiel et chronophage de débattre entre eux de chiffons au nom de leur droit auto-attribué de nous regarder ou de nous cacher.

Féministement vôtre.


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