contributions

Par Fiona Schmidt

Les femmes doivent apprendre à draguer, et les hommes à se laisser draguer

Un an après le début de l’affaire Weinstein et #MeToo, il est temps que les codes de la séduction changent ENFIN.

J’ai toujours dragué les hommes avec lesquels j’ai eu des histoires d’amour et/ou de cul, depuis l’époque où l’amour consistait à se rouler des pelles aussi métalliques qu’interminables sous le préau du lycée jusqu’à aujourd’hui. Cette particularité jugée peu féminine est moins due à un féminisme précoce qu’à une contingence pratique: j’ai débarqué au collège avec ma puberté précoce, quinze bons centimètres de plus que les garçons et des fringues achetées en Allemagne -de l’ouest, mais quand même-, où j’ai passé les dix premières années de ma vie. J’aurais eu des toiles d’araignées entre les amygdales avant qu’un garçon ait envie de les dépuceler avec sa langue. J’ai donc fait le premier pas des premiers pas, et comme ça a fonctionné (#NeilArmstrong), j’ai fait les suivants: c’est aussi simple que ça. Par ailleurs, contrairement à Brigitte Lahaie, je n’aime pas attendre qu’un homme propose pour disposer, j’aime bien avoir le choix d’entrée de jeu. Comme à la boulangerie. J’aime bien choisir ma baguette, comme j’aimerais bien choisir mon plat dans ces restaurants branchés à menu unique où le chef est tellement un artiste que je ne peux pas décider du chef-d’oeuvre qu’il va me peindre sur le palais. Demande-t-on à Damien Hirst de découper des cochons d’Inde plutôt que des vaches avant de balancer dans du formol? Non, bien sûr.

Je ne dis pas que je n’ai jamais été draguée, ni que cela me déplaît, ou que je n’ai jamais répondu à l’invitation d’un homme à visiter sa couette ou son clic clac. Je ne dis pas non plus que cet abordage a toujours fonctionné: il y a des hommes auxquels je ne plais pas -et je respecte leur droit d’avoir mauvais goût. Et puis il y a des hommes qui n’aiment pas qu’une femme les aborde: “Ça fait gouine”, m’a dit un jour un homme avec lequel je n’ai brusquement plus eu envie de coucher. Mais il y a des hommes à qui ça plaît, de sentir le désir d’une femme pour eux, et c’est là le principal avantage de cette technique: elle permet de séparer le bon gars de l’ivraie. 

Aujourd’hui, la plupart des femmes en ont leur claque que de trop nombreux hommes continuent de se comporter avec elles comme si elles étaient des buffets à volonté du Flunch, même “pour rigoler” ou“en tout bien tout honneur”.

Et pourtant les statistiques sont formelles: dans 9 cas sur 10, c’est l’homme qui fait le premier pas (1). Il serait temps que #MeToo répare cette injustice et redistribue les tâches de la séduction qui incombent à 90% aux hommes depuis des siècles. Remplacez la séduction par le repassage, et imaginez quels pavés ils nous auraient lancés depuis des centaines d’années, Mesdames! #humourféministe

Mais pourquoi changer l’ordre établi par une petite bande de mâles alphas il y a des milliers d’années, et qui continue de prévaloir à notre époque soi-disant moderne? Ben parce que #MeToo, justement. Aujourd’hui, la plupart des femmes en ont leur claque que de trop nombreux hommes continuent de se comporter avec elles comme si elles étaient des buffets à volonté du Flunch, même “pour rigoler” ou“en tout bien tout honneur”. Jadis elles serraient les dents et écartaient les cuisses en se persuadant qu’une main aux fesses était un compliment, mais depuis un an, les écluses sont inversées, le juge ultra conservateur Brett Kavanaugh en sait quelque chose, qui risque de voir le siège de la Cour Suprême des États-Unis lui passer sous le nez parce que trois femmes osent parler pour l’accuser d’agression sexuelle.

Aujourd’hui, les femmes parlent (pas toutes), ce qui est un progrès, mais elles draguent toujours aussi peu. Et les hommes, qui ont désormais peur de se faire crucifier à coups de hashtags sur les réseaux sociaux, n’osent plus ou ne savent plus comment draguer. Or les soirées, qui rallongent, risquent d’être vraiment longues si l’on continue de se regarder en chien de faïence, le couteau entre les dents. C’est la raison pour laquelle j’ai écrit L’Amour après #MeToo, une sorte de guide de la séduction ISO 9001 qui concerne autant les hommes que les femmes. I have a dream que l’on remette de la légèreté dans la drague, plombée non seulement par #MeToo, mais aussi et surtout par des siècles de malentendus entre les sexes et d’a priori qui divisent les esprits au lieu de les rapprocher les corps.

Il est essentiel que les femmes investissent enfin leur sexualité et assument leurs désirs, ou leur absence de désir.

Je rêve que les hommes (pas tous) cessent de considérer la séduction comme une compétition entre mecs “qui en ont” et dont la valeur morale et sociale augmente à chaque femme qu’ils baisent. S’ils considéraient la séduction pour ce qu’elle est, c’est-à-dire une occasion agréable de passer un moment cool avec un autre être humain, et pas la preuve ultime de leur virilité, l’ambiance serait plus détendue pour tout le monde. Ça leur permettrait aussi de ranger leur virilité dans un endroit plus sûr et moins fragile qu’un slip en coton: leur crâne, par exemple. Comme leur masculinité ne dépendrait plus entièrement de leur bite, ils accepteraient plus facilement de partager le pouvoir sexuel auquel certains (pas tous) s’accrochent encore comme un Lannister au Trône de fer (les vrai.e.s savent).

La liberté sexuelle censée être acquise pour tou.te.s sera vraiment équitable le jour où les hommes (pas tous) cesseront de considérer qu’une femme désirante, une femme qui couche le premier soir, une femme qui demande au lit sans qu’on lui ait soufflé le scénario est une salope. Pour cela il va falloir aussi que les femmes cessent de considérer le sexe comme un cadeau fait à un individu qui a “par nature” plus de “pulsions” qu’elles, ou une monnaie d’échange pour obtenir quelque chose (de l’amour, la paix, un nouveau sèche-linge…) Il est essentiel qu’elles investissent enfin leur sexualité et assument leurs désirs, ou leur absence de désir. Pour cela il est grand temps qu’elles arrêtent de simuler leurs orgasmes et leurs fantasmes cal(qu)és sur un porno mainstream fait par et pour des hommes, qu’elles cessent de jouer à être chaude comme une centrale vapeur à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, et qu’elles osent draguer, non pas pour faire comme les mecs, pour paraître cool ou jouer les féministes, mais parce qu’elles ont envie d’un être humain qui ne prendra pas leur désir pour une tentative de castration, ou une OPA sur sa virilité.

Le programme est ambitieux, je vous l’accorde. Mais on ne fait pas la révolution en frissonnant dans son Damart. 

À vous de jouer.

(1) Timothy Perper, Sex Signals: the Biology of Love 


1. Journal du confinement: Ce déconfinement qui ne vend pas du rêve

Quand nous nous sommes embarqué·e·s dans la grande aventure du confinement, il y a presque deux mois, nous ne savions pas très bien ce que nous faisions. Nous avons donc commencé par nous barricader chez nous quand nous le pouvions, en stockant des pâtes et…
Journal du confinement: Ce déconfinement qui ne vend pas du rêve - Cheek Magazine

2. Comment les films déprimants ont sauvé mon confinement

Je n’ai jamais compris pourquoi la majorité des gens regardaient Love Actually pour se consoler d’une rupture amoureuse. Assister aux prémices d’une histoire d’amour quand on lorgne sa boîte de Lexomil du coin de l’œil relève plus du masochisme que du réconfort. Regarder pour la énième…
Comment les films déprimants ont sauvé mon confinement - Cheek Magazine

3. Confinement: suis-je la seule à aimer ça (et à en avoir honte…)?

Attention, il ne s’agit pas de sexe: aimer ça, je suis loin d’être la seule, et avoir honte, ce n’est plus le cas de personne, j’espère. Non, il s’agit du confinement. Pour de multiples raisons, j’adore ce que je suis en train de vivre, et…
Confinement: suis-je la seule à aimer ça (et à en avoir honte…)? - Cheek Magazine

4. “Ally McBeal” a sauvé mon confinement

Le panache.  Dans la série Ally Mcbeal, le meilleur ami de l’héroïne se galvanise devant son miroir en écoutant You're the first, you're the last, my everything de Barry White. C’est son hymne avant chaque match important. Il lui donne la confiance nécessaire pour plaider au tribunal ou pour…
“Ally McBeal” a sauvé mon confinement - Cheek Magazine

5. Journal du confinement: La zone de confinement

Presque 7 semaines. À moins que ce ne soit 7 jours. Ou 7 ans. Peu importe. La faille spatio-temporelle dans laquelle nous sommes tombé·e·s mi mars semble ne devoir jamais disparaître, tant l’horizon n’est pas dégagé sur le front du coronavirus. De toute façon, nous…
Journal du confinement: La zone de confinement - Cheek Magazine

6. Le confinement n’est pas une comédie romantique

Ce matin, un journaliste m’a contactée car il voulait écrire un article sur la drague pendant le confinement. J’imagine qu’il m’a vue sur Tinder. Évidemment qu’il m’a vue sur Tinder. Ça y est. Je suis devenue une sorte de Bridget Jones au temps du Covid-19.…
Le confinement n’est pas une comédie romantique - Cheek Magazine

7. Journal du confinement: les kifs de confinement (il y en a quand même)

Évacuons d’emblée la critique qui va surgir dans les trois secondes: bien sûr qu’on ne peut rien kiffer du confinement quand on n’a plus de quoi manger, qu’on dort dans la rue, ou qu’on vit sous le même toit que son bourreau. Il n’est pas…
Journal du confinement: les kifs de confinement (il y en a quand même) - Cheek Magazine