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Par Nathalie Blu-Perou

“Gaspard”, nouvel accessoire connecté anti-viol: le drame de l'indifférence?


En France, certaines études avancent qu’il n’y aurait pas moins d’une victime de viol toutes les huit minutes. Pas étonnant, dans ces conditions, que certains concepteurs voient en ce fléau un marché potentiel. Hier, dans mes mails, il y avait celui de Nicolas Desachy, à l’origine de la création d’une nouvel objet connecté anti-agression, répondant au nom de “Gaspard”. 

Il s’agit d’un petit gadget pouvant se fixer discrètement sur vos vêtements, votre sac à main, vos bijoux, ou même dans vos cheveux, de façon à être facilement accessible en cas d’agression. Connecté à votre téléphone, par simple pression, il permet de vous géolocaliser et de déclencher immédiatement l’alerte auprès de vos proches, de passants se trouvant autour, de la police ou de toute autre personne ayant téléchargé l’application. Ces derniers reçoivent également, en temps réel, un itinéraire pour venir vous secourir rapidement.

Derrière la vision idyllique proposée par la vidéo de démonstration, semblent cependant subsister des problèmes techniques de taille.

M’invitant tout d’abord à visionner la vidéo de présentation (ci-dessous) pour mieux en comprendre le fonctionnement, mon interlocuteur m’exhorte ensuite à lui faire un “retour” objectif. Ce que je m’empresse de faire, par retour de mail et ici. Rappelons d’abord, en postulat de départ, que même si ce sont avant tout les mentalités qu’il faut changer par un travail d’éducation, toute initiative susceptible de permettre d’éviter ne serait-ce qu’un seul viol, est, par essence, à saluer. Ce qui, néanmoins, n’interdit pas d’émettre quelques réserves quant à la réelle efficacité de ce nouveau concept. Car derrière la vision idyllique proposée par la vidéo de démonstration, semblent cependant subsister des problèmes techniques de taille.

 

 La vidéo de présentation de “Gaspard”

Chacun sait qu’en France, toutes les zones géographiques ne sont pas égales du point de vue de la couverture du réseau de téléphonie mobile. Quid de l’intérêt d’une telle application en zone reculée Ardéchoise, par exemple? Ou en cas de panne de réseau (et Dieu sait si cette éventualité est fréquente chez certains opérateurs)?

S’il faut reconnaître que cet objet est beaucoup plus confortable et discret à porter que d’autres accessoires anti-viols imaginés jusqu’ici (culottes, jean, soutiens-gorge, collants anti-viol, etc…), c’est aussi et surtout parce qu’il n’est pas destiné à éviter techniquement le viol, mais simplement à signaler que celui-ci est en train de se produire. Une nuance d’autant plus importante que le temps écoulé avant qu’une personne prévenue ne se porte au secours de la victime peut parfois être très long (la majorité des femmes violées le sont en quelques minutes, voire quelques secondes).

Tout dans leur vidéo évoque, au contraire, la peur: petits bonhommes effrayants représentant les agresseurs, femme prise au piège dans une cage transparente, représentation concrète d’armes de défense. 

Comment ne pas imaginer, également, puisqu’“qu’une simple pression suffit à déclencher” le processus d’alerte, les conséquences (non prévues) d’une possible fausse manip’. Il pourrait ainsi être particulièrement cocasse de voire débarquer Papa, un inconnu ou pire, Jules, alors que vous vous adonniez, à l’abri des regards, à des ébats (bien consentis) dans les bras de votre amant d’un soir…

Loin de remettre en question les intentions sincères des inventeurs de cet outil, je ne suis pour autant pas totalement convaincue lorsque ces derniers estiment que leur communication “joue sur un accessoire de mode, mais ne surfe pas sur le commerce de la peur”. Parce qu’absolument tout dans leur vidéo évoque, au contraire, la peur: petits bonhommes effrayants représentant les agresseurs, femme prise au piège dans une cage transparente, représentation concrète d’armes de défense (pistolets, couteaux, etc…). Mais, après tout, pourquoi éprouver une telle nécessité de s’en défendre? Pourquoi, diable, une invention destinée à rassurer les femmes naîtrait forcément de mauvaises intentions, et devrait obligatoirement se priver d’avoir des ambitions commerciales?

Mais, en vérité, combien, parmi leurs contacts virtuels (et même réels) accourront vraiment, en cas de danger?

En réalité, cette invention “connectée” (qui s’appuie, donc, sur le concept de réseaux sociaux), surfe davantage sur le marché de la solitude, de l’indifférence générale et de l’égocentrisme, généré par notre triste société. En concluant sa démonstration par un “You’ll never be alone again” (Ndlr: “Tu ne seras plus jamais seule”), les concepteurs semblent exploiter les mêmes faux-semblants et miroirs aux alouettes que les Facebook, Twitter and Co, donnant à leurs usagers l’illusion d’être “entourés”, d’appartenir à une grande communauté. Mais, en vérité, combien, parmi leurs contacts virtuels (et même réels) accourront vraiment, en cas de danger?

Il est permis de douter, lorsqu’on voit qu’aujourd’hui, on peut se faire agresser en plein métro à Lille, sous le regard indifférent, imperturbable de ses semblables. Plus encore, je trouve aussi particulièrement malsaine l’idée de relayer, quasi en direct, les pseudo-sauvetages sur les réseaux sociaux. Mettre ainsi à l’honneur les “héros” du jour à grands coups de “like” (le site pousse même la mise en scène jusqu’à leur offrir des mugs, t-shirts et autres trophées à son effigie) revient, au final, à rendre exceptionnel un geste qui, au fond, devrait être banal. Un simple acte de civisme. Un réflexe de savoir-vivre.


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