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Par Marie Beauchesne

Que personne ne vienne me dire que je ne suis pas féministe

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Je suis née en 1990, mon entourage est globalement convaincu que l’égalité salariale est souhaitable, que le harcèlement de rue n’est pas normal, que les femmes subissent encore un double standard dans leur vie personnelle et professionnelle. 

 

Mais… 

…Quand il s’agit de se dire publiquement féministe on me recommande la prudence. “Attention quand même, dans le business c’est un positionnement dangereux” et “attention avec les mecs, ça va leur faire peur”. Bien sûr c’est frustrant, mais si je me mets à leur place, je les comprends. Le féminisme à la française a besoin de se réinventer. 

Petit test autour de moi, sur une population pourtant assez réceptive: “Si je te dis féministe française, tu penses à qui?” Simone, l’autre Simone, les Femen, Virginie Despentes sont les noms qui reviennent le plus souvent. Soit des féministes mortes, d’un autre siècle  - avec toute la gratitude que j’ai à leur égard-  soit des intellectuelles ou des radicales. La France est redevable à Simone de Beauvoir et a besoin de Virginie Despentes mais elle a aussi besoin d’autre chose. 

Ma génération est féministe mais...

 

Révolution n°1: le féminisme pop

Un très bon article dans Grazia traitait récemment d’une autre forme de féminisme qui prend de l’ampleur aux États-Unis. Il est porté par l’art, la culture, et surtout la pop culture. Outre-Atlantique, mes icônes féministes sont des business women  -Hello Sheryl Sandberg, coucou Sophia Amoruso-, des célébrités pop et engagées issues du cinéma ou de la musique, comme Emma Watson, dans le genre parfaite sous toutes les coutures, ou Lena Dunham dans le genre imparfaite assumée sous toutes les coutures.

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Beyoncé dans le genre icône toute catégories confondues

Elles sont jeunes et elles parlent du quotidien, de l’entreprise, de la représentation des femmes à la télévision et elles montrent l’exemple elles-mêmes pour faire bouger les choses. Ce sont des exemples certes lointains et avec une dose de commercial mais je préfère du commercial qui marche que des beaux discours, purs et sans suite. En fait, je suis une féministe pragmatique, l’idéalisme n’est qu’une boussole. 

Grazia, toujours, cite une sociologue pour qui, en France, “il y a encore la pensée d’un féminisme ‘sacré’, forcément intellectuel”. Et force est de constater que tout le temps qu’on passe à définir le féminisme, on ne le passe pas à agir. 

 

Révolution n°2: toutes féministes

Alors on fait quoi? Eh bien, on donne l’exemple, comme Lena Dunham ou Emma Watson mais au quotidien, en refusant le sexisme ordinaire, si possible avec le sourire (pas toujours facile), et on accepte que le féminisme pur et parfait n’existe pas. Et qu’on a le droit à la contradiction. 

Ma génération est féministe mais...

Baby Woman, un essai sur le féminisme et l’empowerment féminin par Emily Ratajkowski dans Lenny Letter

Le féminisme est pluriel, comme les femmes en fait. Mais si chacune fait sien au moins un combat en particulier, alors les féministes ne seront plus une minorité d’énervées mais la majorité, avec du poids pour faire bouger les lignes. 

Le tout est de choisir son combat. Le mien c’est la liberté, celle de choisir son histoire, son identité. 

C’est pour ça que je travaille depuis quelques mois sur un projet de marque de mode différente, qui valorise tous les mois une femme inspirante par son histoire et sa personnalité. Parce que la beauté a tellement de visages différents, mais bizarrement aujourd’hui, elle a souvent tendance à se cantonner à une image filtrée, figée  -en taille 34 1/2 tant qu’à faire

Ma génération est féministe mais...

 

C’est aussi pour ça que j’ai décidé de ne plus perdre d’énergie sur des débats moins importants pour moi. J’ai lâché du lest sur la règle du masculin qui l’emporte, sur les verres au bar de temps en temps, sur le public shaming des “fausses féministes” (hello Miley Cyrus, hello Mrs Carter). Je dois admettre que j’ai longtemps excellé en la matière, alors que ça aurait pu être utile de commencer par mes propres contradictions: un cœur de princesse Disney en lutte avec un cerveau de Xena princesse guerrière par exemple, ou ma lutte contre les diktats de beauté mais mon regain d’intérêt annuel pour la gym au mois de mai, quand Glamour me rappelle que c’est bientôt la saison des maillots de bain. 

Ma génération est féministe mais...

 

Révolution n°3: le féminisme unisexe

Bref, je ne suis pas la féministe parfaite, ni le parfait exemple, mais je crois que le féminisme pop nous montre qu’on peut toutes donner l’exemple. Le changement commence par mon entourage, le vôtre et en étant le changement qu’on a envie de voir, dans la limite de nos contradictions. 

Alors demain, nous serons tous féministes. Tous, parce que les mecs, on a besoin de vous aussi. Ca n’a pas toujours été bien vu en tant que féministe de dire qu’on a besoin des mecs, et je suis encore en rehab d’indépendance de l’extrême mais je vais mettre mon orgueil de femme de côté et je répète: les mecs, on a besoin de vous. Au besoin, Emma Watson est très convaincante aussi…

Aujourd’hui, ni les hommes ni les femmes ne devraient avoir peur de se dire féministes. Le féminisme est unisexe. 

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