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Par Les Martiennes

Le “féminisme pop”, un concept bullshit?


Depuis quelques mois, la presse adore parler des “pop féministes”, de ces nanas bien dans leur peau “décapantes, cash, déjantées, irrévérencieuses, névrosées, provocantes, intelligentes”. En bref, à mille lieues du “féminisme old school des années 70”. C’est en tout cas ce qu’on pouvait lire dans Obsession, le supplément de L’Obs, en juin dernier. Les “pop féministes” seraient donc “plus cool”.

Et pour caricaturer le propos, elles seraient des filles super sympas, à l’opposé des stéréotypes de la féministe hystérique et agressive. Car cette image négative a la vie dure. Au point que les actrices qui jouent dans des films ou des séries féministes prétendent souvent le contraire. Elles ne sont surtout pas féministes et tiennent à le rappeler, à l’instar des héroïnes d’Orange is the New Black ou encore des actrices de Sous les jupes des filles de la réalisatrice Audrey Dana. Décrédibiliser les féministes, les faire passer pour des monstres agressifs n’est pas nouveau. Si être féministe reste encore pour beaucoup un gros mot, c’est parce que les opposants de l’égalité ont toujours tenté de dévaloriser leur combat et leurs propos, en discréditant d’abord les militantes et militants.

Le risque en revanche, c’est que ce “féminisme pop” ne soit qu’une mode passagère. On espère que non.

Et c’est sûrement le problème que posent les articles consacrés au “féminisme pop”: ils opposent “les bonnes” et les “mauvaises” féministes, les sexy sympas et les autres, les jeunes et les vieilles, les in et les old school. À croire que les auteurs de ces papiers découvrent que les féministes sont en fait des femmes et des hommes normaux. Merci pour l’info. Ces “pop féministes” représentent  cette nouvelle vague connectée. “Outre-Atlantique, la presse les appelle les ‘Next Wave Feminists’”, pouvait-on lire dans Les Inrocks en février 2014. Il s’agit d’“une génération hybride, néo-hippie à bien des égards, mais qui croque l’informatique à pleines dents, tout en restant critique. Et qui a totalement assimilé la culture des gender studies (quasi mainstream dans la culture anglo-saxonne depuis le début des années 2000) et se fait un plaisir de mettre en pièces hétéronormativité et réseaux sociaux”. À force de décrire ces nouvelles féministes, de parler de leurs techniques, de leurs habitudes, on en oublie presque que l’essentiel, le féminisme, c’est d’abord le combat pour l’égalité femme/homme. Et c’est tout.

Il existe toutefois une réelle nouveauté: le coming out féministe de stars internationales à l’image de Beyoncé, en passant bien sûr par Lena Dunham, Taylor Swift, Emma Stone, Emma Watson à l’ONU, Jennifer Garner ou encore Sheryl Sandberg. Comme le souligne l’historienne Christine Bard dans Elleelles sortent le mouvement de la sphère militante, politique, intellectuelle pour le faire entrer dans la pop culture, on peut espérer que cela fasse boule de neige”. Le risque en revanche, c’est que ce “féminisme pop” ne soit qu’une mode passagère. On espère que non. Peut-être que ces stars qui prennent des positions audacieuses rendront la lutte pour l’égalité plus grand public et plus évidente. Malheureusement, quand on voit qu’une personnalité misogyne comme Éric Zemmour vend des centaines de milliers de livre dans notre pays, on se permet d’en douter.


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