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Par Myriam Levain

Pourquoi la (non) maternité reste un facteur d’inégalité majeur entre les femmes et les hommes

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Aujourd’hui sort en librairie le récit de mon parcours pour faire congeler mes ovocytes en Espagne, faute d’avoir pu le faire en France, où cette pratique est toujours illégale. Dans Et toi tu t’y mets quand?, je relate en effet les questions qui, comme beaucoup d’autres, m’habitent depuis que j’ai franchi la barre des 35 ans, l’âge fatidique auquel les médecins alertent sur la baisse de la fertilité des femmes. En effet, la majorité d’entre nous ignore que cette dernière n’est pas liée à la ménopause ni au vieillissement de l’utérus, mais bien au vieillissement des ovocytes (qu’on appelle ovules dans le langage courant). En résumé, si l’appareil reproductif d’une femme peut continuer de fonctionner tard, voire très tard, la possibilité d’obtenir une grossesse commence à chuter en même temps que son stock d’ovocytes se dégrade, qualitativement et quantitativement. Et le début de ce déclin est statistiquement observé à partir de 35 ans, avec une accélération autour de la quarantaine. Un certain nombre de femmes en font régulièrement les frais et découvrent dans le cabinet de leur gynéco que les grossesses tardives ultra médiatisées qu’elles ont cru possibles pour elles ne le seraient pas forcément, à moins d’avoir recours à de la PMA et notamment au don d’ovocytes d’une autre femme plus jeune.

Si ces mêmes femmes, mieux informées, avaient pu autoconserver leurs propres gamètes, nul doute qu’elles l’auraient fait pour maximiser leurs chances d’avoir un enfant sans parcours du combattant -une fécondation in vitro réalisée avec des ovocytes “âgés” de moins de 35 ans a d’excellentes chances de succès. Avec une meilleure connaissance de leur anatomie, nul doute qu’une autre partie d’entre elles aurait attendu moins longtemps avant de se décider à faire un enfant. Mais, même bien informées, nombreuses d’entre elles n’auraient pas vraiment eu d’autre choix que de croiser les doigts pour faire la bonne rencontre au bon moment, à savoir quand leur horloge biologique le leur permettait encore. Et tant pis pour celles qui ont fait des études à rallonge, misé sur le mauvais partenaire, rompu trop tôt, trop tard, collectionné les jobs ou les amants passionnants, collectionné les amants catastrophiques, bref celles qui ont décidé de profiter de la vie sans enfant. Les détracteurs de la PMA n’ont de cesse de rappeler aux femmes que la société n’a pas à payer pour leurs choix, en oubliant que la plupart du temps, ces choix n’en sont pas. La seule décision commune à la cohorte de trentenaires nullipares est d’avoir décidé de ne pas sauter à pieds joints dans la maternité une fois la fac terminée.

“Aujourd’hui, ce sont les femmes qui portent encore et toujours le poids la parentalité quels qu’aient été leurs choix personnels et professionnels.”

À 25 ans en effet, les difficultés pour enfanter sont rares, mais quelle est la proportion de femmes dont ce projet est alors la priorité en France en 2018? Plus nombreuses sont celles qui se décident à franchir le cap autour de 30 ans, un âge où elles ont pu profiter de leur jeunesse sans stresser sur leur vieillesse. L’âge aussi où la carrière connaît un tournant décisif, et où les premiers postes à responsabilité s’ouvrent pour les jeunes talents. À nouveau, tant pis pour celles qui s’éloigneront de la vie professionnelle le temps de leurs congés maternité (les Françaises font en moyenne deux enfants donc s’absentent plusieurs fois). Tant pis pour celles qui lèveront le pied au boulot pour gérer le foyer comme au bon vieux temps, faute de vivre au sein d’un couple égalitaire où la charge mentale est équitablement partagée. C’est exactement à cette période que les inégalités salariales se creusent entre hommes et femmes et ne seront jamais rattrapées. Le New York Times a trouvé un nom à ce phénomène: la “baby window”. Pourquoi s’étonne-t-on donc encore que les femmes ne se précipitent pas toutes vers la maternité? N’est-ce pas faire preuve d’une mauvaise foi crasse que de leur reprocher d’avoir traîné? N’est-ce pas les accabler que de dire à celles qui sont célibataires qu’elles n’ont qu’à être moins exigeantes, quand on sait que plus une femme est diplômée, plus elle effraie les hommes? N’est-ce pas les encourager à faire des enfants avec n’importe qui ou pire, à en faire sans consulter les premiers intéressés? Surtout, n’est-ce pas être sourd·e à toutes celles qui ont joué le jeu, enfanté, et ont été rattrapées par une répartition des tâches qui les maintient plus qu’elles ne le voudraient à l’intérieur de la maison?

En prenant la plume pour raconter mon histoire, c’est l’histoire de plein d’autres femmes que j’ai également voulu faire entendre. Aujourd’hui encore, ce sont elles qui portent encore et toujours le poids de la parentalité quels qu’aient été leurs choix personnels et professionnels. Ce sont elles aussi qui payent le prix de la non maternité en étant stigmatisées quand elles n’ont pas d’enfants. En les renvoyant sans cesse à leur destin biologique et en les culpabilisant de leurs choix, quels qu’ils soient, sans bâtir une société qui serait adaptée à leur rythme, on maintient ces dernières dans une impasse, à laquelle la science apporte aujourd’hui un début de solution. En attendant qu’un vrai congé paternité soit mis en place, en attendant que la charge mentale soit aussi l’affaire des hommes, en attendant que les grands patrons cooptent aussi des grandes patronnes, en attendant que le télétravail soit démocratisé, en attendant que la différence d’âge dans le couple change de sens et permette de vivre à deux les inquiétudes sur la fertilité, en attendant tout ça et tout ce qu’il reste à conquérir en vue de l’égalité, la moindre des choses est de laisser celles qui le souhaitent disposer de leur propre corps en légalisant l’autoconservation des ovocytes lorsque cette question sera débattue au Parlement à l’automne. Congeler, si elles le souhaitent, leurs propres ovocytes leur permettraient de gagner un peu de temps et de pouvoir, comme les hommes, devenir mères à la quarantaine. À ce stade de leur vie, elles ont largement passé l’âge de recevoir des leçons de quiconque sur ce qu’elles auraient dû faire ou pas.


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