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Par la rédaction de Cheek

Mode islamique: les vêtements des femmes n’en finissent pas de poser problème

Instagram/Mariah Idrissi
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Depuis une semaine, pas un jour ne passe sans qu’une personnalité y aille de son commentaire sur la sortie de Laurence Rossignol à propos de la mode islamique. Le 30 mars dernier, notre ministre des familles, de l’enfance et des droits des femmes a cru bon de comparer les femmes qui font ce choix vestimentaire à des “nègres” soutenant l’esclavage. Une fois passée la polémique sur la forme, à savoir cet emploi malheureux d’un terme si lourdement connoté, on a pu se pencher sur le fond, et donc sur le choix que font certaines Françaises d’acheter ces vêtements, massivement vendus dans les pays musulmans où ils sont parfois obligatoires, comme en Iran ou en Arabie saoudite, et jamais synonymes d’émancipation.

Ce qui revient dans tous ces discours, c’est la place que l’on accorde, encore et toujours, à la tenue des femmes.

Mais la France n’est pas l’Arabie saoudite, et bien des femmes de notre pays, notamment au sein de la jeune génération, se tournent vers ces vêtements par choix. On peut déplorer cette forme de soumission au désir masculin, et de nombreuses voix l’ont fait, d’Élisabeth Badinter à Valérie Toranian en passant par Samar Seraqui de Buttafoco alias Une Libanaise à Paris.

Mais on peut aussi défendre cette liberté de se vêtir, à l’instar d’Esther Benbassa, qui dénonce dans le combat contre le voile un “féminisme de grand-mère”. Force est de constater que la défense de la laïcité, sous-jacente à la plupart des prises de position anti-hijab et si intrinsèquement liée à la République française, n’a plus grand-chose à voir avec celle de 1905, tout simplement parce que notre société est beaucoup plus diverse qu’à cette époque. Mais ce débat douloureux sur les valeurs républicaines, qui résonne d’une façon particulière maintenant que la France est devenue la cible des djihadistes, n’est finalement pas le seul enjeu de ces incessantes prises de parole.

Ce qui revient dans tous ces discours, c’est la place que l’on accorde, encore et toujours, à la tenue des femmes. La comparaison, pas forcément pertinente, d’Esther Benbassa entre la mode islamique et le port de la minijupe, trahit un malaise quant à l’apparence féminine dont nous avons toutes bien du mal à nous dépêtrer. Même les stars hollywoodiennes en ont ras-le-bol d’être constamment réduites à leur tenue. Loin d’être anecdotique, ce que porte une femme est en permanence scruté et jugé, et peut lui causer bien des problèmes dans l’espace public. Les initiatives luttant contre le harcèlement de rue le rappellent constamment: la rue est pensée par et pour les hommes, et la femme qui s’y promène est toujours suspecte. Le port de vêtements couvrants ou d’un voile n’y change malheureusement pas grand-chose.

On ne sait plus très bien si porter un décolleté, des talons ou une minijupe est encore féministe dans un monde où les codes du porno sont omniprésents.

Plus globalement, les femmes des sociétés occidentales sont encore soumises en 2016 à pléthore d’injonctions contradictoires qui leur laissent finalement peu de marge de manœuvre. Elles sont encouragées à être jeunes, sexy et successful tout en étant mères, douces et discrètes. Une équation insoluble qui nous oblige toutes à prendre des positions bien malgré nous. Ainsi, on ne sait plus très bien si porter un décolleté, des talons ou une minijupe -pourtant indissociable historiquement de la libération des femmes– est encore féministe dans un monde où les codes du porno sont omniprésents. Liberté de s’habiller ou soumission aux diktats masculins?  De l’autre côté du spectre, le port d’un survêtement ou d’un voile censés cacher la féminité posent exactement les mêmes questions.

Serions-nous piégées par cette obsession de l’apparence, qui nous oblige à réfléchir à deux fois avant d’enfiler telle robe, peut-être trop moulante, ou tel pantalon informe, peut-être trop synonyme de laisser-aller (la hantise de nos sociétés obnubilées par la performance)? Dans Beauté fatale, Mona Chollet dénonçait l’apparition d’un “corset mental” contemporain, qui aurait succédé au corset physique, objet de torture quotidien pour nos aïeules qui, en le portant, répondaient à un autre type d’injonction à la féminité. Un siècle plus tard, les débats sont différents mais on en revient toujours à cette même obsession du corps féminin, prisonnier de bien des carcans. Voilées ou décolletées, les femmes continuent d’entretenir un rapport complexe à leur enveloppe charnelle, qui va bien au-delà de leur penderie.


6. Brigitte Macron: quoi son âge, qu’est-ce qu’il a, son âge?

Lui est trop jeune pour être président de la République, elle est trop vieille pour être son épouse… Depuis leur entrée sur la scène publique en 2012, Emmanuel et Brigitte Macron sont victimes d’un age shaming que je ne supporte plus. Quoi que l’on pense des Macron, il est urgent de leur foutre la paix avec leur âge.    
Instagram/Mariah Idrissi  - Cheek Magazine
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