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Par Juliet.te Drouar

À quand une pilule de testostérone micro-dosée pour les femmes ?

Et si nos taux hormonaux reflétaient les rapports de domination entre “hommes” et “femmes”?

Tous les êtres humains produisent de la testostérone -et des œstrogènes- à des taux différents. La graisse transforme la testostérone en œstrogènes. La première de ces deux hormones est une alliée de la libido, de la production de muscle, du brûlage des graisses, et est un anxiolytique et antidépresseur. Que des bonnes choses en résumé. Est-ce un hasard si les femmes en produisent beaucoup moins? Non.

Compte tenu de l’assignation desdites femmes à la maison, de leur accès empêché à l’activité physique et à la nourriture protéinée, de leur stressage quotidien (chute de la testostérone en contexte de stress) et ainsi de suite pendant des millions d’années, on a façonné leur morphologie et donc également leur balance hormonale en faisant baisser leur taux de testostérone. On comprendra mieux ainsi pourquoi la production de testostérone augmente chez les athlètes femmes -moins de graisse- et pourquoi on fait la chasse à celles qui en produisent trop comme la Sud-Africaine Caster Semenya, double championne olympique et triple championne du monde du 800 mètres.

Au final n’existerait-il pas des corps de dominants et de dominées bien plus que des corps d’ “hommes” et de “femmes”?

On peut en effet penser qu’on est partis de corps égaux, diverses, avec alors la possibilité d’une société humaine fondée sur la coopération et la solidarité plutôt que la hiérarchie. La création du masculin -genre construit pour prendre le pouvoir qui s’attribue les rôles, les identités et les symboles de la puissance- et donc du “féminin -l’inverse- correspondrait à l’invention du principe de domination même. On a créé par la domination du “masculin” sur le “féminin” des corporalités binaires petit à petit modelées et accentuées et on a systématiquement massacré et mutilé les personnes intersexes… Eh oui, c’est de l’eugénisme!

Evidemment, on renâcle donc aujourd’hui à produire des traitements pour les femmes à base de testostérone, alors qu’ils auraient leur intérêt pour stimuler la libido, combattre l’endométriose, l’anxiété, la dépression, et la prise de poids, conséquences de cette carence organisée. On l’interdit pour des raisons idéologiques d’association de la testostérone à la masculinité, qui reposent en réalité sur la nécessité pour la classe dominante de maintenir son joug en produisant et reproduisant des corps plus faibles.

L’état corporel d’une femme cisgenre est autant modifié par la pharmacopée que le mien, celui d’une personne dite “trans”, l’est par la testostérone que je m’injecte.

On remarquera que pour gaver les femmes d’hormones dites féminines (rappelons que les hommes produisent également des œstrogènes), là par contre, plus de limites: les œstrogènes et la progestérone  sont les molécules les plus produites et distribuées de toute l’histoire de l’industrie pharmaceutique avec l’invention de la pilule contraceptive (pour en savoir plus, lire Testo Junkie de Paul B. Preciado). On notera que quand on fait des tests pour une pilule masculine à base de progestérone, on y allie de la testostérone pour empêcher la baisse de libido. Depuis les années 50 les femmes sont donc nourries aux hormones. L’état corporel d’une femme cisgenre est autant modifié par la pharmacopée que le mien, celui d’une personne dite trans, l’est par la testostérone que je m’injecte. Simplement la trajectoire d’une femme cis d’un point A à un point B produite par la prise d’œstrogènes et de progestérone se fait dans le sens de la “féminité et par conséquent n’est pas relevée, “visibilisée”. Finalement les femmes cis et moi, on transitionne autant, mais on transgresse ou pas.

Une pilule micro-dosée en testostérone serait un outil opérationnel et subversif pour redévelopper les corps atrophiés, mais surtout une idée pour penser la performativité des genres sur les sexes et les mécanismes de domination à leur origine: physique. Il est temps de poser d’autres hypothèses sur l’origine de l’humanité que celle véhiculée par les mythes scientifiques et religieux selon laquelle l’humain commence avec un mâle et une femelle, et un mode unique de reproduction sexuée (basée sur…rien. Nous n’avons aucune trace de cette époque hypothétique, pas un squelette même en lambeaux). L’invention du sexe est datée, comme l’est l’invention de la race. La science est une religion (patriarcale) quand elle prétend expliquer sans équivoque ce qu’il s’est passé depuis 4,5 milliards d’années. 

Il est impossible de prouver que des cas d’hermaphrodisme fertiles n’ont pas existé chez les humains, et que cette possibilité n’est pas contenue dans notre génome.

Alors, qu’est-ce qu’on fait? Pour penser et pouvoir une société basée sur la solidarité, la coopération et non la domination, il faut poser l’hypothèse tout aussi probable d’humanités originelles avec des sexes et des modes de reproduction sexuée/asexuée, car le temps est une boucle, pas une flèche: penser le passé, c’est penser notre avenir. Il est urgent qu’une science féministe basée sur des méthodes de recherche non définies pas l’homme blanc investigue cette hypothèse et/ou soit rendue visible.

Par exemple, il est impossible de prouver que des cas d’hermaphrodisme fertiles n’ont pas existé chez les humains, et que cette possibilité n’est pas contenue dans notre génome. Egalement, dans de nombreuses espèces, les femelles sont en mesure d’assurer leur descendance par parthénogénèse: s’il n’y a pas de mâle reproducteur dans les environs, elles peuvent d’elles-mêmes enfanter. Qui dit que la parthénogénèse n’est, ou n’a pas été une possibilité chez l’être humain? Ou encore que le mythe de l’androgyne de Platon n’est qu’une interprétation: il a peut-être tout simplement existé.

Juliet.te Drouar

 


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