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Par Saeptem

Pourquoi, en tant qu'homme, je la ferme lors des réunions féministes

© Mathilde Delhaume pour Cheek Magazine
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Un samedi, vers 18 heures. Dans le sous-sol d’un bar parisien réservé pour l’occasion, une petite dizaine de personnes se réunit. Des femmes, en grande majorité: ici tout le monde ou presque s’est rencontré sur Twitter, en évoluant dans les mêmes cercles féministes. On va parler d’oppression, du patriarcat, des hommes. De la violence des hommes, surtout.

Ce soir, nous ne sommes que deux représentants de la gent masculine et j’ai, pour ma part, décidé de me taire. Pourtant, croyez-moi, je n’aime rien de plus que donner mon avis.

 

Safe space et mansplaining

Autour de moi, il y a des femmes, des femmes racisées, un homosexuel. Je suis blanc, hétérosexuel, cisgenre. Si je n’avais pas été plus curieux dans ma vie, si personne ne m’avait initié au féminisme, aux autres combats des autres oppressé·e·s, si je n’étais pas capable d’empathie et de réflexion, si je n’étais finalement rien qu’un blanc hétérosexuel cisgenre, je serais très probablement l’ennemi. Sur le papier, toutes les cases qui mènent à l’oppressif patriarcat sont cochées. Malgré mes quelques connaissances, j’ai toutes les chances de dire n’importe quoi.

Par mon histoire et ma situation, j’ai plus de chances que les autres de blesser l’assemblée, car je ne suis pas directement concerné par les problématiques abordées.

Lorsque je m’installe face à mon verre, je n’ai que deux mots en tête: safe space et mansplaining, des concepts croisés au fil de mes lectures féministes. Le premier est assez simple à saisir: au cours de cette réunion, personne n’est censé se sentir agressé -c’est un endroit sûr, où l’on est en sécurité. Par mon histoire et ma situation, j’ai plus de chances que les autres de blesser l’assemblée, car je ne suis pas directement concerné par les problématiques abordées (je fais même potentiellement partie du problème). Ces personnes me font confiance, et je ne peux pas les décevoir.

Le mansplaining, mot-valise créé en mêlant man (homme) et explaining (expliquer), cache encore autre chose. Des féministes en ont eu assez d’entendre des hommes peu éduqués sur le sujet leur donner des leçons sur la façon dont elles devaient combattre le patriarcat, à grands coups de “si j’étais vous, je ferais plutôt ceci”. Une version militante des fameux 60 millions de sélectionneurs des footeux, qui a été très mal accueillie -au point que dans certains cercles féministes, un homme n’a désormais plus droit de cité, et se fait rembarrer à la moindre proposition pour améliorer le combat. Absurde? Peut-être, peut-être pas: dans ces cas extrêmes, qui augmentent probablement trop la portée du mansplaining, se cache en réalité la notion de représentation.

 

Les hommes prennent déjà toute la place

Vous connaissez peut-être le manspreading -le fait que les hommes, dans les transports en commun, s’asseyent en écartant exagérément les jambes et occupent physiquement toute la place disponible. Un homme qui débarquerait dans une réunion féministe pour y imposer ses idées serait exactement dans la même situation. Le but de ce rendez-vous, c’est de donner la parole à celles et ceux qui ne l’ont pas. Qu’on voit moins, qu’on voit peu… Ou qu’on ne voit pas du tout dans l’espace public. Ce que je représente est partout, des journaux télévisés aux salles de cinéma en passant par les talk-shows et les magazines. Alors dans une réunion d’oppressé·e·s, je n’ai pas vraiment mon mot à dire.

Je dois me taire. Même si ça m’énerve, même si j’aimerais qu’il en soit autrement, même si vraiment, promis, j’ai une super bonne idée.

Je suis là pour aider, pour soutenir, pour encourager. Je ne suis pas d’accord? Je pense qu’il y a une meilleure façon d’agir? Ce n’est ni le lieu ni le temps pour le dire. Parce que je ne suis pas directement concerné par le combat en cours, parce que je ne suis pas victime, parce que je ne suis pas dans le camp de celles et ceux qui sont en détresse. Je dois ravaler ma fierté, mes avis, et envoyer valser mes habitudes de prise de parole. Je dois me taire. Même si ça m’énerve, même si j’aimerais qu’il en soit autrement, même si vraiment, promis, j’ai une super bonne idée.

 

L’hôpital qui se fout de la charité

Car soyons clair: au fond, devoir rester silencieux, ça ne m’amuse pas. Ça n’amuse personne d’ailleurs, et je suis certain que ça ne fait pas plaisir non plus aux personnes présentes de devoir en arriver là. Il n’est nullement question de tomber dans un mutisme absolu imposé aux hommes, dans une dictature de la parole à sens unique -bien que ce soit un risque, dès que l’on bouge le curseur du mansplaining pour appliquer le concept non pas aux “hommes non informés” mais simplement aux “hommes”. Certains arguent que c’est l’hôpital qui se fout de la charité, l’oppress·é·e qui renverse la vapeur et devient l’oppresseur : je pense pour ma part que, pour certains combats, il faut parfois réclamer 150% de ce qu’on demande pour en obtenir 100%. Même s’il faut exagérer, même s’il faut braquer, même s’il faut aller trop loin de temps en temps.

Est-ce normal, d’avoir l’impression de ne pas pouvoir parler pendant une réunion sur les oppressions? Non, certainement pas. Mais est-ce nécessaire, parfois? Oui.

Est-ce normal, d’avoir l’impression de ne pas pouvoir parler pendant une réunion sur les oppressions? Est-ce normal de sentir qu’on ne doit pas s’exprimer, qu’il vaut mieux ne rien dire? Non, certainement pas. Est-ce qu’il faut vraiment en arriver là? Pas pour tout le monde, et heureusement. Mais est-ce nécessaire, parfois? Oui. Il n’y a pas de doute là-dessus. Il existe des réunions féministes non-mixtes, pour protéger les femmes un maximum. Il existe des conférences afro-féministes, qui se concentrent sur les problèmes rencontrés par les femmes noires. Si certain·e·s doivent en arriver à exclure le reste du monde pour se sentir enfin en sécurité, il faut de toute évidence les écouter.

Et pour écouter, il vaut mieux commencer par se taire.


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