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Par Marlène Schiappa

Quelle génération de parents sommes-nous?


Nous sommes cette génération de parents qui passe Gangnam style aux goûters d’anniversaires et qui élève ses enfants en direct sur les réseaux sociaux, ambiance “si cette photo obtient plus de 10000 likes, mon fils rangera sa chambre”. Nous trouvons tous nos enfants surdoués; d’ailleurs, nous postons les photos de leurs dessins, de leurs bulletins scolaires de maternelle, de leurs premiers pas de génies, de leur première fois sur le pot  -tout en déplorant l’existence d’“enfants-rois”. De facto, 81% de nos enfants de moins de deux ans ont déjà une empreinte numérique –photos en ligne, profil Facebook, live-tweet d’accouchement– d’après l’étude Currys & PC World menée en début d’année.

Nous sommes cette génération de parents biberonnée à Elisabeth Badinter, qui revendique ses choix éducatifs comme des philosophies de vie: allaiter ou pas, accoucher avec ou sans péridurale, prendre un congé parental ou faire une Rachida Dati du post-partum. Nous vivons une parentalité extrême, quasi militante: pour le droit à l’accouchement à domicile (AAD), contre la fessée, contre la campagne RATP anti-poussettes, et côté Manif pour tous, on a même vu des enfants de cinq ans, instrumentalisés, porter des panneaux anti-mariage gay (le pendant Mariage pour tous étant vrai aussi).

Nous sommes cette génération dont la parole parentale a été libérée et qui a appris ce qu’était une épisiotomie avec Eliette Abécassis.

Nous sommes cette génération dont la parole parentale a été libérée et qui a appris ce qu’était une épisiotomie avec Eliette Abécassis. Entre Florence Foresti et son spectacle Mother Fucker, Olivia Moore et son one woman show Mère indigne, il est aussi communément admis qu’on s’emmerde royalement dans les squares. Hors de question pour les mères Y de ressembler à leurs aînées quadras désespérées de Wisteria Lane ou du film La vie domestique, d’Isabelle Czakja, où une Juliette mère au foyer traîne sa dépression sur grand écran. Nous assumons nos imperfections à longueur de “blogs de mamans” et si Piou-Piou (nos enfants écopent souvent de surnoms ridicules sur le net) refuse de manger ses ravioles bio, on se rue sur Doctissimo avant de passer un coup de fil à Allô Rufo.

Nous sommes cette génération de parents qui fonce, pendant que Sheryl Sandberg (née en 1969) ou Anne-Marie Slaughter (née en 1958) se demandent encore si les mères peuvent “tout avoir” en une de The Atlantic. Les jeunes pères s’assument publiquement comme “PAF” (pères au foyer) même si, en moyenne, ils n’accomplissent que 20% des tâches ménagères selon le Laboratoire de l’égalité, et dorment deux heures de plus par nuit que leurs compagnes. Chez Maman travaille, d’ailleurs, nous nous incrustons peu à peu à l’Assemblée nationale, au Parlement européen et dans les entreprises du CAC40 pour demander l’égalité parentale et salariale, des modes de garde pour nos enfants. Des revendications finalement identiques à celles du Collectif féministe de Boston, datant… des années 70/80.

La génération dite Y qui enfante, ça donne aussi quelque chose comme: “J’ai allaité 50% de mes enfants, je suis mère indigne le mardi/maman gaga le mercredi, et j’élève mes enfants dans une ambiance sereine et positive BORDEL THEO POSE CE TRUC MAMAN EST AU TELEPHONE!”

Nous sommes cette génération de parents baptisée “slashers” en référence aux jeunes adultes qui exercent plusieurs professions à la fois (serveuse/danseuse; réalisateur/prof d’informatique). Enfants de néo-soixante-huitards que nous jugeons parfois “trop laxistes”, nous sommes aussi cette génération de parents qui autorise ses enfants à la suivre aux toilettes. La génération dite Y qui enfante, ça donne aussi quelque chose comme: “J’ai allaité 50% de mes enfants, je suis mère indigne le mardi/maman gaga le mercredi, et j’élève mes enfants dans une ambiance sereine et positive BORDEL THÉO POSE CE TRUC MAMAN EST AU TELEPHONE!”

Alors évidemment, aucune génération n’est réellement monolithique. Seul un Français sur douze dispose d’un compte Twitter; les ravioles bio sont parfois remplacés par un menu Flunch, 13% des mères actives vivraient sous le seuil de pauvreté si elles ne disposaient pas d’allocations et/ou du salaire de leur conjoint et il subsiste encore quelques personnes pour penser réellement que “maman c’est le plus beau métier du monde <3”. Et qui ne veulent pas qu’on leur dise que ce n’est PAS un métier. Peut-être les mêmes qui applaudissaient la proposition de Marine Le Pen d’établir un “salaire maternel” pour que ces femmes aient la gentillesse de s’écarter d’elles-mêmes du marché du travail?

Nous sommes cette génération de parents qui réunit Britney Spears, Amandine le “premier bébé éprouvette” ou… la mère de la petite Fiona.


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