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Par Raphaëlle

Je souffre du trouble dysphorique menstruel et j'aurais aimé y être préparée


On m’a dit d’écrire, alors je me lance. Écrire, pourquoi? Parce que, je suis malade. Ma maladie s’appelle le trouble dysphorique prémenstruel. C’est quoi exactement? D’après mes recherches, voilà comment on pourrait le définir: si le syndrome prémenstruel -qui se caractérise par des symptômes physiques et psychiques liés au cycle menstruel: changements d’humeur, douleurs physiques et sensibilité à fleur de peau- touche selon les études entre 20% et 40% ou entre 80 et 90% des femmes, sa forme sévère, le trouble dysphorique prémenstruel n’en touche que 3% à 8%. Concrètement, dans mon cas notamment, il se traduit par une maladie mentale. Je souffre tous les mois de dépression au moment de mes règles. Dépression due à un dérèglement hormonal et une déficience de sérotonine dans mon cerveau. Cette maladie s’explique tout à fait chimiquement et médicalement. Bien traitée, elle se résorbe et tend même à disparaître avec les années. On en guérit. Tout ira donc bien.

Mais comment le comprendre quand ça nous tombe dessus ? Comment comprendre que ce n’est “que ça” alors que tous les mois, les mêmes maux font leur apparition? Comment l’accepter? Comment le digérer? Comprendre que ce n’est pas notre faute, se détacher de cet état maladif, apprendre à faire la part des choses entre notre personnalité réelle et celle que l’on éprouve dans ces moments? Comment affronter le regard de son entourage? 

Tous les mois, je sombre dans un tourbillon de désespoir.

De ces questionnements s’ensuit un lent processus nécessaire de compréhension de son corps et surtout d’acceptation. Accepter que l’on perd le contrôle malgré nous. Accepter que cette fois ci, l’on n’est pas responsable de son état. Que ce n’est pas de notre faute. 

Parce que oui tous les mois, mon syndrome premenstruel étant très caractérisé, je sombre dans un tourbillon de désespoir. Avant et même après avoir été diagnostiquée, je nai pas pu m’empêcher de me demander si cet état que je subissais n’était en réalité pas mon veritable caractère. Je ne savais plus. Aujourd’hui, le diagnostic étant posé, je commence tout juste à comprendre.

Pour vous aider à imaginer, voici ce que je peux ressentir au cours de cette période. Je suis certaine de n’avoir plus rien à dire, de n’avoir plus rien à apporter à personne, que la terre se porterait mieux sans moi. Pour me conforter dans cette idée, je ne peux m’empêcher de me comparer à toutes les personnes de mon entourage (amis, collègues, famille, connaissances) et j’estime qu’elles ont toutes mieux réussi que moi sur tous les plans (professionnel, amical, amoureux, familial). Je n’ai plus d’humour, plus d’empathie, plus de jugeote, la tête complètement vide. Je ne comprends plus les conversations autour de moi, plus rien ne m’intéresse, je suis complètement ralentie. J’ai surtout envie de disparaître, de m’effacer comme un brouillon que l’on aurait raté d’un simple coup de gomme. Alors je ne sors plus de mon lit. Je n’ai pas sommeil mais je reste entre mes draps, ce voile qui m’isole du monde extérieur. Il me devient impossible de me lever, de me nourrir, de répondre à mes messages. Prendre soin de moi ne servirait plus à rien. Et je me sens lucide. J’ai honte de moi, de mon état. Je n’accepte pas que l’on puisse me voir comme ça. Mais sans aide extérieure, rien n’est possible.

J’aurais tant aimé en savoir davantage sur cette maladie auparavant, être préparée, avoir les armes pour résister.

Il y a donc eu les arrêts de travail -et la boule au ventre de penser au qu’en-dira-t-on, la panique de se faire virer- et les séjours à l’hôpital psychiatrique: trois semaines à Saint-Anne en 2016 et deux mois à Fernand-Widal en 2018. Ce n’est que lors de cette seconde hospitalisation que le bon diagnostic a pu être réalisé.

Devoir prendre des médicaments et comprendre qu’ils ne me mettent pas dans une case de “folle dingue”. Apprendre à se détacher de l’image négative qu’ils renvoient. Accepter et se faire violence pour changer son hygiène de vie (#plusdalcool #plusdecafe). Apprendre à s’affirmer avec cette “chose”, ce petit monstre intérieur qui nous tient compagnie. 

J’aurais tant aimé en savoir davantage sur cette maladie auparavant, être préparée, avoir les armes pour résister. Savoir que je n’étais pas seule. Ce qui me donne aujourd’hui envie de soutenir toute initiative de congé menstruel.

C’est une maladie dont on parle trop peu et qui pourtant présente un risque d’autodestruction. Je n’ai pas à en avoir honte. 


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