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Par Charlotte Lazimi, des Martiennes

Pourquoi la tribune de Catherine Deneuve and co a-t-elle fait tant de bruit?

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Depuis une semaine, on ne parle que de ça. En effet, la tribune Nous défendons une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle a suscité depuis sa publication le mardi 9 janvier un certain émoi. En cause, des propos jugés outranciers par une bonne partie des Français·e·s, dont l’équipe de Cheek Magazine. Catherine Deneuve elle-même est très partiellement revenue sur le texte dans sa lettre à Libération parue ce matin, où elle maintient que nous vivons dans un climat de censure et de délation sur les réseaux sociaux, position qui reste très discutable. Soit. Catherine Deneuve prend au moins la peine de se désolidariser de certaines signataires en roue libre depuis quelques jours. Des signataires qui, en réclamant au nom des hommes, soi-disant des “victimes de la misère sexuelle”, le droit d’importuner, se sont fait les porte-parole d’une pensée rétrograde, misogyne et ancienne. Leur prise de position a engendré de nombreux débats et a reçu une réelle approbation d’une autre partie des Français·e·s. Pourquoi? Parce que ses autrices ont joué sur les peurs et les fantasmes qui agitent encore beaucoup de gens en 2018, et que nous avons résumés en 5 points. 

 

“Les femmes sont contre les hommes” 

Cette idée est vieille comme le féminisme et sert avant tout à discréditer ce dernier, comme l’analyse Réjane Sénac, directrice de recherche CNRS à Sciences Po. Ainsi, les féministes seraient de dangereuses personnes, qui menaceraient la société en accusant à tort des innocents. Jamais vraiment enterrée, cette rhétorique de la haine des hommes est omniprésente aujourd’hui. En question depuis l’éclatement de l’affaire Weinstein: les rapports de séduction, qui seraient menacés et raviveraient la crainte d’une “guerre des sexes” . Un fantasme qui consiste à agiter le spectre d’une société fasciste, où les femmes prendraient le pouvoir pour soumettre l’humanité. C’est fort, surtout lorsqu’il s’agit ici au contraire de dénoncer des pratiques criminelles punies par la loi.

 

“Les féministes sont dangereuses et incontrôlables” 

Comme l’explique Christine Bard dans son ouvrage Le féminisme au-delà des idées reçues, le combat pour les droits des femmes a toujours été dénigré et caricaturé. Les ennemis de l’égalité s’en sont toujours pris aux militantes féministes pour les empêcher d’obtenir des acquis: le droit d’aller à l’école primaire, puis au lycée, à l’université (généralisé en 1880), de disposer de leur salaire (1907),  de voter (1944), de posséder un compte en banque sans l’autorisation de leur mari (1965), d’avoir accès à une contraception (1967), la possibilité d’interrompre une grossesse (1974), de bénéficier de l’ égalité salariale à compétence égale (2006), de ne pas subir de harcèlement sexuel (1992) etc.. Une méthode: s’en prendre au messager pour en dénaturer le message. Rappelons que le féminisme n’a jamais tué personne et que demander que la loi s’applique lorsqu’un individu commet un viol, une agression sexuelle ou un harcèlement montre au contraire une volonté de rendre la société et l’espace public et privé plus sûrs pour tout le monde.

 

“Le mouvement #Metoo #BalanceTonPorc nous plongent dans la délation et la censure” 

Un paradoxe: très peu de noms ont été lâchés sur les réseaux sociaux via #metoo et #balancetonporc. Ils se comptent sur les doigts d’une main. En parallèle, des centaines de milliers de témoignages ont dévoilé les agressions du quotidien et l’intériorisation d’une domination masculine contre laquelle les femmes qui parlent se rebellent aujourd’hui. Mais au lieu de se focaliser sur la teneur de ces messages, on a préféré centrer l’attention sur les dérives supposées du phénomène, bien plus fantasmées que réelles. La parole libérée inquiète. Or, les chiffres parlent d’eux-mêmes: seule une victime de viol sur dix porte plainte. Uniquement 3% des plaintes pour viol aboutissent à une condamnation. C’est trop peu. En France, on évalue chez les personnes majeures que près de 100 000 sont victimes de viol ou de tentatives de viol, par an, soit 84 000 femmes et 14 000 hommes. La question que l’on devrait se poser n’est donc pas si l’on dénonce des innocents, mais comment faire pour en terminer avec le tabou du viol pour enfin réussir à limiter ces crimes et punir les agresseurs.

 

 “Ce mouvement est brutal et surprenant”

Les autrices de la tribune du Monde entendent tirer la sonnette d’alarme face à un mouvement qui serait aussi brutal qu’inattendu. Étonnant, car depuis quelques années, en France comme aux États-Unis, des affaires de viols en série, d’agressions sexuelles, de violences conjugales ou de harcèlement ont émaillé l’actualité. Outre Roman Polanski et Woody Allen, depuis 2011, des femmes et des hommes ont dénoncé des attitudes inacceptables et criminelles, y compris dans le monde politique: Denis Baupin, Bill Cosby (près d’une centaine de plaintes pour viol), Johnny Depp accusé de violences conjugales par son ex-compagne, Donald Trump, Terry RichardsonFlavie Flament a elle-même raconté le viol qu’elle a subi à l’âge de 13 ans, commis par un autre célèbre photographe, David Hamilton. Et au moment où une centaine d’actrices dénonçaient les agissements du producteur Harvey WeinsteinLes Inrocks mettaient en couverture Bertrand Cantat, condamné pour le meurtre de Marie Trintignant. Les victimes dénoncent ces terribles agissements depuis des années et leur parole est régulièrement mise en doute, mais depuis quelques semaines, elles semblent enfin avoir été entendues.

 

“Les féministes sont extrémistes, la preuve des femmes s’élèvent contre leurs idées” 

La tribune du Monde, au-delà d’avoir été signée par des femmes connues et reconnues pour leur travail, comme Catherine Deneuve, se présente comme la parole de femmes “raisonnées et raisonnables”. Les autrices s’affichent ainsi comme les garantes d’une société juste. Ces jours-ci, elles ont pourtant multiplié les outrances en parlant de belles histoires nées du harcèlement de rue (Nadine Morano), de la possibilité de jouir lors d’un viol (Brigitte Lahaie), du regret de ne pas avoir été violée pour montrer qu’il n’y a pas de traumatisme (Catherine Millet) etc. Leurs arguments, explique l’historienne Christine Bard, reprennent la rhétorique “anti-féministe classique”. Comme le souligne également l’historienne Michelle Perrot, l’absence de solidarité des femmes” est sidérante, mais néanmoins pas nouvelle. Même si elles n’acceptent pas d’être “des complices du patriarcat”, ces femmes ont intériorisé la violence qu’elles ont subie et/ou n’ont aucune compassion ou compréhension des violences et des inégalités subies par d’autres.

En conclusion, la parole est toujours et avant tout donnée aux anti-féministes et la pensé misogyne, sexiste et réactionnaire occupe une grande place dans les médias. Des personnalités comme Eric Zemmour ou encore Eugénie Bastié sont habituées des plateaux télé ou émissions de radio. Garantissant le buzz, elles sont censées jouer un rôle de poils à gratter et porter une parole qui serait iconoclaste, alors que leurs arguments font partie d’une pensée dominante à tendance réac. Pour ces personnes, les combattants pour l’égalité de droits vont trop loin, les femmes auraient trop de pouvoir et sont cesse renvoyées à leur statut “naturel” de femme (comprendre pas dans la sphère publique, mais à la maison). Une illustration: après la publication de la tribune du Monde, de nombreuses féministes ont été invitées sur les plateaux télé pour prendre position. Mais elles se sont sans cesse retrouvées face à des anti-féministes, avec l’idée que ces deux pensées étaient équivalentes. Un peu comme si on réunissait un raciste et un militant anti-raciste pour débattre: cela n’a pas de sens et montre l’incompréhension du phénomène par les médias. Car, si nombreux sont ceux et celles qui s’inquiètent des dérives du mouvement #Metoo et #BalanceTonPorc, attention à ne pas se tromper de porte-parole.

Article initialement publié sur le blog Les Martiennes.


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