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10 artistes Queer qui cassent les codes du rap

Depuis ses débuts, le hip hop représente un mode d’expression et de protestation pour les personnes minorées. D’abord considéré comme subversif, il est aujourd’hui devenu une culture populaire, bien qu’il produise des récits encore éclipsés par la norme. Ce que beaucoup nomment “le hip hop queer” résulte de cette évolution.
House of Ladosha, DR
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Evidemment, la queer-phobie persiste dans le rap, comme l’a démontré la rixe qui a opposé les rappeurs Kanye West et Wiz Khalifa sur Twitter. Eric Shorey l’explique très bien sur Pitchfork: “Bien sûr, il y a un avantage pour les artistes queer émergents à être associés à [d’autres artistes queers], mais le problème est que certains types de classifications visent à marginaliser davantage les artistes, et les relèguent à une sorte d’obscurité subalterne.”

Malgré tout, de nombreux artistes hip hop LGBTQ talentueux ont créé des corps de travail uniques et tout aussi inventifs et complexes -sinon plus- que certains de leurs contemporains traditionnels. Alors pendant que vous attendez patiemment le retour éternel de Frank Ocean, voici 10 rappeuses et rappeurs LGBTQ à écouter d’urgence:

 

Angel Haze

A seulement 25 ans, Angel Haze est déjà une vétérane du hip hop. Six mixtapes au compteur, des titres applaudis par le NME, de multiples apparitions dans les meilleurs albums de Pitchfork et une nomination au BBC Sound Of (qui met en vedette des artistes émergents), ne l’ont pas empêché de travailler sur son premier album DirtyGold, sorti en 2014. S’ensuit Back to the Woods en 2015 et le très prometteur Resurrection, dévoilé comme teaser de son second opus. Mention spéciale à Cleaning Out My Closet, une reprise très réussie et queer à souhait du titre d’Eminem.

 

Brooke Candy

Brooke Candy a grandi en Californie, élevée par une mère infirmière et un père directeur général de Hustler Magazine, dont la décadence et l’hédonisme sera une source d’inspiration. Avant de se lancer dans le hip hop, Candy travaille dans un club de striptease et pose comme mannequin pour Hustler, deux jobs qui nourriront son style et sa musique futurs. Celle qui se définit comme une “féministe glam alien” revendique aussi sa passion pour la culture Tumblr et Lil’Kim, pour son image hyper-sexuelle et ses paroles intentionnellement subversives qui jouent sur les doubles standards du genre. Bien que les critiques lui reprochent de plagier la MC new-yorkaise, la rappeuse californienne a su se démarquer de son idole par ses performances girly trash et son look improbable.

 

Young M.A. 

Young  M.A. ne peut plus passer inaperçue. Avec Brooklyn (Chiraq Freestyle), devenu viral en 2014, son flow ardent a attiré l’attention de nombreux internautes. Parmi eux, le commentateur Boyce Watkins, qui lui a reproché de glorifier la violence armée et de perpétuer les stéréotypes du hip hop. Cependant, ces critiques n’ont fait qu’amplifier le buzz autour de l’artiste au talent indéniable. Lasse des étiquettes conventionnelles, la MC regrette d’être perçue comme une “female rapper” et aimerait bien qu’on la considère pour sa musique et non pour son genre. Contrairement à Young Thug qui paraît encore confus dans son discours, Young M.A est une rappeuse lesbienne qui s’assume complètement. Aujourd’hui, son titre OOOUUU comptabilise plus de 10 millions de vues sur YouTube.

 

Big Freedia

L’auto-proclamée “Queen of Bounce” n’a pas seulement dérobé à Miley Cyrus le titre de “Reine du Twerk”, mais en détient également le record du monde. En septembre 2013, Big Freedia attire une foule de centaines de personnes à Herald Square à New York et remporte le Guinness Record du booty shaking. Le rappeur gay de la Nouvelle-Orléans, qui refuse l’appellation transgenre, aide alors à populariser ce genre de rap et en devient une des figures de proue. En plus de sa propre émission diffusée sur la chaîne musicale américaine câblée Fuse, Freedia apparaît dans un épisode de la série Treme de David Simon. Comme l’écrit le journaliste Saeed Jones sur BuzzFeed US: “C’est le monde de Big Freedia et nous ne faisons que twerker à l’intérieur.”

 

Dai Burger

 

Vous l’avez découverte comme danseuse de Lil’ Mama ou dans le clip Party de Beyoncé, mais vous ignorez peut-être que cette artiste originaire du Queens produit sa propre musique depuis 2010. Le flow impertinent, lascif et hilarant de Dai Burger fait son effet tant sur le très gangsta Soufflé que sur Big Boob Bitch ou My Lil’ Dance.

 

Siya

Originaire de la région de San Francisco, Siyaouvertement lesbienne, s’est fait connaître grâce au programme de télé-réalité Sisterhood of Hip Hop et à ses collaborations avec le chanteur de R&B Tank. Son premier single, D.Y.K.E. (“gouine”), sorti en 2012, annonce la couleur. Son récent remix de Work de Rihanna avec Kay Cola et son nouvel album sont en écoute gratuite sur sa page Soundcloud.

 

House of Ladosha

 

Ce n’est pas un hasard si ce groupe de rap s’est retrouvé au Out 100, événement annuel organisé par le magazine LGBTQ américain Out. House of Ladosha change les règles du jeu en occupant tous les terrains, de la vente de T-shirts, à la production d’hymnes underground hip hop. Leurs mélodies mélangent minimalisme fanfaron et franc-parler bidonnant -comme sur leur titre Rollin’. Bien plus que de la musique, House of Ladosha est un véritable mouvement qui a su fédérer une légion d’aficionados. On vous recommande notamment B/M/F, une ode à Naomi Campbell, à écouter ci-dessus.

 

Quay Dash 

 

On était resté sur notre faim avec seulement quelques singles, fort convaincants, à nous mettre sous la dent. Mais il y a quelque semaines, la rappeuse trans new-yorkaise a finalement dévoilé son nouvel  EP, Transphobic, dans lequel elle relate son cheminement de l’anonymat à la reconnaissance publique et médiatique ainsi que son quotidien de femme transgenre en ces temps politiques effrayants.  Quay Dash explique: “J’ai écrit des chansons quand je traversais une période difficile de ma vie où il y avait beaucoup de haine envers les femmes transgenres noires en Amérique”

 

Le1f 

Le1f a débuté en tant que producteur du groupe hip hop Das Racist (notamment avec le titre Combination Pizza Hut And Taco Bell), mais a véritablement explosé en solo en 2012 avec son morceau Wut. En 2013, il sort deux mixtapes, la sombre et morose Tree House qui pose un univers sensuel et angoissant, puis FlyZone, qui révèlent la palette incroyable du MC. On vous recommande Hush Bb, une confiture R&B qui ressemble à du Frank Ocean imaginé par David Lynch.

 

Mykki Blanco

Le personnage de Mykki Blanco naît de la volonté de Michael Quattlebaum de créer un alter ego de Lil’ Kim. D’abord baptisée Kim Blanco, le MC propose des performances qui mêlent queer et art contemporain sur sa chaîne YouTube. Très vite, il devient une figure avant-garde qui allie des influences allant de Jean Cocteau à Lauryn Hill, en passant par l’icône riot grrrl Kathleen Hanna. Blanco refuse l’étiquette de rappeur gay et sa poésie (décrite dans Interview comme “passionnée et parfois illicite”) est tout aussi inspirée et accomplie que sa musique. Mykki Blanco est désormais prête à prendre le contrôle du monde, et le fera sans doute bientôt.

Retrouvez la playlist de cet article sur YouTube et la dernière mixtape de Madame Rap, consacrée aux artistes queer, sur Soundcloud


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