culture

14 juillet

Fête nationale: Trois femmes qui ont marqué la Révolution française

À l’occasion du 14 juillet, on a regardé Secrets d’Histoire consacré aux femmes de la Révolution française et on a (re) découvert trois destins d’exception.
La révolution française, de Robert Enrico
La révolution française, de Robert Enrico

La révolution française, de Robert Enrico


Tant que les femmes ne s’en mêlent pas, il n’y a pas de véritable révolution!”, disait Mirabeau. Les femmes, ces grandes oubliées de la Révolution française, le sont aussi de notre histoire. En 1789, elles n’ont pas leur place dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, et aujourd’hui encore, on parle peu d’elles dans les manuels scolaires. Et pourtant, les 5 et 6 octobre 1789, elles sont les premières à envahir Versailles, canons et armes de fortune en mains, pour ramener le roi à Paris. C’est ce que rappelle Stéphane Bern, dans le formidable Secrets d’Histoire consacré aux femmes de la Révolution, diffusé le 12 juillet et disponible en replay ici.

Qui étaient-elles, quels étaient les combats et les idées de ces révolutionnaires emprisonnées et guillotinées par les révolutionnaires eux-mêmes? Retour 200 ans en arrière sur trois femmes d’exception, avant-gardistes et téméraires, aux idées souvent bien plus révolutionnaires que les hommes de l’époque.

 

Théroigne de Méricourt, la femme politique

Surnommée “l’Amazone rouge”, Théroigne de Méricourt , vêtue d’une redingote et d’un chapeau à plumes à la Henri IV, est une véritable guerrière qui n’hésite pas à prendre les armes. À 25 ans, après une carrière de chanteuse ratée, cette grande blonde originaire de Liège, décide de créer une armée de femmes, la légion des amazones. Elle estime que les femmes doivent se battre, d’égale à égal avec les hommes: “Armons-nous; nous en avons le droit par la nature même de la loi, montrons aux hommes que nous ne leur sommes inférieures ni en vertu, ni en courage”, a-t-elle déclaré pour inciter les femmes à la rejoindre. C’est une vraie militante qui clame ses idées sur la place publique et colle des affiches. Ses combats: réparer les injustices entre les hommes et les femmes, lutter contre la misère, la pauvreté, et permettre l’accès à l’éducation.

Accusée d’avoir tué un célèbre journaliste royaliste de l’époque et de vouloir assassiner Marie-Antoinette, elle est fouettée nue puis arrêtée en 1793 et risque la guillotine. Elle se fait alors passer pour folle, et sera internée 20 longues années à la Salpêtrière, dans une cellule minuscule à l’isolement. Elle s’y éteint à 55 ans, épuisée, après s’être laissée mourir de faim. La rumeur dit qu’Eugène Delacroix se serait inspirée d’elle pour peindre cette femme du peuple au bonnet phrygien de La liberté guidant le peuple. Même si c’est faux, Théroigne de Méricourt reste une véritable icône de la Révolution.

 

Olympes de Gouges, la visionnaire

“La Femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la Tribune”, écrit Olympes de Gouges dans le préambule à la Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne. Dans ce texte devenu emblématique, elle reproche au texte fondateur de ne jamais faire mention de la femme. En 1791, elle rédige ce complément indispensable et y fait quelques ajouts, comme le droit au travail pour les femmes ou encore la reconnaissance des enfants illégitimes, comme elle. À 17 ans, elle épouse un épicier, qui la bat et la viole. Elle dira du mariage qu’il est “le tombeau de l’amour et de la confiance”. Par chance, ce dernier meurt laissant Olympes de Gouges veuve, la meilleure des situations pour une femme du XVIIIème siècle. Inscrite sur la liste des plus belles femmes de Paris, elle aura de nombreux soupirants mais décidera de rester libre, affirmant qu’elle n’a nul besoin d’un homme pour vivre.

Dans sa Lettre au peuple, elle propose l’école gratuite pour les enfants, la caisse de retraites, ou encore un impôt à hauteur du revenu pour payer la dette, qui déjà ravage le pays. C’est une véritable visionnaire. Elle estime que la Révolution est trop sanglante, et voit beaucoup de ses amis mourir (Ndlr: 17000 personnes sont guillotinées pendant la Terreur). Dans une virulente campagne d’affichage, elle accuse Robespierre de faire couler le sang. Elle est arrêtée et condamnée à mort par le tribunal révolutionnaire. Elle se déclare enceinte pour gagner un peu de temps (on attendait toujours qu’une femme accouche pour ne pas tuer le bébé). À 45 ans, elle monte sur l’échafaud, et crie à la foule, avant qu’on ne lui coupe la tête: “Enfants de la Patrie, vous vengerez ma mort!”

 

Charlotte Corday, l’assassine

C’est sans doute la femme la plus célèbre de l’époque, celle qui a assassiné Marat dans sa baignoire. Le 13 juillet 1793, à 24 ans, celle que l’on surnomme “l’ange de la Révolution”, se rend chez le journaliste, qui lance des appels au meurtre et à la guillotine dans son journal, L’ami du peuple. Charlotte Corday l’accuse d’être un monstre sanguinaire. Elle qui a assisté à des scènes atroces lors des émeutes de Caen, elle qui a vu des têtes coupées et un cœur brûlé décide de faire cesser le massacre de la guerre civile.

Elle estime que les hommes manquent de courage, et décide d’agir seule. Elle achète un couteau à la galerie du Palais Royal, et fait même venir un coiffeur avant de se rendre chez sa victime. Arrivée chez Marat qui prend alors un bain pour soulager une maladie qui lui ronge la chair, elle le poignarde, lui perçant le cœur et le poumon. Il meurt sur le coup. Elle n’essaie pas de s’enfuir, et attend son supplice. L’arrière-arrière-petite-fille de Thomas Corneille se voit comme une héroïne tragique qui sacrifie son destin par devoir.

Lors de son procès, elle revendique son acte. “J’ai tué un homme pour en sauver cent mille”, écrit-elle avant de mourir dans une lettre aux Français où elle explique son geste. Le 17 juillet 1793, après qu’on lui ait coupé les cheveux, elle fait face à l’échafaud qu’un garde veut d’abord lui cacher des yeux. Elle termine sa lettre d’adieux à son père par ces vers de Corneille: “Le crime fait la honte, et non pas l’échafaud.”

Virginie Cresci


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