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4 questions à Deniz Gamze Ergüven, réalisatrice de Mustang

On a rencontré Deniz Gamze Ergüven, réalisatrice de Mustang, et on lui a posé quatre questions. 
© Ad Vitam
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Dans la Turquie contemporaine, Laleh et ses quatre grandes sœurs provoquent un scandale après que les villageois les ont vues jouer avec des garçons à la sortie de l’école. Elles perdent alors peu à peu leur liberté, la maison familiale devient leur prison et les mariages s’arrangent. Sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, Mustang était l’une des œuvres les plus enthousiasmantes de cette compétition. Née en Turquie mais principalement élevée en France, la réalisatrice Deniz Gamze Ergüven, sortie de La Fémis en 2008, présente un premier long-métrage qui décrit un parcours initiatique et émancipateur d’une sensibilité et d’une force inouïes. Rencontre. 

Votre film montre des situations qui peuvent nous sembler extrêmes, celle de départ d’abord, où les filles montent sur les épaules des garçons pour jouer et se retrouvent à être emprisonnées chez elles. La nuit de noces qu’une des sœurs passe à l’hôpital pour que la belle-famille s’assure qu’elle est bien vierge est aussi très violente. Est-ce que ce sont des situations courantes en Turquie aujourd’hui? 

Oui, j’ai moi-même vécu la première situation. A l’époque, j’avais baissé les yeux et m’étais tue. Les héroïnes du film, elles, s’y opposent. S’agissant de la seconde situation, c’est un gynécologue qui m’a parlé de cela comme quelque chose qui peut arriver cinquante à soixante fois pendant une saison de mariage. Cela étant, la Turquie est un pays vaste et contrasté, si dans certaines régions les crimes d’honneur et les mariages forcés persistent, ce n’est pas une règle générale. 

“Ces jeunes filles sont en réalité un seul corps qui perd progressivement ses morceaux.”

Même si chacune des sœurs a un parcours différent, on a parfois l’impression qu’elles constituent un seul personnage. Comment vous est venue cette idée? 

L’idée était là à l’origine, mais les filles ont aussi beaucoup œuvré en ce sens. Le casting a été très long, nous avons essayé un tas de combinaisons avec différentes comédiennes, et le jour où les cinq filles qui jouent dans le film ont répété ensemble, quelque chose de littéralement magique a eu lieu. Cette osmose entre les actrices m’a conduite à revoir l’idée que j’avais du scénario: ces jeunes filles sont en réalité un seul corps qui perd progressivement ses morceaux. C’est cela qui fait que la victoire finale des sœurs est douce-amère. 

 

 

Est-ce à ce moment-là que le personnage de Laleh, la benjamine, s’est imposé comme le plus central du film? 

Laleh a été dès le début un personnage distinct du groupe, en revanche, comme chacune des actrices avait un tempérament très fort, le scénario a un peu évolué. Mais Laleh a toujours été le personnage principal. 

Vous avez collaboré avec Alice Winocour, qui présentait son film Maryland dans la section Un Certain Regard à Cannes. Comment s’est passée cette association? 

Alice est comme une coach de boxe pour moi, elle me poussait à beaucoup écrire, je lui présentais mon travail et nous dégagions ensuite quelques fils conducteurs. Lorsque nous travaillons ensemble, les idées fusent, nous sommes très rapides. Les scènes avec Yacin par exemple, le personnage qui aide Laleh à gagner sa liberté, viennent d’Alice.  

Propos recueillis par Louise Riousse


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