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Séries

6 séries Cheek à voir absolument cet été

De l’underground new-yorkais flamboyant des années 80 à un fait divers sordide dans l’Angleterre des années 2000, on a sélectionné les séries qu’il ne faut pas manquer cet été.
“Pose”, de Ryan Murphy, DR
“Pose”, de Ryan Murphy, DR

“Pose”, de Ryan Murphy, DR


Pose

Le pitch: La nouvelle série de Ryan Murphy (Glee, American Crime Story…) se penche sur la scène queer new-yorkaise du milieu des années 80. Sur fond d’avènement du luxe et des années Sida, Pose entraîne notamment le spectateur dans les sous-sols des clubs new-yorkais au cœur de la “ball” culture. Ryan Murphy reproduit ces soirées fascinantes, festives et flamboyantes (si cela vous intéresse, regardez les documentaires Paris is Burning et Kiki) où la communauté LGBTQI, divisée en maisons, défilait selon des thèmes définis (superhéros, royauté…). La série suit le personnage de Blanca. Après avoir appris qu’elle était séropositive, elle décide de monter sa propre maison et de prendre sous son aile Damon, un jeune garçon de 17 ans qui vient d’être mis à la porte de chez ses parents après son coming out.

Pourquoi on regarde: Pose a été présentée par son créateur Ryan Murphy comme une petite révolution. Il s’agit de la série réunissant le plus grand casting de personnes transgenres dans l’histoire de la télévision avec la présence au générique de MJ Rodriguez, Indya Moore, Dominique Jackson, Hailie Sahar et Angelica Ross. Cela paraît comme une évidence, pourtant il est encore extrêmement fréquent que ces rôles soient attribués à des acteurs ou actrices cisgenres. Avec son casting exemplaire, Pose est un véritable hommage à la communauté LGBTQI new-yorkaise et à l’incroyable créativité artistique qui secouait l’underground dans les années 80. Murphy met en parallèle la richesse artistique de ces “familles” improvisées, dont la plupart des membres n’avaient plus de soutien financier ni d’endroit où dormir, et la montée d’un capitalisme agressif incarné par un jeune homme (Evan Peters) embauché pour travailler au service de la firme Trump.

Diffusée sur Canal+ Séries à partir du 6 juin.

 

Dietland

Le pitch: Basée sur le roman éponyme de Sarai Walker, Dietland raconte l’histoire de Plum, une jeune journaliste en surpoids qui, à la veille d’une opération de chirurgie bariatrique, intègre un groupe féministe radical. Ce dernier va notamment cibler Kitty Montgomery (Julianna Margulies), la rédactrice en chef d’un magazine féminin.

Pourquoi on regarde: Dietland choisit le prisme d’un magazine féminin pour traiter d’un grand nombre de sujets brûlants: la grossophobie, le culte de la minceur, la culture du viol, les violences médicales, le poids des injonctions… Dès le premier épisode, on voit Plum -dont le job est de répondre au courrier des lectrices- subir des réflexions insultantes tandis qu’elle monte dans l’ascenseur, et on entend en voix off les questionnements angoissés des jeunes femmes qui lui écrivent. Avec son ton cynique et satirique et ses personnages lorgnant volontairement vers le grotesque (la géniale Julianna Margulies en rédactrice en chef impitoyable), Dietland s’annonce comme LA série férocement féministe dont on avait besoin. L’occasion aussi de traiter de sujets dont la télévision parle rarement, à part dans des émissions de télé-réalité racoleuses: le business des régimes, la grossophobie du milieu médical et l’enfer que Plum a traversé toute sa vie pour essayer de perdre du poids. “Il est temps de changer”, affirme l’une des femmes menant la révolution féministe. Un message qu’on ne peut qu’approuver.

Diffusée sur Amazon Prime en France.

 

The Break With Michelle Wolf

Le pitch: Après avoir fait ses classes chez Seth Meyers et aux côtés de Trevor Noah (The Daily Show with Trevor Noah), Michelle Wolf lance son propre show sur Netflix. Elle y mêle sketchs, stand up et conversations avec un ou une invitée.

Pourquoi on regarde: Il y a quelques semaines, Michelle Wolf s’est fait remarquer pour son speech au célèbre dîner annuel de l’association des correspondants de la Maison Blanche. Ses blagues dévastatrices sur l’administration Trump lui ont valu autant de critiques que de louanges. Elles ont en tout cas donné une tribune internationale à l’humour féroce qu’elle développe dans son programme The Break With Michelle Wolf, diffusé via Netflix. Avec beaucoup d’autodérision  –“Je suis Michelle Wolf et oui, c’est ça ma voix”, lance-t-elle d’emblée- elle prend les rênes d’un format habituellement réservé à des hommes. Le show est résolument féministe. “Oh oh, commence-t-elle, assise derrière son bureau. Quand on voit une femme derrière un bureau, ça ne peut vouloir dire qu’une chose.” Et après un long silence: “Du féminisme.” Dès le premier épisode elle lance une conversation à bâtons rompus avec son invitée, l’humoriste Amber Ruffin, où elles expliquent pourquoi elles ne veulent pas d’enfants. Les vannes s’enchaînent à une vitesse réjouissante et voir le sujet abordé avec autant d’humour est plutôt jouissif. Le format cherche un peu son rythme dans le premier épisode mais le contenu est plus que prometteur. Pour la suite, elle promet de coller à l’actualité, en rebondissant notamment sur l’annulation de la série de Roseanne Barr. On a hâte de voir ça.

Actuellement diffusée sur Netflix.

 

Three Girls

Le pitch: Le premier des trois épisodes de cette série de la BBC suit Holly, une adolescente anglaise paumée qui se lie d’amitié avec deux jeunes sœurs fauchées à Rochdale, une ville du nord-ouest de l’Angleterre. Elle va les suivre dans leurs virées alcoolisées à l’arrière d’un kebab miteux. Après quelques visites, Holly est violée par l’un des propriétaires de la boutique. Elle porte une première plainte qui sera classée sans suite. La série est basée sur l’histoire vraie du scandale sexuel de Rochdale qui a explosé en 2011 et a impliqué plus de 47 jeunes victimes. Three Girls se termine sur le procès des hommes qui ont été accusés d’avoir violé et prostitué ces adolescentes.

Pourquoi on regarde: Il faut avoir un moral d’acier pour se lancer dans Three Girls, la série de Nicole Taylor, qui revient sur une affaire de viol et de violences sexuelles particulièrement insoutenable. Séparée en trois épisodes, Three Girls relate d’abord les faits, puis l’ouverture de l’enquête par la police des années plus tard et enfin le procès des bourreaux. La série ne fait pas dans le voyeurisme mais pose une question d’actualité: pourquoi écoute-t-on si peu les victimes? Pourquoi présuppose-t-on que le jury croira une personne plutôt qu’une autre? La série montre comment la provenance sociale de ces jeunes filles issues des classes populaires et le peu de crédit accordé aux travailleuses sociales qui les suivaient ont mené à une entreprise de décrédibilisation de leurs témoignages. Elle n’élude pas non plus la récupération raciste de l’affaire par l’extrême droite anglaise (le British National Party) et le procès fait par la presse à toute la communauté pakistanaise -les accusés étant d’origine pakistanaise. Du cas isolé de Holly à la mise en lumière d’un vrai réseau de prostitution de mineures, la série montre ce que la justice peut réparer ou non et l’importance de la prise de parole dans le processus de reconstruction des victimes. Le dernier épisode se termine sur un appel à faire confiance aux adolescentes, quel que soit leur milieu social.

Diffusée sur Arte à partir du 14 juin.

 

American Woman

Le pitch: Dans le Los Angeles des années 70, Bonnie Nolan vient de se séparer de son mari après avoir découvert qu’il la trompait. Forcée d’élever seule ses deux filles et de se pencher sur ses finances, elle découvre avec deux de ses amies la seconde vague du féminisme…

Pourquoi on regarde: On n’a pas encore pu voir American Woman, qui marque le grand retour d’Alicia Silverstone (la star de Clueless disparue des radars) dans un premier rôle, mais on est plutôt très intriguées par ce qu’on nous vend comme un Mad Men féministe et comique. On nous promet un récit d’émancipation, une histoire d’amitié entre trois quadragénaires, une réflexion sur la maternité et un cours d’histoire sur une période particulièrement importante pour les femmes américaines. À suivre.

Diffusée sur Paramount Network à partir du 7 juin.

 

Red Creek

Le pitch: Marlène Bernard, une ancienne flic française (Lou de Laâge) solitaire et revêche, s’est exilée dans le Grand Nord canadien. Sur place, elle découvre l’histoire de Nikki, une jeune lycéenne qui a disparu dans des conditions mystérieuses. Elle décide de mener l’enquête et découvre d’étranges histoires d’exorcisme, de puissant gourou, de secte et déroule le fil de plusieurs autres disparitions qui semblent lui évoquer son propre passé trouble…

Pourquoi on regarde: Les séries sont-elles le lieu privilégié pour trouver des rôles féminins intéressants? On peut se le demander, tant les actrices s’y sont épanouies ces dernières années, de Big Little Lies à Top of the Lake. Red Creek, série française d’Antoine Besse tournée en anglais, semble confirmer la tendance en offrant à Lou de Laâge un rôle d’ex-flic torturée qui lui permet d’explorer avec brio un nouveau registre. Dans ce thriller, on la voit laisser éclater sa colère à la manière du personnage d’Elizabeth Moss dans Top of the Lake et on a l’impression de la redécouvrir. Red Creek lorgne aussi du côté de Fargo, pour les grandes étendues de neige qui cachent de terribles crimes et de True Detective pour le mysticisme. À découvrir.

Diffusée sur Studio+. 

Pauline Le Gall


3. Avec “Jericó”, Catalina Mesa célèbre le lien intergénérationnel des femmes colombiennes

Après deux ans de festivals, le documentaire Jericó, l’envol infini des jours sort dans les salles françaises le 20 juin. L’occasion de rencontrer sa réalisatrice colombienne Catalina Mesa, qui s’engage pour soutenir les femmes dans le cinéma latino-américain.
“Pose”, de Ryan Murphy, DR - Cheek Magazine
“Pose”, de Ryan Murphy, DR

5. Méditerranéenne, dénudée et badass: la femme revue et dessinée par Élodie Lascar

Illustratrice et féministe revendiquée, Élodie Lascar dessine des femmes puissantes, aux courbes assumées et aux attitudes badass, qui célèbrent la Méditerranée, les amis, la nourriture, les corps alanguis et libres. Rencontre à Marseille. 
“Pose”, de Ryan Murphy, DR - Cheek Magazine
“Pose”, de Ryan Murphy, DR

7. Anna Calvi affirme son identité queer dans un nouvel album qui explore le genre

De retour après plusieurs années d’absence, l’Anglaise Anna Calvi vient de faire son coming out queer dans un manifeste qui accompagne la sortie de Hunter, un troisième album où elle explore les notions de genre et de plaisir. Rencontre. 
“Pose”, de Ryan Murphy, DR - Cheek Magazine
“Pose”, de Ryan Murphy, DR