culture

Spectacle

“Agnès bande”: le spectacle ultra cul d'une stand-uppeuse à suivre

Dans Agnès Bande, tous les mercredis soir sur la scène du Sonar’t jusqu’à fin juin, Agnès Hurstel parle de cul sans tabous. Et c’est drôle. 
© Cyrille George Jerusalmi
© Cyrille George Jerusalmi

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“On va passer une heure ensemble, donc on s’organise comme vous voulez: soit je vous fais des blagues, soit on fait direct un bukkake.” C’est par cette sorte de private joke digne d’une soirée entre amis YouPorneurs qu’Agnès Hurstel se présente habituellement à son public. Tous les mercredis soir, la comédienne de 25 ans joue son premier spectacle de stand-up, Agnès Bande, sur la scène du Sonar’t à Paris. Et si vous avez déjà envie de vous boucher les oreilles à ce stade, sachez que ce n’est qu’un début.

 

Monologue du vagin

Sexe frontal, blagues sur la Shoah ou personnage de handicapé mental, Agnès Hurstel prend un plaisir jouissif à manipuler les tabous. Comme une jongleuse qui aurait remplacé ses massues par des bâtons de dynamite -ou tout autre objet à la fois explosif et phallique-, la Parisienne d’adoption envoie en l’air des petites bombes, qu’elle rattrape avec une agilité féline. Dans cette cave humide et exiguë du 9ème arrondissement se joue quelque chose d’important: une parole qui se libère, des limites qu’on questionne. Une certaine tension -quand son regard bleu perçant scanne la salle à la recherche d’une victime-, et des éclats de rire cathartiques. Au début du spectacle, Agnès Hurstel interprète sa propre chatte. À quoi ça ressemble, un vagin qui monologue? Comment on l’incarne? La réponse se trouve en partie sur cette minuscule estrade.

“Quand je suis arrivée avec mes pulls A.P.C. et ma petite gueule de bourgeoise, on ne m’a pas fait de cadeau.”

Si le show est encore en rodage -et évoluera sans doute largement dans les mois à venir-, Agnès Hurstel sidère déjà par sa technique. Venue au stand-up il y a seulement un an, elle affine sa pratique du théâtre depuis toujours. Née à Toulouse, elle a grandi à Paris puis à Londres, où elle a passé son bac au lycée français. De retour en France, cette littéraire a fait hypokhâgne et khâgne, raté de peu le concours d’entrée de Normale Sup’ et finalement décidé de devenir comédienne, en s’engageant dans une double licence de lettres et de théâtre. Elle a aussi pratiqué la danse, fréquenté l’école du cirque et a essayé de monter des pièces avec des bouts de ficelle, avant de décider qu’elle n’était “pas assez amoureuse de Tchekhov et de la branlette intellectuelle” pour continuer sur la voie du théâtre classique et fauché. Un milieu qu’elle décrit aujourd’hui comme “poussiéreux” et sclérosé par “l’entre-soi”. “D’ailleurs, aucun de mes potes de théâtre n’est venu voir mon spectacle, ils sont attristés pour moi que je fasse ça”, avance-t-elle.

 

Agnès bande Agnès Hurstel © Cyrille George Jerusalmi

© Cyrille George Jerusalmi 

 

Elle aussi, avant de se lancer dans un seule-en-scène, avait pas mal de préjugés sur la question. “Je méprisais ce milieu, parce que je n’y connaissais rien”, avoue-t-elle aujourd’hui. Et au départ, le milieu le lui rendait bien.“Quand je suis arrivée avec mes pulls A.P.C. et ma petite gueule de bourgeoise, on ne m’a pas fait de cadeau”, se souvient-elle. Il y a pile un an, alors qu’elle suit les cours de l’atelier Ouvre Tes Ailes, mené par l’Américain James Joint, ce dernier lui lance un défi à la fin du stage. Monter sur scène et essayer de faire rire les autres élèves en faisant du stand-up, le truc qu’elle aime le moins au monde. Elle relève le challenge et y prend goût, puis se jette dans le grand bain dès les jours suivants en montant sur la scène du Paname, temple parisien du rire et passage obligé des stand-uppers débutants. Elle découvre alors l’univers des scènes ouvertes, la “violence” de ses formats très courts où il faut “s’imposer en cinq minutes”. Validée par les spectateurs, elle est invitée à développer ses skecthes sur une durée plus longue et, de fil en aiguille, joue ici et là un texte qu’elle réécrit un peu toujours à la dernière minute, jusqu’à se voir proposer de tenir une heure toute seule au Son’Art, depuis le mois de février.

 

Un discours féministe en construction

Bonne élève, quand Agnès Hurstel ne joue pas, elle étoffe sa culture stand-up en allant voir d’autres comédiens sur scène et en regardant des vidéos sur YouTube. Aux U.S., Amy Schumer lui plaît beaucoup, mais Sarah Silverman l’“irrite”. En France, elle se dit bluffée par Pulsions, le spectacle de Kyan Khojandi à l’Européen, qu’elle a vu récemment. Chez les femmes, c’est surtout l’humour noir et à froid de Blanche Gardin, “une meuf brillante”, qui la touche. Agnès Hurstel n’est pas très fan des stand-uppeuses qui jouent la carte girly et voudrait “sortir de ce schéma où la meuf monte sur scène pour dire qu’elle pèse un quintal, qu’elle a des mycoses et qu’elle n’arrive pas à se faire baiser”. Elle aspire à écrire un spectacle qui ne soit pas genré, qui parle autant aux filles qu’aux mecs. Sûr qu’en proposant un bukkake moins de trois minutes après le début du show, elle devrait parler à ces derniers.

“Dans les scènes ouvertes, ce sont les filles qui parlent le plus de cul. On est obligées de libérer cette parole-là.”

Mais les femmes occupent clairement une place centrale dans les préoccupations de la comédienne. Même si elle n’a rien théorisé et qu’en bonne intello, elle se pose encore beaucoup de questions sur ce qu’elle veut dire des femmes en sous-texte, elle est loquace sur le sujet. Elle affirme vouloir “déculpabiliser les meufs” et ne doute pas une seconde de la portée émancipatrice d’un spectacle aussi cru: “Dans les scènes ouvertes, ce sont les filles qui parlent le plus de cul. On est obligées de libérer cette parole-là, comme s’il y avait des siècles à rattraper”, analyse-t-elle. Elle lit aussi aussi beaucoup de sites féministes comme le blog dédié au sexe Slutever, ou encore Dbagdating, qui compile les chroniques de dates foireux d’une Américaine anciennement expatriée à Paris. D’une manière générale, Agnès Hurstel prône davantage de solidarité féminine et déplore le trop plein de “misogynie entre nous”. “Ça me choque parce qu’on est la clef de voûte du truc”, explique-t-elle. Ambitieuse et confiante en son avenir, elle voudrait que l’on montre plus de bienveillance à l’égard des femmes qui réussissent. Nous, on pense qu’elle ira très loin et, sincèrement, on s’en réjouit très fort.

Faustine Kopiejwski 


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