culture

Dossier Femmes et pouvoir / En partenariat avec le CFPJ

BD: “Ce n’est pas parce qu’on est des femmes qu’on a des thématiques propres à notre genre”

Mathilde Ramadier fait partie du collectif des créatrices de bande dessinée contre le sexisme créé par une centaine d’auteures, qui tente de mettre fin au machisme ambiant parmi les dessinateurs, éditeurs et journalistes. À l’occasion de la sortie de son nouvel album Berlin 2.0, nous l’avons rencontrée à Paris.     
Mathilde Ramadier © FlowtographyBerlin
Mathilde Ramadier © FlowtographyBerlin

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À 27 ans, Mathilde Ramadier n’a franchement pas hésité à intégrer le collectif des créatrices de bande dessinée contre le sexisme qui a fait récemment parler de lui. Créé à la rentrée, il réunit 147 professionnelles du milieu. On y retrouve les grands noms de la BD, de Pénélope Bagieu à Marion Montaigne en passant par Tanx ou la scénariste et illustratrice Julie Maroh, à l’origine du rassemblement. “Tout a commencé quand Julie Maroh a été contactée par le Centre belge de la BD pour participer à l’élaboration d’un évènement intitulé La BD des filles, se souvient Mathilde Ramadier. Elle nous a toutes envoyé un mail pour nous faire part de sa consternation. Le collectif était lancé.

À son arrivée à Paris, la jeune drômoise se confronte rapidement au milieu conservateur de la bande dessinée. Ancienne élève de philosophie à l’École Normale Supérieure, la scénariste a sorti depuis deux BD biographiques sur Jean-Paul Sartre et Laurent Garnier. Un grand écart qui en dit long sur ses intérêts et sa curiosité. Lassée par la vie parisienne, elle a décidé de quitter la capitale française, direction Berlin. Entre deux projets, on a rencontré Mathilde Ramadier dans un café du quartier de la Goutte d’Or à Paris, pour parler femmes et travail. 

Le monde de la BD à Berlin est-il aussi sexiste que son pendant parisien?

Le sexisme à Berlin ça n’existe quasiment pas! Mais les deux milieux sont difficilement comparables. La bande dessinée en Allemagne est un milieu encore très underground et pour cause, la BD y est diffusée dans des périodiques spécialisés. Cependant, il est beaucoup plus hétérogène qu’en France, on y croise autant de femmes que d’hommes.

Intégrer le collectif des créatrices contre le sexisme dans la BD t’est-il apparu comme une évidence?

Oui, l’idée était surtout de dire, ‘stop on arrête avec la BD girly’, ce n’est pas parce qu’on est des femmes qu’on a des thématiques spécifiques à notre genre. L’exposition qui a poussé l’émergence du collectif s’intitulait Les filles et la BD, c’est tout de même réducteur…

Ça alors, deux filles qui veulent faire une BD sur Sartre et pas sur Beauvoir, j’espère que vous vous y connaissez en Sartre hein?

Penses-tu que lutter contre le sexisme implique forcément la non-mixité  au sein du collectif?

Non, nous sommes toutes réunies dans ce collectif mais nous ne partageons pas toutes la même vision en matière d’organisation. Personnellement, j’étais favorable à la mixité au sein du groupe. Certains hommes ont envie de porter une voie plus moderne et plus égalitaire envers les femmes auteures. 

Jusqu’ici, les personnages principaux de tes BD étaient exclusivement des hommes, te l’a t-on déjà reproché?

Oui, quand on préparait le projet avec Anaïs Depommier, l’illustratrice de Sartre, un éditeur nous a dit: “Ça alors, deux filles qui veulent faire une BD sur Sartre et pas sur Beauvoir, j’espère que vous vous y connaissez en Sartre hein?” Les réflexions sont de ce niveau-là. Mais pour être sincère, je n’ai jamais vécu des moments de sexisme très violents comme certaines de mes collègues

“Je peux m’identifier à un homme comme un homme peut s’identifier à moi.”

Dans Berlin 2.0, Margaux, jeune expat’, fait face à la précarité du monde du travail allemand. Son sexe a t-il une importance?

Absolument pas! J’ai choisi un personnage féminin pour me mettre plus facilement dans sa peau. Mais Margaux se retrouve face à des contraintes salariales, économiques et sociales partagées par tous, hommes ou femmes. 

Margaux c’est donc un peu toi, non?

C’est vrai que dans les expériences professionnelles, Margaux me ressemble. On fait partie d’une génération qui a beaucoup travaillé et qui a envie de travailler dans la culture, ça donne des gens très heureux mais ça provoque aussi pas mal de désillusions. J’avais envie de traiter de ces problèmes dans cette BD. La différence entre Margaux et moi, c’est que, quand je suis arrivée à Berlin, j’étais avec quelqu’un alors que mon personnage est seul. Ça change nécessairement le rapport aux autres. 

Donc pas d’engagement féministe dans Berlin 2.0?

Vouloir l’égalité ne signifie pas forcément que l’on doit brandir le genre à tout bout de champ. Moi, en tant qu’auteure, je ne m’adresse pas seulement à des lectrices mais aussi à des lecteurs. Je peux m’identifier à un homme comme un homme peut s’identifier à moi. Voilà l’essence de mon message. 

Propos recueillis par Dino Tomasi


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