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Beth Ditto: “La communauté gay sera toujours là et on aura toujours des enfants”

Pour la sortie le 16 juin de son premier album solo, on a parlé féminisme et droits humains avec l’icône pop et lesbienne Beth Ditto.
© Mary McCartney
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Avec sa voix surpuissante, son physique trop rare, ses prises de position féministes et LGBTQ, Beth Ditto est devenue une véritable icône pop. Après le cinquième album de Gossip en 2012 et la séparation du trio, cette chanteuse singulière s’est fait discrète. Elle est enfin de retour avec Fake Sugar, un premier album solo étincelant qui nous donne l’occasion d’évoquer ses combats.

Quand as-tu ressenti ton premier déclic féministe?

Tout a commencé par des pubs à la télé. J’ai remarqué qu’il n’y avait que des femmes dans les pubs pour les produits ménagers. Je devais avoir 11 ans. Mais même avant ça, je me rappelle avoir trouvé injuste que ma mère doive travailler aussi dur sans considération. On n’employait pas trop le terme “féminisme” à la maison, mais j’ai grandi entourée de femmes fortes -avec notamment une tante qui détestait ouvertement les hommes. Des femmes dynamiques, qui avaient de la personnalité et de l’esprit.

Qui sont tes icônes féministes dans la pop culture?

J’adorais la série Rhoda quand j’étais petite, avec le personnage génial de Rhoda Morgenstern. Je peux aussi citer Mama Cass, Miss Piggy, Tobi Vail, Charlotte Cooper, ou encore l’incroyable Lily Tomlin.

As-tu déjà écrit pour des zines?

Non, je crois que j’étais trop complexée. J’en lisais beaucoup quand j’étais ado. À cette époque, je vivais en Arkansas et j’ai rencontré des riot grrrls qui adoraient les zines, mais elles m’intimidaient énormément. Certaines étaient assez méchantes, en plus! Je préférais apprendre en écoutant, plutôt que de me lancer tout de suite.

On peut toujours aller plus loin, mais je pense que la Women’s March était déjà une étape historique, qui a eu un énorme impact.

À 18 ans, tu as déménagé à Olympia, le QG des riot grrrls dans l’État de Washington. Quel genre de rapports avais-tu avec ce mouvement?

C’était en 1999, donc c’était la fin. J’ai quand même pu sentir ses répercussions. Je pense que c’était même mieux que si j’avais été en plein dedans parce que beaucoup de groupes vivaient des périodes difficiles. Certaines ne se parlaient plus. C’était une scène qui se battait pour de bonnes raisons, mais elle a beaucoup attiré l’attention, ce qui a provoqué des tensions et des amertumes. Je suis contente d’avoir raté ce côté-là. Ça me permet de continuer à idolâtrer les féministes de ces groupes. Je reste nostalgique de ce mouvement qui a changé ma vie et que j’ai pu vivre sur la fin.

Avant les riot grrrls, les idées féministes étaient cruciales chez des groupes comme X-Ray Spex, les Slits, les Au Pairs… Où les trouve-t-on aujourd’hui?

Il y avait aussi Malaria!, les Raincoats… J’ai l’impression que de nos jours on les retrouve plutôt dans la pop que dans le rock. C’est d’ailleurs génial! Certains disent que ce n’est pas suffisant et différentes définitions du féminisme s’opposent, mais on peut quand même coexister et se battre pour atteindre un but commun. J’aimerais qu’il y ait davantage d’indulgence et de soutien mutuel.

 

 

Quels souvenirs gardes-tu de ton expérience de bénévole au Rock’n’Roll Camp for Girls?

À une époque, j’y travaillais tous les étés quand je n’étais pas en tournée. Mes nièces et mes petites sœurs y sont allées aussi. C’est une colo rock pour les petites filles, pendant une semaine. On leur met à disposition des instruments. Elles peuvent écrire une chanson, la jouer, l’enregistrer, sympathiser avec d’autres filles. Sans exagérer, beaucoup de groupes créés là-bas font penser au son des riot grrrls. À chaque fois, je me dis que les femmes pourraient avoir bien plus d’importance dans la musique si on leur donnait des guitares dès l’âge de 8 ans. Ces petites filles sont extraordinaires. Ma mission, c’était de leur apprendre à chanter, à apprécier leurs propres voix, à prendre soin de leur gorge. Je leur montrais comment se servir d’un micro et d’un ampli. Je leur expliquais comment éviter le larsen, comment demander fermement ce dont elles avaient besoin, comment s’exprimer face aux autres membres du groupe -par exemple, si on n’arrive pas à entendre sa propre voix en répétition, on demande poliment aux autres de baisser le volume. Je leur faisais écouter des chansons de Yoko Ono, Nina Simone, Sylvester ou Nina Hagen, et je leur faisais deviner si c’étaient des hommes ou des femmes qui chantaient. Ça leur montrait aussi l’étendue des possibilités: on n’a pas besoin d’avoir une voix de popstar. C’était tellement cool de voir leurs visages s’illuminer! J’adorerais recommencer si j’avais le temps.

As-tu participé à la Women’s March en janvier dernier?

Non. La grand-mère de mon épouse était malade, donc on a dû se rendre à Hawaï pour la voir à l’hôpital. Ma sœur, mes nièces et ma mère y ont participé, en Arkansas. Ça m’a fait très plaisir et j’étais fière de voir toutes ces femmes passer à l’action. Il y a eu des critiques justifiées, parce qu’on peut toujours aller plus loin, mais je pense que c’était déjà une étape historique, qui a eu un énorme impact.

Trump est un sociopathe narcissique qui, à mon avis, ne ressent aucune empathie.

Le combat féministe s’est-il renforcé depuis l’élection de Trump?

Pour la première fois depuis longtemps, les gens ont peur. On a un président intolérant, sans limite. C’est un sociopathe narcissique qui, à mon avis, ne ressent aucune empathie. Ça fait des décennies qu’on n’a pas eu une menace aussi forte à l’encontre des droits de l’homme.

Crois-tu que les droits LGBTQ soient menacés?

Oui, mais dans un sens je me fais moins de souci là-dessus parce qu’on sera toujours là. La communauté gay sera toujours là et on aura toujours des enfants, des familles. Comme en France et en Grande-Bretagne, il y a des gens qui sont plus menacés et qui ont besoin qu’on s’intéresse plus à leur sort: les musulmans, ou la communauté trans par exemple. C’est effrayant de penser à quel point leurs vies pourraient être bouleversées.

Les femmes ont le droit de chanter, mais pas de prendre le contrôle.

Abordes-tu ces questions sur ton nouvel album, Fake Sugar?

Je n’ai pas l’impression, mais il faudrait que je le réécoute. On l’a terminé avant l’élection présidentielle. Je suis sûre qu’à un moment je vais me rendre compte que j’en parle quand même un peu.

Cet album solo est produit par Jennifer Decilveo. C’est toujours déprimant de penser au nombre très faible de femmes qui produisent des disques…

Oui. Je crois que ça change un peu, très lentement. Les femmes ont le droit de chanter, mais pas de prendre le contrôle. Pour cet album, c’est aussi une femme qui s’est s’occupée de la direction artistique. À nous trois, on était non seulement une équipe de femmes, mais aussi de lesbiennes. À un moment, je leur ai dit: “Arrêtons tout un instant et regardons nous: cette situation n’arrive jamais!” C’était vraiment incroyable.

Propos recueillis par Noémie Lecoq


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