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Comment les héroïnes de Broad City sont devenues nos idoles féministes

Broad City vient de terminer son ultime chapitre outre-Atlantique avec la diffusion du dernier épisode de sa cinquième saison. Moins connue et célébrée que Girls, la série de Comedy Central a pourtant exploré comme aucune autre fiction l’amitié féminine, la sexualité des millennials et les galères de boulot. On a demandé à une dizaine de meufs de nous expliquer pourquoi cette série a marqué leurs vies.
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C’est la saison des adieux. Au printemps, quelques-unes de nos héroïnes de télé préférées tirent leur révérence: Rebecca de Crazy Ex-Girlfriend, Jane de Jane the Virgin… Même Phoebe Waller-Bridge nous a brisé le cœur en annonçant qu’il n’y aurait pas de saison 3 de l’excellente Fleabag. Mais les adieux les plus déchirants ont eu lieu à la diffusion fin mars de l’ultime épisode de la saison 5 de Broad City. Le show, démarré sous forme de websérie en 2009 et adapté sur Comedy Central en 2014, a raconté pendant six ans l’amitié fusionnelle entre Abbi et Ilana. Si la série a débuté comme une forme de Stoner comedy au féminin, montrant deux filles défoncées traînant dans leurs chambres, ses deux créatrices Abbi Jacobson et Ilana Glazer ont réussi à imposer un regard nouveau sur, pêle-mêle, la masturbation, l’amour, l’amitié, Brooklyn, les trottoirs de New York, les start-up, les conversations vidéo. Elles ont redéfini comme personne ce que ça fait d’être une femme de 25 ans dans une capitale avec son lot d’anonymat, de lose et d’épiphanies.

 

 

Broad City se lance en 2014, deux ans après les débuts de la série de Girls de Lena Dunham. Cette dernière est portée aux nues comme étant la première série qui s’intéresse de manière plus réaliste à la vie des jeunes femmes. La série d’Ilana Glazer et Abbi Jacobson débarque avec un humour délirant, encore plus absurde, qui colle au manque d’ambition apparent de ses héroïnes. “Je me sentais en décalage, je complexais presque de la platitude de ma vie quand je finissais un épisode de Girls ou de Two Broke Girls, nous explique Caroline. Avec Broad City, je retrouvais mes copines sans artifices, ni sublimes ni laides, un peu vulgaires et cheap mais pas dans la caricature de ‘looseuse’ de 30 ans.” Un point de vue que partage totalement Axelle, qui a trouvé que Broad City était “l’une des [séries les] plus réalistes” qu’elle ait pu voir sur “les amitiés, les galères de thunes…” En dressant un portrait sans complaisance d’un New York qu’elles arpentent sans relâche, dans lequel elles ont appris à se mouvoir et à exister ensemble, Abbi et Ilana ont touché le cœur des femmes de leur âge. “C’est l’une des séries les plus loufoques que j’ai pu voir, raconte Lucile, mais c’est aussi l’une des plus réalistes sur ce que ça fait de vivre dans une capitale. Ça me fait plaisir de voir des personnages féminins sans limites, sans gêne.” “Broad City est la seule série qui montre des filles traîner sans but, analyse Caroline, qui explique que Ilana et Abbi lui ont appris que “le bien-être peut venir d’un quotidien banal”.

Elles ont apporté un ton pour parler de sexualité.

Là où les meufs de Girls sont toutes blanches, minces et riches, dans Broad City, il y a une palette de personnages tous différents”, explique Judith. Les héroïnes sont juives et autour d’elles gravitent des personnages attachants, de Lincoln, le petit ami d’Abbi incarné par le génial Hannibal Buress, à Jaime (Arturo Castro), le coloc gay d’Ilana qui obtient la nationalité américaine au cours de la série. “C’était l’une des premières fois que je voyais une série où des vingtenaires galéraient vraiment à New York, estime Lisa, qui y a elle-même vécu. Dans les séries, les personnages vivent généralement tous dans des appartements de ouf (Friends, Girls, Gossip Girl etc) alors que tous mes potes du même âge avaient deux boulots voire plus, des appartements avec quatre colocs… C’était la première fois que je voyais une représentation réaliste de ce qu’était être jeune à New York.” Leur vision du sexe est aussi plus proche de ce qu’ont pu vivre leurs contemporaines. La relation avec les personnages masculins est souvent secondaire, voire accessoire. Abbi et Ilana passent plus de temps à explorer une vision libre et fluide de la sexualité, de la masturbation et du plaisir. “Elles ont apporté un ton pour parler de sexualité qui me faisait vraiment rire, explique Iris Brey, autrice de Sex and the Series (éditions de l’Olivier). Leur franchise était presque déconcertante et il y avait quelque chose de très burlesque dans leur manière de se mettre en scène se masturbant. On avait la sensation qu’elles n’étaient pas gênées. Ces choses qui pouvaient faire peur devenaient drôles par leur manière d’utiliser leur corps dans leur jeu.” Elle nous parle notamment de l’épisode de la saison 4 où Ilana n’arrive plus à avoir d’orgasme à cause de l’élection de Donald Trump. Dépitée, elle va voir une sorte de thérapeute new age qui l’aide à reprendre du plaisir. Au moment de jouir, elle voit alors défiler devant ses yeux des images de femmes puissantes. “Quand on voit une femme jouir, on la ramène toujours à un homme qu’elle désire, explique Iris Brey, là c’est la sororité qui fait qu’elle arrive à la jouissance. C’est une idée politique!

 

 

Pour Lauriane, créatrice de Lesbien Raisonnable, Broad City était aussi la série américaine “la plus queer” du moment. “Ilana est pansexuelle et on la voit souvent avoir des histoires avec des filles, nous explique-t-elle. Elle a aussi un crush sur Abbi, sa meilleure amie. Elle la complimente souvent sur son physique, notamment ses fesses. Ça pourrait être bizarre ou gênant, mais ça ne l’est pas tant que ça! Ça fait partie de la bizarrerie -que l’on pourrait traduire par queerness’- de leur amitié.” Les personnages LGBT font partie intégrante de la série, et Lauriane nous rappelle les guests prestigieux qui ont traversé les saisons comme RuPaul ou Alan Cumming. Dans le génial épisode 5 de la saison 2, Abbi fait aussi un gros clin d’œil à une icône queer par excellence: Judy Garland. “Leur relation au sexe est beaucoup plus réaliste que ce que j’ai pu voir ailleurs, estime Hélène. La consommation parfois sans intérêt, les mecs pas toujours très beaux ou intelligents mais qui sont là au bon moment au bon endroit, la part importante de la masturbation…

Il n’y a pas beaucoup de séries où l’héroïne a des poils sous les bras et les porte fièrement.”

Le corps des deux héroïnes est au cœur de Broad City, jamais caché, jamais honteux. “Il n’y a pas beaucoup de séries où l’héroïne a des poils sous les bras et les porte fièrement”, estime Lisa. Entre elles il n’y a jamais de gêne et l’un des running gag de la série est de montrer Ilana complètement nue et floutée des pieds à la tête. Leur amitié fusionnelle, bienveillante, cimentée par une admiration mutuelle, est bien l’aspect le plus touchant de Broad City. “L’idée de sororité est l’aspect le plus féministe de la série”, estime Aurore. “Elles ne sont jamais en compétition l’une avec l’autre, elles sont bienveillantes et respectueuses, c’est super cool de voir ça à l’écran”, estime Lisa. Hélène nous explique même quelle essaie de reproduire cette “relation de soutien inconditionnel” avec ses amies. Loin des séries qui nous montrent des relations féminines difficiles, voire toxiques, l’amour entre Abbi et Ilana n’a pas de limites. “On voit surtout des buddy movies avec des mecs qui font des aventures et mettent tout le film à se dire qu’ils s’aiment, ça me gave, explique Judith. L’amitié féminine doit être plus représentée.” Dans un monde professionnel toujours plus aliénant, Abbi et Ilana nous ont donné l’occasion d’avoir des copines de galère qui renversaient à l’écran tous les stéréotypes de la réussite. “Elles ont des comportements complémentaires, estime Aurore, et on peut facilement s’identifier à elles, que ce soit à la soumission comique d’Abbi quand elle travaille comme femme de ménage à Soulstice ou au culot sans limite d’Ilana quand elle est employée dans une start-up.” Jamais carriéristes, jamais en compétition avec d’autres femmes, toujours prêtes à se soutenir, Abbi et Ilana ont dressé en cinq saisons un portrait extrêmement bienveillant de l’amitié et du féminisme. Sans pour autant sacrifier des thématiques très actuelles: la précarité, la dépression, la difficulté d’occuper l’espace public en tant que femme. Avec le temps, Broad City est devenue tellement iconique que même Hillary Clinton a accepté d’apparaître dans la saison 3. “Mettre cette série entre les mains de quelqu’un qui ne s’identifie pas vraiment comme féministe peut être vraiment enrichissant, estime Judith. Vous savez ce que vous offrirez à votre meilleure copine à son prochain anniversaire. En attendant les prochains projets d’Abbi Jacobson et Ilana Glazer.

Pauline Le Gall


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