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Camille Lellouche: Qui est l’humoriste qui se cache derrière la cousine de Kim Kardashian?

La comique, comédienne et musicienne est à l’affiche du one-woman-show Camille en vrai au théâtre de la Gaîté Montparnasse à Paris. Elle propose également des imitations loufoques dans Quotidien depuis la rentrée. Rencontre avec une travailleuse qui n’a jamais rien lâché.
Camille Lellouche © Cynthia Frebour
Camille Lellouche © Cynthia Frebour

Camille Lellouche © Cynthia Frebour


Son débit de parole fait concurrence à celui de Nicole Ferroni, et son audace à celle d’Amelle Chahbi. Deux soirs par semaine depuis le 10 septembre, Camille Lellouche présente son one-woman-show Camille en vrai au théâtre de la Gaîté Montparnasse, devant des salles pleines. C’est que la jeune femme a commencé à séduire son public -parmi lequel on retrouverait Marion Cotillard, à la grande fierté de l’humoriste- il y a plusieurs années déjà, avec des vidéos déjantées qu’elle publie sur les réseaux sociaux. Des “one-shot” improvisés et très drôles, filmés avec son smartphone qui lui ont également valu d’être repérée par Quotidien. Elle a donc rejoint l’équipe de Yann Barthès à la rentrée et propose Face Cam, un programme de pastilles vidéos d’imitations de Donald Trump, Neymar ou encore Florent Pagny.

Même si tout semble rouler du côté de la talentueuse trentenaire, le chemin a été long et difficile pour accéder au monde du spectacle, dans lequel “une carrière ne commence qu’après dix ans de galère”, explique Camille Lellouche. Née à Paris, elle débute le piano à l’âge de quatre ans, avec un rêve: devenir musicienne et entrer au Conservatoire de Paris. Après son bac, elle s’oriente vers un BTS commerce pour s’assurer un diplôme, tout en pratiquant le piano d’arrache-pied, jusqu’à dix heures par jour. Elle s’envole ensuite pour Oxford pour y apprendre l’anglais.

Un an plus tard, Camille Lellouche revient en France pour débuter une nouvelle formation en BTS qu’elle abandonne au profit des piano-bars. En parallèle, elle trouve un travail de serveuse à Paris, histoire de gagner sa vie. Une période censée être transitoire qui dure finalement dix ans, interrompus un moment donné par sa participation au tournage de Grand Central, sorti au cinéma en 2013. “C’est arrivé comme dans un film”, raconte l’humoriste. La réalisatrice Rebecca Zlotowski, une habituée du restaurant du Marais dans lequel l’humoriste-comédienne-chanteuse travaille, lui propose de passer des auditions pour incarner le personnage de Géraldine. Quelques mois plus tard, la voilà qui donne la réplique à Léa Seydoux, chante La maladie d’amour à l’écran et monte même les marches du Festival de Cannes. A la suite de cette expérience, elle retourne servir les clients, enchaîne les auditions avant de décider de retourner vivre chez sa mère. En 2014, elle tourne une pub parodique pour un café marseillais avec Titoff, qui lui permet de rencontrer Laurent Junka, son futur producteur. La même année, un de ses amis lui propose de participer à The Voice 4. Elle accepte dans l’idée de tenter sa dernière chance dans la chanson et atteint les demi-finales. Trois ans plus tard, la travailleuse acharnée fait salle comble et mêle humour et musique sur la scène du théâtre de la Gaîté Montparnasse. Rencontre avec une femme persévérante, entière et très drôle.

Comment t’est venue l’idée de réaliser tes pastilles vidéos?

J’ai commencé ces vidéos quand les castings ne marchaient pas et que je vivais chez ma mère. Une période difficile. Un jour, je me faisais chier et je réfléchissais au Ice Bucket Challenge, à la mode à ce moment-là. Je savais que c’était pour la bonne cause mais je me disais que beaucoup d’eau était gaspillée, et que ce point était peut-être à critiquer. Si je l’avais fait en tant que Camille Lellouche, ça aurait tout de suite été moralisateur et insupportable, j’ai donc décidé de créer le personnage de la cousine de Kim Kardashian, une espèce de cagole -c’est avec beaucoup d’amour que je dis ça, j’en suis moi-même une de temps en temps, comme tout le monde- et ça a marché. J’ai buzzé instantanément: j’étais devant mon ordi et c’était comme Matrix, j’ai pris 10 000 abonnés en un jour, et ça m’a vraiment valorisée à un moment où j’en avais besoin.

J’ai toujours voulu faire de la scène, que ce soit avec la musique, ou pour faire rire.

Qu’est-ce qui t’a amenée à monter sur les planches?

C’était viscéral, j’ai toujours voulu faire de la scène, que ce soit avec la musique, ou pour faire rire. Mettre sur pied ce spectacle était aussi l’occasion de montrer tout ce dont je suis capable, tout ce que j’ai appris, assimilé, et d’utiliser mon expérience, mes blessures, mes fêlures, mes échecs, à travers des personnages bien sûr, pour me protéger. Il y a un peu de moi dans chacun d’eux, à commencer par la cousine de Kim Kardashian qui a été comme une carapace pour moi au moment où c’était difficile. Dans le milieu artistique, tu commences une carrière -et pas tu réussis, tu commences- après dix ans de galère. C’est violent parce qu’on se dit que les gens ne voient pas la façon dont on se voit. Tu as envie de leur crier “putain je suis capable de ça, je vis pour ça, regardez comme j’ai travaillé, écoutez ce que j’ai à dire, s’il vous plaît”.

Comment s’est mise en place ta collaboration avec Quotidien

J’avais rendez-vous dans leurs studios pour discuter de la promotion de mon spectacle dans leur émission. Je suis rentrée dans l’immense bureau de Laurent Bon, le producteur, j’ai fait quelques vannes sur la déco, il a beaucoup rigolé et m’a dit “j’ai vu tes vidéos, c’est hilarant, qu’est-ce qu’on fait?”. Beaucoup d’idées me sont venues, c’était comme si j’étais toute seule chez moi, je ne m’arrêtais pas de parler. J’ai proposé les pastilles qu’on voit dans Quotidien, dans lesquelles j’aborde des thèmes en lien avec l’actualité en incarnant par exemple Donald Trump ou Florent Pagny -je ne voulais pas les faire en direct sur le plateau par peur du trac. L’idée a plu à l’équipe et quelques jours après, je tournais. C’est arrivé très vite, une semaine avant ma rentrée parisienne. Tout d’un coup, j’avais l’impression que tout était réuni: la chance, le timing,… Et j’avais  travaillé pour ça pendant des années.

Tu parles de trac quand tu es en direct sur le plateau de Quotidien, en quoi est-ce différent de la scène?

Ça n’a pas grand chose à voir. La télévision en direct, c’est quand même assez violent. Sur scène, je contrôle: c’est mon public. Je les attrape, je les fais rire, je modèle mon truc. À la télévision, tu ne connais pas le public ni les invités. L’écriture est également différente: dans Face Cam, il y a un côté plus rythmé, avec des jump cuts et des grosses vannes et je fais un peu d’impro.

J’arrive à monter sur scène avec 39,5 de fièvre, une angine blanche, une grippe intestinale. Un mec, s’il se coupe le doigt, il se met en arrêt maladie.

Sur scène, tu vantes la beauté de tes fesses et tu imites le camel toe. Tu as déjà eu des retours de personnes choquées par ta liberté?

Juste une fois. On m’a dit “c’est un peu fort le moment de la teuch”. Mais en fait, je n’en fais pas plus que les autres humoristes. Certains parlent de bites, de branlettes pendant dix minutes, une autre mime une teuch avec son visage sur scène… Je fais partie de ces nanas qui osent et on pourrait dire qu’avec l’utilisation de certains mots, je suis un peu grossière, mais pas vulgaire. La nuance se trouve dans ce que tu dégages.

À la fin de ton spectacle, tu chantes un morceau de ta composition et tu y racontes avoir toujours voulu être un garçon…

Je l’ai écrite quand j’avais 15 ans et je parlais du sens pratique: la quéquette quand tu veux faire pipi dans un coin debout, c’est plutôt pratique. Avoir ses règles, accoucher, ce sont des trucs un peu chiants. Et puis, entre mecs, ils ne se font pas chier sur la façon dont ils sont habillés, ils n’en ont rien à foutre. Mais je suis ravie d’être une femme forte et surtout une femme puissante. (Rires.) Moi, j’arrive à monter sur scène avec 39,5 de fièvre, une angine blanche, une grippe intestinale. Un mec, s’il se coupe le doigt, il se met en arrêt maladie.

Quel·le·s humoristes t’inspirent particulièrement?

J’aime beaucoup Élie Kakou et j’étais ravagée quand il est mort le 10 juin (Ndlr: 1999), jour de mon anniversaire. J’adore ses personnages comme Madame Sarfati. Et il y a eu Gad Elmaleh. Le jour où je l’ai vu sur scène, j’ai su que je voulais faire la même chose: être drôle ou incarner des personnages tristes, comme Chouchou, et jouer de la musique devant un public.

Dans Camille en vrai, tous les personnages que tu mets en scène sont des femmes. Il y a une raison particulière à ça?

Le fil conducteur du spectacle est la solitude des femmes. C’est le point commun entre la cousine de Kim Kardashian qui fait des tutos seule devant son ordinateur et la femme battue de Lenny, complètement coupée du monde. Elles viennent toutes de milieux très différents et sont concernées par un problème très actuel. J’ai vu ces femmes quand j’étais serveuse, devant leurs cafés. On remarque à la façon dont elles touchent leurs tasses ou posent leurs regards sur les autres qu’elles sont seules. D’autant plus que contrairement à l’homme, la femme fait tout pour le cacher et ne pas se soumettre au sentiment de solitude.

Quelle est la plus grande difficulté que tu as rencontrée au moment de monter ton spectacle?

Faire rire! Au début, quand on n’est jamais monté sur scène en tant qu’humoriste, c’est violent. On se prend des bides d’une minute alors que quatre secondes sans rire, c’est déjà très long. J’ai heureusement une facilité avec l’impro qui m’a souvent sauvée. Après ma tournée en province, commencée il y a un peu plus d’un an, et qui a très bien marché, j’ai eu peur que ça se corse à Paris. Et puis en fait, ça se passe très bien, j’adore le théâtre de la Gaîté dans lequel on est proche du public, on peut les toucher et échanger avec eux et les salles sont pleines. J’ai beaucoup de chance!

Propos recueillis par Margot Cherrid

Pour aller voir le spectacle de Camille Lellouche, c’est ici.


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