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“Camping”: pourquoi la nouvelle série de Lena Dunham déçoit

Après avoir tenté d’être la voix de leur génération, Lena Dunham et Jenni Konner s’attaquent à celle des quadragénaires dans leur nouvelle série, Camping. Cette adaptation d’une série britannique raconte le long week-end au camping d’un groupe de quadras névrosés et de leurs enfants.
David Tennant et Jennifer Garner © HBO
David Tennant et Jennifer Garner © HBO

David Tennant et Jennifer Garner © HBO


À la tête du groupe de personnages de Camping, la nouvelle série de Lena Dunham et Jenni Konner, il y a Kathryn (Jennifer Garner), qui a organisé un week-end pour fêter les 45 ans de son mari Walt (David Tennant). Kathryn souffre de douleurs chroniques et autres problèmes de santé qu’elle adore énumérer avec un mélange d’exaspération et de fierté. Elle a aussi subi une hystérectomie (caractéristique qu’elle partage avec Lena Dunham), une lourde opération qui explique, selon son mari, pourquoi elle serait devenue si… “pénible”.

 

Vieux cliché

Oui, car comme plusieurs personnages le font remarquer au fil des épisodes, Kathryn est une “briseuse de couilles” (“ball buster”), et une “obsédée du contrôle” -ces termes qui prennent une tournure macho quand on les utilise pour décrire une femme plutôt qu’un homme. Kathryn a planifié chaque minute du week-end (“le petit-déjeuner doit être fini dans 7 minutes!”) et ne laisse aucune place à la spontanéité. Lorsque sa sœur se ramène avec sa belle-fille adolescente, ce qui n’était pas prévu, Kathryn exige qu’elles repartent. Elle refuse aussi d’être touchée par son mari, à cause de la fragilité de son plancher pelvien. Mais au lieu d’explorer les raisons de sa souffrance (physique comme psychique) et de sa rage, Camping tente de créer des situations comiques à partir de la souffrance que Kathryn inflige aux autres. Il s’agit malheureusement d’un vieux cliché, rarement drôle, et critiqué maintes fois pour son aspect sexiste: le personnage de la femme coincée, rabat-joie et castratrice, qui pourrit la vie de son mari et de son fils (et ici, de littéralement tout son entourage).

 

 

Et oui, Camping sent le périmé, que ce soit pour ses rebondissements (des quadras qui font n’importe quoi après avoir bu ou pris de la drogue… révolutionnaire), ou pour la manière rétrograde dont la série décrit les rapports de genre. On accorde ainsi une scène entière au mari de Kathryn qui se plaint de ne plus avoir de rapports sexuels, sous le regard larmoyant de ses amis. “On ne peut plus forcer les femmes. Cette ère est révolue”, se lamente-t-il avec le plus grand sérieux. La réplique est censée être drôle (?) mais tombe totalement à plat. On assiste aussi au relooking de la sœur de Kathryn, qui se fait couper les cheveux et épiler trois poils et demi de sourcils, et qui est soudainement considérée comme jolie par son petit-ami. Quant au personnage incarné par Juliette Lewis, elle déclare fièrement qu’elle a couché avec une femme une fois et que “le lesbianisme, c’est génial”.

 

Camping Lena Dunham Juliette Lewis © HBO

Juliette Lewis © HBO 

Lena Dunham et Jenni Konner -qui se sont “séparées” professionnellement après le tournage de Camping- ont voulu faire une comédie sur les “crimes entre femmes”. La cruauté et la violence très spécifiques qui peuvent naître au sein d’une amitié féminine sont un sujet fertile, que Dunham et Konner avaient déjà exploré dans plusieurs sublimes épisodes de Girls, notamment Beach House et Goodbye Tour. Mais ici, les créatrices ont l’air de penser que le seul fait d’avoir un personnage féminin détestable le rend intéressant. Or, si l’on a pu supporter Hannah Horvath (Girls), Cersei Lannister (Game of Thrones) ou Rebecca Bloom (Crazy Ex-Girlfriend), c’est parce qu’elles ont malgré tout une vie intérieure, des aspirations, des qualités. Elles sont complexes, attachantes un instant et exaspérantes celui d’après. Jennifer Garner, excellente actrice à la grande sensibilité comique, livre la meilleure performance possible dans ce qui constitue son premier retour à la télé depuis Alias. Mais elle n’a malheureusement pas grand-chose à se mettre sous la dent: les motivations ou questionnements intimes de son personnage restent un mystère pour le spectateur.

La série avait tout pour réussir: une inspiration britannique loufoque et délicieusement dérangeante, une équipe de talent aux commandes, et un casting de rêve jusque dans les rôles secondaires (on croise brièvement Hari Nef et Busy Phillips). Mais rien ne peut compenser le manque d’humour, et l’absence totale d’empathie que les créatrices ont pour leurs personnages féminins.

Anaïs Bordages


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