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Interview “Voyage Voyage” / Chassol

“Quand tu arrives dans un nouveau pays, c’est toi qui provoques les choses”

Christophe Chassol vient de rentrer en France après une tournée en Inde. Le pianiste et compositeur, vu aux côtés de Sébastien Tellier ou Phoenix, y présentait Indiamore, album créé entre Calcutta et Bénarès et sorti en 2013. Juste avant son dernier concert dans le pays, on a pu poser quelques questions à cet insatiable voyageur.
© A. Cohen / DR
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Au milieu du désert de Thar, sous les étoiles, Christophe Chassol a posé son clavier au Ragasthan festival, point d’orgue spectaculaire d’une tournée de huit dates au cours desquelles le pianiste parisien a présenté Indiamore, son album accompagné d’un film qui lui a valu d’être salué par la critique en 2013. Ce concept qui mélange audio et vidéo, il appelle ça un ultrascore: associer les sons des vidéos aux accords qu’il joue au piano. Avant le show, le charmeur d’harmonies, signé sur le label Tricatel, nous a parlé voyages.

Tu as déjà fait un projet en Louisiane, tu as passé plus de deux mois en Inde pour Indiamore. Comment choisis-tu tes destinations?

Pour la Nouvelle-Orléans, c’est le musée d’art contemporain de la ville qui m’a choisi. Après coup seulement, j’ai réalisé que mon père y avait dirigé deux fanfares, et que l’héritage créole de la ville était lié à mon histoire. Pour l’Inde, c’est vraiment la musique qui m’a amené ici. Quant aux Antilles, mon prochain périple, c’est en allant au Brésil en repérage cet été que j’ai réfléchi et me suis mis à faire le lien avec le climat, les gens, l’ambiance et l’influence de l’archipel dans le pays. Je n’ai pas grandi en Martinique, mais mes parents en sont originaires, et j’ai envie de sublimer les Antilles, de leur rendre leurs lettres de noblesse. En fait, ce sont les destinations qui me choisissent.

“Utiliser le son de mes images comme matériau musical, c’est infini.”

Qu’est-ce qu’il y a en Inde que tu ne pourrais pas trouver en France?

Quand on est venu filmer à Bénarès, le premier jour, mon ingénieur du son et ami Johann Levasseur s’est fait réveiller par une chanson de MS Subbulakshmi, une illustre chanteuse indienne. Cette musique m’a renversé. Je l’ai écoutée tous les jours depuis qu’on est revenu d’Inde en 2012. Je n’aurais pas eu la même chose passage Brady, parce que je serais rentré chez moi le soir, et  j’aurais repris mes habitudes. 

Tu as dit aux Inrockuptibles que tu ne voulais pas exploiter éternellement le filon de tes “carnets de voyages”, faire un “Chassol au Congo”. Pourquoi ?

Je discutais avec mon amie Léonie Pernet, et elle me disait: “Il faut que tu proposes autre chose.” J’avais peur de me lasser du concept. Mais je suis revenu sur cette idée: utiliser le son de mes images comme matériau musical, c’est infini. Je vais essayer de ne pas faire quelque chose de trop systématique, cela dit, peut-être en faisant varier la forme.

Chassol

© Marich Devise / DR

Tu peux le faire à Paris tout ça, non?

Tu voyages quand tu sors de chez toi, de toute façon… L’idée est d’avoir une matière qui me plaît, et celle-ci peut être n’importe où.

Est-ce que tu as l’impression d’appartenir à une génération artistique?

Pas vraiment, non. Ce qui se passe est paradoxal: être stimulé par des gens qui te nourrissent intellectuellement, c’est super, mais parfois tu as peur d’écouter des trucs qui sont mieux que les tiens. Du coup, j’écoute très peu la musique des autres, à part Ennio Morricone ou John Adams. Ou alors des mecs morts comme Miles Davis ou Ravel. 

“Félix Marquardt, avec son manifeste pour que les jeunes Français quittent le pays, a eu une façon un peu cavalière de présenter les choses, mais dans le fond, il a un peu raison.” 

Est-ce que tu as l’impression qu’en France, les jeunes sont acculés à partir?

L’Europe est en déclin et on voit avec les débats autour du mariage gay ou de la théorie du genre que les gens ne veulent pas changer. Félix Marquardt, avec son manifeste pour que les jeunes Français quittent le pays, a eu une façon un peu cavalière de présenter les choses, mais dans le fond, il a un peu raison. Moi j’ai beaucoup bougé, j’ai habité à Boston, à New York… Avec ma copine, on a déménagé pendant un an à Los Angeles et c’était la meilleure période de ma vie. On est sortis tous les soirs, on a rencontré beaucoup de monde, on était à bloc! Quand tu arrives dans un nouveau pays, c’est toi qui provoques les choses.

Il y a beaucoup de femmes dans Indiamore, notamment dans Odissi, pourquoi ce choix?

Chris Marker est une grosse influence pour moi, et c’est quelqu’un qui adore les femmes. Au début de son documentaire Sans Soleil, il est en Guinée et filme des femmes sur des marchés. Elles voient qu’il les filme, elles voient qu’il voit qu’elles le voient, et il y a tout un jeu de séduction. Avec les femmes que j’ai rencontrées ici, c’est pareil. 

Chassol

DR

Et la jeune fille en photo au dos de l’album?

Elle s’appelle Shawon Saha. Je suis resté en contact avec elle depuis deux ans. Quand Marie-France Barrier cadrait les images d’Indiamore, je lui disais: “Elle, elle, elle, filme-la! Elle me renverse!” Elle était belle et elle dansait bien -même si elles dansaient toutes bien, en fait.

Propos recueillis par Noé Garel au Ragasthan Festival (Inde)


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