culture

Littérature

La Cheek-list littéraire de votre été 2018

Les livres recommandés par la rédaction pour passer un été palpitant et intelligent. 
Aubrey Plaza dans le film “Instalife”  © Universum Film
Aubrey Plaza dans le film “Instalife” © Universum Film

Aubrey Plaza dans le film “Instalife” © Universum Film


Déconcertantes, résilientes, ambitieuses, inspirantes ou infréquentables, nos héroïnes de l’été ont été triées sur le volet. Qu’elles nous racontent leur (sur)vie comme Adélaïde Bon ou Patty Schemel, nous confient les clefs -parfois inattendues- de leur réussite, comme Christiane Taubira ou Virginie Despentes, ou s’imposent en role models d’un nouveau genre, comme Marinette Pichon, certaines sont bien réelles. D’autres, issues de l’imagination d’autrices comme Yôko Ogawa ou Brit Bennett, racontent notre monde sous des traits fictifs avec poésie et subtilité. Toutes, quelles qu’elles soient, méritent leur place au soleil sur une serviette de plage ou à la terrasse d’un café. 

 

Recommandé par Julia Tissier:

Ondine Millot, Les Monstres n’existent pas (Stock)

Le pitch: La journaliste Ondine Millot revient ici sur l’affaire Dominique Cottrez, cette femme condamnée en 2015 à neuf ans de prison pour avoir tué huit de ses nouveau-nés. L’autrice a rencontré à plusieurs reprises cette mère de famille cinq ans après son arrestation -elle a été libérée au début du mois de juillet- pour essayer de comprendre ce qui l’a menée à commettre ces néonaticides. Elle a également pu s’entretenir avec ses proches, son mari et ses deux filles. 

Pourquoi je le recommande: Le moins que l’on puisse dire, c’est que le sujet choisi par Ondine Millot est périlleux. Ce qui ne l’a pas empêchée d’en faire un ouvrage magistral dont on se souvient longtemps après l’avoir refermé. Dans Les Monstres n’existent pas, la chroniqueuse judiciaire nous plonge dans une affaire hors normes, celle d’une femme qui a caché à tout son entourage ses grossesses, accouché seule et tué 8 nouveaux-nés en l’espace d’une dizaine d’années. Il y a quelque chose de romanesque dans la façon dont elle nous embarque dans la vie de Dominique Cottrez, pour tenter d’approcher au plus près “le silence, la détresse, le mal que l’on reçoit, et que l’on transmet ensuite”, le tout sans jugement, ni indulgence. Au fil du récit, l’autrice ne cache rien de ses appréhensions, de ses questionnements face à cette femme qui l’a “déconcertée” et nous montre ce qu’il y a voir -et à regarder- au-delà de ce fait-divers qui n’a laissé personne indifférent.  

 

Adélaïde Bon, La Petite fille sur la banquise (Grasset)

Le pitch: Adélaïde a 9 ans lorsqu’elle est violée dans la cage d’escalier de son immeuble par un inconnu. À l’époque, l’affaire est résumée à des attouchements sexuels. Elle grandit alors avec ce que l’autrice appelle des “méduses” qui vont “la déporter de sa route, l’attirer vers des profondeurs désertes et inhospitalières, entraver jusqu’au moindre de ses pas […] rétrécir année après année le monde qui l’entoure à une poche d’air sans issue”. 23 ans plus tard, son téléphone sonne, la police lui annonce que le coupable a été retrouvé. 

Pourquoi je le recommande: Dans ce premier roman autobiographique, Adélaïde Bon, qui fut longtemps comédienne, attrape immédiatement les lectrices et les lecteurs avec son écriture à la fois incroyablement poétique et crue. Elle raconte son parcours chaotique, la souffrance et la culpabilité, revient sur l’état de dissociation dans lequel elle se trouve après le viol -qu’elle identifiera des années plus tard, faute d’informations sur le sujet-, et évoque enfin sa reconstruction. En creux, l’autrice dénonce la culture du viol et cette société dans laquelle les violences sexuelles sont minimisées, et souvent peu punies. 

 

 

Recommandé par Faustine Kopiejwski

Patty Schemel, Hit So Hard, A Memoir (Da Capo Press)

Hit So Hard Patty Schemel

Le pitch: Dans les années 90, Patty Schemel était la batteuse de Hole, le groupe de Courtney Love. Repérée par Kurt Cobain et considérée comme l’une des meilleurs batteuses de son époque, Patty Schemel a traversé les années grunge dans un chaos presque fatal, qui la conduira, après avoir été la colocataire du couple Love/Cobain, à vivre dans la rue et à se prostituer pour payer ses doses. Avec Hit So Hard, livre autobiographique, elle retrace sa longue descente aux enfers, entre addiction à l’héroïne et cures de désintoxications ratées. 

Pourquoi je le recommande: Désormais clean, Patty Schemel analyse dans Hit So Hard les mécanismes de son addiction et offre une réflexion passionnante sur l’hérédité, la célébrité, mais aussi sur la connaissance et l’acceptation de soi, en évoquant notamment son homosexualité, révélée dans le magazine Rolling Stone en 1995. Avec une honnêteté qui force le respect et en évitant toujours le pathos, la musicienne fait revivre Kurt Cobain et Kristen Pfaff -bassiste de Hole morte d’une overdose quelques semaines après Cobain-, donne quelques clés sur la personnalité de Courtney Love mais surtout, occupe enfin un espace de parole qui ne lui avait jamais été accordé (excepté dans le documentaire du même nom, sorti en 2011). Un livre violent, mais aussi drôle et intelligent, qui se lit en version originale dans un anglais accessible, en attendant une hypothétique traduction française.

 

 

Recommandé par Myriam Levain

Tania de Montaigne, L’assignation, Les Noirs n’existent pas (Grasset)

tania de montaigne les noirs n'existent pas

Le pitch: Un essai court et percutant sur ce que ça signifie d’être noir·e en France en 2018. L’autrice revient sur son expérience personnelle et la prise de conscience progressive de sa différence, qu’elle raconte à travers des anecdotes. Des blagues sur La Noiraude entendues pendant son enfance à tous les poncifs sur les prétendues capacités des noirs en matière de sport ou de musique, Tania de Montaigne pointe les nombreux préjugés racistes qui se cachent encore derrière le mot “Noir”, dont elle aimerait qu’on retire la majuscule afin d’échapper à une forme d’essentialisme.

Pourquoi je le recommande: Bien écrit et bien construit, ce livre se lit d’une traite, et nous aide à nous poser des questions fondamentales sur notre rapport à l’autre. La réflexion de Tania de Montaigne sur son propre vécu permet de poser des questions inédites sur la perception de chacun·e du melting pot français, sans jamais verser dans la leçon de morale ni le commentaire ennuyeux. Une lecture estivale cérébrale mais pas assommante, parfaite pour continuer à phosphorer pendant qu’on bronze.

 

Annick Cojean, Je ne serais pas arrivée là si… (Grasset)

je ne serais pas arrivee la si

 

Le pitch: 27 interviews de femmes célèbres et talentueuses qui racontent à la journaliste du Monde Annick Cojean les moments importants qui ont façonné leur trajectoire et leur ont permis d’atteindre les sommets dans leur domaine. 

Pourquoi je le recommande: Parce que ça nous rappelle que même Christiane Taubira, Joan Baez ou Virginie Despentes ont eu des grands moments de doute au fil de leur existence et en ont parfois encore. Parce qu’on y réalise aussi qu’un parcours exceptionnel repose souvent sur des accidents de la vie dont ces personnalités ont toutes su faire une force. Parce qu’on referme le livre reboostée à fond par toutes ces femmes inspirantes.

 

 

Recommandé par Pauline Le Gall

Yoko Ogawa, Instantanés d’Ambre (Actes Sud)

Instantanés d ambre yoko ogawa

Le pitch: Yôko Ogawa raconte l’histoire d’une mère qui oblige ses trois enfants à rester enfermés dans leur maison, sans aucun contact avec le monde extérieur. Confinés dans ces espaces réduits et inspirés par une série d’encyclopédies illustrées, ils se construisent un monde intérieur peuplé d’animaux mystérieux et de fantômes.

Pourquoi je le recommande: L’autrice japonaise imagine une galerie de personnages comme elle en a le secret: un vieil homme au regard d’ambre, une mère torturée par un deuil, des enfants sur les vêtements desquels sont cousus des ailes et des crinières… Son univers magique abrite une réflexion poignante sur la perte, sur l’enfance dans toute sa complexité et sur les mondes intérieurs de chacun.

 

Brit Bennet, Le Cœur battant de nos mères (Autrement)

Le coeur battant de nos mères Brit Bennett

Le pitch: Alors qu’elle s’apprête à aller à l’université et à quitter sa petite ville d’Oceanside, Nadia découvre qu’elle est enceinte de son petit ami Luke. Elle décide d’avorter. Le roman suit les conséquences qu’auront cette décision sur Nadia, sur Luke, sur sa meilleure amie Aubrey mais aussi sur toute la communauté très religieuse au sein de laquelle elle a grandi.

Pourquoi je le recommande: Le cœur battant de nos mères propose un traitement très subtil de l’avortement et Brit Bennett se plonge dans la tête et dans le corps de chacun de ses personnages. C’est aussi un superbe roman sur l’amitié féminine, sur la sexualité et sur le passage à l’âge adulte. Le cœur battant de nos mères témoigne de la naissance d’une voix importante dans la littérature féministe actuelle.

 

 

Recommandé par Margot Cherrid 

Marinette Pichon, Ne jamais rien lâcher (First) 

Le pitch: Première joueuse française de football à être passée pro, meilleure buteuse de l’Équipe de France, deuxième femme à avoir eu accès au congé paternité dans l’hexagone: à 42 ans, Marinette Pichon a des choses à raconter. Elle revient sur son parcours hors normes dans Ne jamais rien lâcher, son autobiographie. Elle aborde au fil des pages son enfance marquée par les violences de son père, dont elle s’échappe grâce au football. L’attaquante brille au milieu des garçons avant de poursuivre sa carrière en club aux États-Unis, et de devenir capitaine de l’Équipe de France. En parallèle, elle rencontre Ingrid, qui partage aujourd’hui sa vie, et avec qui elle a eu un fils par PMA

Pourquoi je le recommande: Football et PMA. On pourrait difficilement trouver des thèmes plus actuels. Alors que les matchs de Coupe du monde rythment nos horaires de bureau depuis quelques semaines, il est toujours bon de rappeler que les femmes aussi chaussent les crampons -d’autant plus que l’année prochaine la France accueillera la version féminine de la compétition. Le récit de Marinette Pichon ranimera chez les fans de football des souvenirs agréables, allant des premiers matchs disputés à l’odeur de la pelouse du terrain, en passant par le bruit des crampons qui claquent sur le sol des vestiaires. Les autres apprécieront dans ce livre la force avec laquelle cette femme, récompensée d’un Out d’Or cette année, a franchi les obstacles, qu’ils soient imposés par un cadre familial ou une société pas encore tout à fait ouverte à l’homoparentalité. Inspirant.

La rédaction de Cheek Magazine


1. 4 podcasts afroféministes à écouter sans modération

Créés par et pour des femmes noires, ces podcasts afroféministes offrent un espace de discussion sur les questions raciales et permettent une vraie prise de conscience sur ces sujets. À vos casques! 
Aubrey Plaza dans le film “Instalife”  © Universum Film  - Cheek Magazine
Aubrey Plaza dans le film “Instalife” © Universum Film

3. 6 séries à binger sous la couette cet hiver

On a sélectionné pour vous six séries à binger sous la couette ces prochaines semaines.
Aubrey Plaza dans le film “Instalife”  © Universum Film  - Cheek Magazine
Aubrey Plaza dans le film “Instalife” © Universum Film

4. “Les Chatouilles”: un film poétique et réaliste sur la reconstruction d'une femme violée dans son enfance

En salles le 14 novembre, Les Chatouilles raconte la reconstruction d’Odette, une trentenaire violée à plusieurs reprises par un ami de ses parents, à l’âge de huit ans. Le scénario est très inspiré du parcours d’Andréa Bescond, coréalisatrice du film avec Éric Métayer, qui y interprète son propre rôle, après avoir raconté son histoire sur les planches. Rencontre.
Aubrey Plaza dans le film “Instalife”  © Universum Film  - Cheek Magazine
Aubrey Plaza dans le film “Instalife” © Universum Film

5. 3 temps forts à ne pas manquer au festival Inrocks 2018

Retour du festival Inrocks dès le 21 novembre. De Lolo Zouaï à Oh Mu en passant par la conférence sur les nuits lesbiennes organisée par Cheek Magazine, 3 temps forts à ne pas manquer.    
Aubrey Plaza dans le film “Instalife”  © Universum Film  - Cheek Magazine
Aubrey Plaza dans le film “Instalife” © Universum Film