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Cinéma

“Girls Trip”: Pourquoi le “Bridesmaids noir” va marquer l’histoire du cinéma

Aux Etats-Unis, où il est sorti en juillet dernier, Girls Trip a été le carton surprise de l’été. Alors que cette comédie potache, dans la lignée de Bridesmaids, débarque dans les salles françaises, on vous explique pourquoi elle va marquer l’histoire du cinéma.
© Universal Pictures / Michele K. Short
© Universal Pictures / Michele K. Short

© Universal Pictures / Michele K. Short


C’est l’histoire d’une bande de copines quadras qui, après des années passées chacune de son côté à faire sa vie, décident de se retrouver le temps d’un week-end et d’aller s’encanailler dans un festival organisé à la Nouvelle-Orléans. Il y a Ryan (Regina Hall), qui incarne la parfaite épouse et maîtresse de maison, et qui en a fait un business lucratif en posant sur Instagram avec son mari. Un modèle de housewife à l’américaine, dont l’apparente perfection cache évidemment son lot de désastres conjugaux. Il y a Sasha (Queen Latifah), la grande fofolle toujours prête à suivre ses copines, Lisa (Jada Pinkett Smith), celle qui a “mis sa féminité entre parenthèses” pour se consacrer à ses enfants et enfin Dina (Tiffany Haddish), la plus cash et crue du crew, la grande gueule au cœur tendre. Un pitch et des rôles qui suivent les codes du buddy movie au féminin et pourtant, Girls Trip est bien plus qu’un énième Bridesmaids, Bachelorette ou Bad Moms. Voici pourquoi.

 

 

Une équipe (presque) entièrement noire

Dans Girls Trip, les afro-américains sont devant, mais aussi derrière la caméra. Du scénario à la réalisation en passant par la production, le film a été porté par une équipe presque entièrement noire. Malcolm D. Lee, déjà responsable de plusieurs comédies aux castings majoritairement noirs (Barbershop, Le Mariage de l’année), mais aussi de Scary Movie 5, signe la réalisation. Aux finances, on trouve le producteur à succès Will Packer, qui compte Straight Outta Compton parmi ses faits d’armes les plus connus. Il est décrit par IMDB comme “l’un des seuls producteurs afro-américains à avoir inscrit huit films à la première place du box-office au moment de leur sortie.”  Toute l’équipe de production autour de lui est noire et on y trouve une femme, Shayla Cowan, au poste de productrice associée.

Avec plus de 100 millions de dollars de recette aux seuls États-Unis, Girls Trip est le film de tous les records.

Le scénario, enfin, a été cosigné à six mains dont quatre noires, à savoir Kenya Barris, showrunner de la série Black-ish, et Tracy Oliver, connue pour avoir notamment travaillé sur la série The Misadventures of Awkward Black Girl. À l’écran, on retrouve quatre femmes noires dans les rôles principaux: les peu connues Regina Hall et Tiffany Haddish, et les têtes d’affiche Queen Latifah et Jada Pinkett Smith (réunies sur un même plateau pour la première fois depuis 20 ans et Le Prix à payer). De passage à Paris pour défendre Girls Trip, cette dernière nous a parlé de l’importance pour les jeunes femmes noires d’avoir à l’écran des modèles qui leur ressemblent: “c’est impératif, assène-t-elle dans une suite du Park Hyatt. En grandissant, je n’arrivais pas tellement à m’identifier aux femmes blanches. Parce qu’elles ne font pas tout à fait la même chose que les femmes noires. Donc, quand je cherchais un modèle qui me corresponde vraiment, je me tournais vers Debbie Allen. Elle savait jouer la comédie, danser, elle réalisait et produisait. Debbie était à mes yeux l’une des seules femmes noires à Hollywood qui réussissait à tout faire à la fois”. Dans Girls Trip, les femmes noires sont à presque tous les postes -on regrette quand même que ce ne soit pas le cas de la réalisation-, et proposent autant de modèles possibles d’identification.  

 

Girls Trip © Universal Pictures / Michele K. ShortGirls Trip © Universal Pictures / Michele K. Short

© Universal Pictures / Michele K. Short

 

Des recettes astronomiques

Avec plus de 100 millions de dollars de recette aux seuls États-Unis, Girls Trip est le film de tous les records. Totalement inattendu, ce carton financier confirme que le grand public est en attente de davantage de diversité, ou en tout cas n’est pas réfractaire à voir abordés des thèmes universels -l’amour, le sexe, l’amitié- par le prisme de personnages non blancs. Les comédies, surtout lorsqu’elles sont “Rated R” comme c’est le cas de Girls Trip, attirent des publics jeunes dans les salles, et c’est peut-être là la clef de cette ouverture d’esprit. “C’est grâce à la nouvelle génération. Et à la façon dont elle regarde le monde. Il n’y a plus tant de binarité”, confirme Jada Pinkett Smith. Une nouvelle génération nourrie aux séries et habituée à voir sur les écrans des personnages qui lui ressemblent, qu’il s’agisse de genre, de sexualité ou de couleur de peau.

“Si on ne sort pas des produits qui reflètent ce que les spectateurs veulent voir, les gens vont se mettre à faire leurs propres films sur YouTube ou Netflix.”

Pour Jada Pinkett Smith, il est urgent que le cinéma hollywoodien face des efforts de diversification, ou il lui en coûtera son avenir. “Hollywood sait que des changements doivent être effectués pour rester au niveau du public, qui a un temps d’avance. Si on ne sort pas des produits qui reflètent ce que les spectateurs veulent voir, leur réalité ou leur style de vie, les gens vont se mettre à faire leurs propres films sur YouTube ou Netflix. Ils n’ont pas besoin de cette industrie”, juge-t-elle sans complaisance. Premier film avec une équipe créative noire à dépasser les 100 millions de dollars au box-office, mais aussi premier film scénarisé par une femme afro-américaine à engendrer de tels bénéfices, Girls Trip va sans doute doute donner des idées neuves aux studios hollywoodiens et faire tomber pas mal d’a priori sur le potentiel universel -et donc la rentabilité- des films impliquant des personnages noirs à l’écran.

 

Girls Trip  © Universal Pictures / Michele K. Short

© Universal Pictures / Michele K. Short

 

Un film qui fait bouger les lignes

Cinq mois à peine après sa sortie US, Girls Trip commence déjà à provoquer des secousses dans le milieu du cinéma et de la télévision. La scénariste Tracy Oliver a récemment signé une tribune dans le Hollywood Reporter intitulée Comment mes pitches sur des femmes de couleur commencent à être mieux acceptés, dans lequel elle décrit les nombreux refus qu’elle a rencontrés au cours de sa carrière, avant de signer Girls Trip: “Grâce au succès de Girls Trip, mes rendez-vous professionnels n’ont plus rien à voir avec ceux d’avant. Je voulais faire une série télé dans la veine de Girls Trip depuis un moment et, il y a encore quelques années, on me répondait qu’il n’y avait pas de public pour ce genre de projets. Désormais, cette idée a refait surface comme un projet de série viable. Chaque jour, je reçois des coups de fil des studios et des chaînes qui me demandent de réécrire, apporter des idées ou des critiques sur des scénarios qui n’ont pas un seul personnage noir”, écrit-elle. On imagine la fierté, pour celle qui se définit comme une “activiste/auteure”, de voir les choses évoluer en partie grâce à son travail.

Dans Girls Trip, la sexualité des femmes quadras est abordée frontalement et c’est aussi l’une des vertus du film.

Et elle n’est pas la seule de l’équipe à faire avancer les choses. L’actrice Tiffany Haddish, qui livre une performance époustouflante dans le rôle de Dina, est en train de faire, elle aussi, sa petite révolution. Remarquée grâce à Girls Trip après une longue carrière dans dans des séries et des films mineurs, l’actrice de 38 ans a eu l’honneur de présenter le Saturday Night Live en novembre, devenant ainsi la première comédienne de stand-up noire à hoster le show. Il y a quelques jours, Tifany Haddish vient aussi d’être sacrée “meilleure actrice dans un second rôle” par le New York Film Critics Circle. Outre-Atlantique, les experts y voient un possible ticket d’entrée pour les Oscars. Mais Girls Trip est surtout l’un des films les plus féministes de cette année. Les quatre personnages principaux sont femmes avant d’être noires -en ce sens que leurs problématiques ne sont pas celles d’afro-américaines, mais celles de toutes les femmes. Elles sont bruyantes, libérées, trash, et ont 40 ans de moyenne d’âge. Dans Girls Trip, la sexualité des femmes quadras est abordée frontalement et c’est aussi l’une des vertus du film. “Lisa était un personnage facile à incarner puisqu’elle représentait un aspect de moi-même. Moi qui ai été mère et ai perdu mon modjo de femme à un certain moment de ma vie, je me suis totalement reconnue en elle”, avoue Jada Pinkett Smith. Femmes, noires, les protagonistes de Girls Trip sont les héroïnes intersectionnelles qui manquaient à la comédie. 

Faustine Kopiejwski 


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© Universal Pictures / Michele K. Short - Cheek Magazine
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© Universal Pictures / Michele K. Short - Cheek Magazine
© Universal Pictures / Michele K. Short