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Cinéma / Lovelace

Comment Amanda Seyfried se déniaise dans la peau d’une star du X

Si le biopic sur Linda Lovelace, l’actrice du film porno 70’s Gorge Profonde, ne devrait pas marquer l’histoire du cinéma, Amanda Seyfried s’y révèle néanmoins épatante. Un déniaisement en trois étapes. 
© Hélios Films
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Un rôle sur mesure

Pour l’avoir vue donner de la voix dans les kitschissimes comédies musicales Mamma Mia! et Les Misérables, on savait bien qu’Amanda Seyfried avait la gorge profonde. Pourtant, depuis ses débuts en 2004 dans Lolita malgré moi, teen movie au titre prémonitoire avec la géniale Tina Fey au scénario, on l’avait un peu cataloguée “neuneu de service”. Chaperon Rouge 2.0 devant la caméra de la réalisatrice du cauchemardesque Twilight, girlfriend de soldat dans le maxi-mièvre Cher John, Amanda Seyfried s’est souvent bornée à mettre sa bouche en cœur et à ouvrir grand ses yeux tous ronds.

Dans la peau de Linda Lovelace, l’Américaine tient enfin un rôle un peu complexe.

Heureusement, Lovelace inverse la tendance. Et pas seulement parce qu’on lui a demandé cette fois-ci de mettre des cœurs dans ses yeux et d’ouvrir grand sa bouche, non. Dans la peau de Linda Lovelace, championne toutes catégories de la fellation, première star du X devenue par la suite féministe et militante anti-porno, l’Américaine tient enfin un rôle un peu complexe. Ingénue manipulée par un mari pervers et violent, fille brimée par une mère psychorigide et sourde à ses appels au secours, puis femme déterminée à sauver sa peau, Seyfried épate dans tous les exercices. À l’image de celle qu’elle incarne à l’écran et qui claqua très vite la porte de l’industrie du X, Amanda aurait-elle décidé d’en finir avec les mauvais rôles? 

Une capillarité démesurée

C’était bête comme un candidat de téléréalité et pourtant, personne n’y avait pensé avant. Teindre et boucler les cheveux d’Amanda Seyfried, quelle merveilleuse trouvaille! Si l’on excepte le film de science-fiction Time Out, où elle arborait un carré roux, voilà dix ans que la pauvre Amanda se coltine la même coupe de cheveux. On vous le demande: à quoi ça sert d’être actrice si c’est pour être coiffée tout le temps pareil? Ici, exit la raie au milieu et les longs cheveux blonds fantasmés par les marketeux de chez Mixa Bébé. Années 70 obligent, la chevelure est frisée, rebondie.

Les looks de l’époque semblent dessinés pour mettre en valeur son physique de liane.

On notera d’ailleurs que les cheveux sont lisses au début du film et que l’arrivée de la permanente coïncide avec le moment où Chuck, l’abominable mari, commence à se révéler: plus qu’un simple “bad hair day”, un véritable mauvais présage. Et pour coller au mieux à la réalité, la couleur est foncée -celle des yeux aussi, passés de bleus à bruns-, tout comme l’était celle de Linda Lovelace, alias Boreman pour l’état civil. Sharon Stone, qui incarne ici la mère de Linda, subit le même traitement: sous le brushing châtain de cette marâtre asséchée par l’aigreur, difficile de se remémorer la bombe blonde de Casino et Basic Instinct. La métamorphose est bluffante.

Mais outre les cheveux, l’ensemble des costumes est globalement réussi et rend justice à Amanda: longue robe cintrée, tunique volatile, bikini minimaliste, les looks de l’époque semblent dessinés pour mettre en valeur son physique de liane. Quant à la pièce qui lui sied le mieux, c’est évidemment le micro-short en jean. Normal, puisqu’en plus de collectionner assidûment des animaux morts, l’actrice serait une fétichiste de la toile denim.

Peter Sarsgaard Amanda Seyfried Lovelace

Peter Sarsgaard et Amanda Seyfried © Hélios Films 

Des partenaires auxquels se mesurer

On a déjà évoqué Sharon Stone, méconnaissable dans le rôle de maman Lovelace, alias Dorothy Boreman. Mais l’actrice -dont on salue au passage le courage d’apparaître toutes rides dehors pour ce rôle qui ne l’épargne pas physiquement-, n’est pas la seule à donner magistralement la réplique à Amanda Seyfried. Face à cette dernière, il y a d’abord Peter Sarsgaard (Green Lantern, Blue Jasmine) dans le rôle du mari. Si ce Chuck Traynor moustachu, un affreux dans toute sa splendeur, échappe de justesse à la caricature, c’est grâce à l’interprétation de Sarsgaard, qui réussit à lui insuffler -on ne sait par quel miracle-, un peu d’humanité.

James Franco et Chloë Sevigny sont aussi amenés à croiser la route d’Amanda Seyfried dans Lovelace.

Dans un tout autre registre, Adam Brody, le mythique Seth Cohen de Newport Beach, tout à son aise en Harry Reems, acteur porno bienheureux et fort sympathique, amené à tester in situ les talents de Lovelace. Brody et Seyfried étaient déjà réunis à l’affiche de Jennifer’s Body en 2010, film d’horreur avec une Megan Fox très énervée dans le premier rôle. Plus anecdotiques, James Franco et Chloë Sevigny sont aussi amenés à croiser la route d’Amanda Seyfried dans Lovelace: le premier dans la peau du boss de Playboy Hugh Hefner, la seconde dans celle d’une journaliste dite “féministe” dans le dossier de presse du film. L’un et l’autre ne laissent pas des souvenirs impérissables, au contraire de Seyfried, assez hypnotisante à leurs côtés.

Faustine Kopiejwski 

Lovelace, de Rob Epstein et Jeffrey Friedman. 1h33. En salles le 8 janvier 2013. 


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