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Courtney Barnett, héroïne rock moderne

En attendant la sortie de son deuxième album solo le 18 mai, on a rencontré la musicienne Courtney Barnett, féministe engagée et lesbienne revendiquée.
© Pooneh Ganah
© Pooneh Ganah

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Révélée fin 2013, l’Australienne Courtney Barnett a redynamisé le rock à sa façon, humble et décontractée. A 30 ans, après une collaboration avec Kurt Vile l’an dernier, elle sort un nouvel album solo, Tell Me How You Really Feel, et continue d’assumer ses choix: son look d’ado débraillée, son amour pour la musicienne Jen Cloher, son héritage nineties (Kim et Kelley Deal des Breeders l’accompagnent sur deux titres) et ses engagements féministes.

 

As-tu commencé la musique dès l’enfance?

Oui, j’avais dix ans quand j’ai commencé à jouer de la guitare. Etre une fille ne m’a jamais empêchée de faire ce que je voulais. Mes parents ont vu que j’étais extrêmement déterminée dans ma passion -j’ai eu de la chance qu’ils me soutiennent. J’ai toujours été très proche de mon grand frère, qui était un véritable modèle pour moi. A l’école, c’était différent: je me rappelle que certains garçons se sont moqués de moi quand j’ai commencé à avoir des poils sur les jambes. Ça peut paraître anodin, mais ça a boosté ma confiance en moi.

Tu as dit un jour que l’album Stories From the City, Stories From the Sea de PJ Harvey avait eu un énorme impact sur ton adolescence. Qui sont les femmes qui t’inspirent?

PJ Harvey a été l’une des premières artistes féminines que j’ai adorées. C’est grâce à mon prof de guitare que j’ai découvert sa musique. J’adore toujours cet album pour sa puissance et ses guitares brutes. Frida Kahlo est un autre exemple, une passionnée et une combattante. J’ai visité sa maison au Mexique et j’ai beaucoup lu à son sujet. J’adore aussi Jill Soloway, qui a notamment créé la série I Love Dick.

Comment as-tu découvert le féminisme?

On m’en avait parlé en classe, mais très brièvement et d’une façon un brin agressive. J’avais l’impression que ça voulait dire être en colère, s’exprimer fort et agacer! (Rires.) Bref, ça ne donnait pas très envie… Je m’y suis réellement intéressée quand j’ai eu une vingtaine d’années. J’ai pris le temps de faire mes propres recherches et plus je lisais de livres, plus je comprenais qu’on ne me l’avait pas bien expliqué à la base. C’est là que j’ai compris à quel point le féminisme était important.

L’une de tes nouvelles chansons s’appelle I’m Not Your Mother, I’m Not Your Bitch. Quel était ton but en l’écrivant?

C’est un titre un peu ambidextre: je pourrais être en train de le chanter à quelqu’un ou quelqu’un pourrait me le chanter. Les deux situations auraient un sens. C’est tout!

 

 

Sur le morceau Nameless, Faceless, tu cites une phrase de Margaret Atwood: “Les hommes ont peur que les femmes se moquent d’eux; les femmes ont peur que les hommes les tuent.”

Je ne l’ai découverte qu’assez récemment. J’avais repéré cette citation dans un article, sans savoir de qui c’était, et c’est en regardant The Handmaid’s Tale que j’ai compris que ça venait d’elle. Cette série, que j’adore et qui me terrifie en même temps, a été mon premier contact avec son œuvre, donc il me reste encore beaucoup de choses d’elle à lire.

Tu as participé au mouvement #meNOmore et, en décembre dernier, tu as signé une lettre ouverte contre le sexisme dans l’industrie de la musique en Australie. Ce combat continue?

Oui, en parallèle du mouvement #metoo. J’aime l’Australie, mais il y a encore des progrès à faire. Le mariage homosexuel vient seulement d’être légalisé en 2017 et il y a eu un débat public très houleux à ce sujet, où des homophobes ont dit des choses horribles sans aucune honte. Il y a aussi un problème dans le monde de la musique: trop peu de femmes y sont représentées. J’en connais plein qui travaillent dans ce domaine mais qui sont découragées et finissent parfois par abandonner. Elles ont pourtant le talent, le savoir-faire, mais on vit dans une culture agaçante, où on sous-entend que les femmes ne sont pas capables de faire aussi bien que les hommes. Je n’arrive pas à comprendre ça. Ça n’a aucun sens!

Comment réagis-tu face au sexisme?

J’essaie de me dire qu’il y a pire, mais ça ne l’excuse pas et ça ne le rend pas moins réel pour autant malheureusement. J’ai de la chance parce que les gens qui apprécient ma musique ne se comportent pas comme ça -en tout cas, c’est l’impression qu’ils me donnent. Je n’ai pas non plus envie de vivre dans une bulle et de prêcher uniquement les convaincus. C’est important de véhiculer un message pour essayer de faire évoluer les opinions des autres.

Propos recueillis par Noémie Lecoq


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© Pooneh Ganah - Cheek Magazine
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