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Pourquoi Courtney Love est l'une des plus grandes icônes féministes de notre époque

Pour la sortie de sa biographie sur Courtney Love, on a interrogé l’auteure Violaine Schütz sur la façon dont s’est construite cette icône féministe qui continue d’inspirer les nouvelles générations. 
Capture d'écran du clip de “Miss World”
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De la part de son auteure, c’est un livre-hommage à une héroïne d’adolescence, autant qu’un coup de gueule féministe. Avec Courtney Love – De l’enfer punk à la rédemption glam, histoire d’une icône du rock controversée, qui paraît ce 18 mai aux éditions Camion Blanc, la journaliste Violaine Schütz revient sur la vie de cette idole du grunge au succès chaotique, qui, d’une communauté hippie de l’Oregon aux premiers rangs des défilés de mode, a pris sa place dans la pop culture avec génie et fracas. Et sans toujours être appréciée à sa juste valeur. 

Courtney Love est avant tout une artiste de génie, qui a laissé son empreinte sur le monde de la musique comme sur celui de la mode.

Tombée raide de Courtney Love à la pré-adolescence, par la lecture d’interviews truffées de punchlines inspirantes -“J’aimerais que toutes les filles se mettent à crier et prennent une guitare”, “Ne sors pas avec le capitaine de l’équipe de football, sois le capitaine” ou encore, notre préférée, “Les vraies filles ne sont pas parfaites et les filles parfaites ne sont pas vraies”-, l’auteure se livre à une plongée dans la psyché de celle qui lui a servi de guide à l’âge où se construit l’identité. Et qui a incarné, pour tout un pan d’adolescentes dans les années 90, une formidable proposition de féminité libre, bruyante et échevelée, aux antipodes de l’image lisse et parfaite des supermodels qui dominaient l’époque. Une féminité créative et entreprenante, surtout, puisque Courtney Love, meneuse du groupe Hole dont au moins trois albums demeurent indispensables dans une discographie rock (Pretty on the Inside, Live Through This et Celebrity Skin), est avant tout une artiste de génie, qui a laissé son empreinte sur le monde de la musique comme sur celui de la mode. Et qui reste, par ses actes et ses paroles, l’une des grandes icônes féministes de notre époque. Rencontre avec l’auteure d’un livre qui cherche à rendre à Courtney ce qui appartient à Courtney (retrouvez un extrait du livre en exclusivité au bas de cet article).  

 

Beaucoup de gens ont découvert Courtney Love par son mari, Kurt Cobain. N’est-ce pas un comble, pour une icône féministe de sa trempe?

Moi-même, je l’ai connue à travers lui, mais j’ai tout de suite été plus fan d’elle: je la trouvais encore plus charismatique, plus drôle en interview, sa musique me touchait davantage. Dans les paroles du premier album, Pretty On The Inside, elle abordait des trucs très perturbants comme l’anorexie, le viol ou les violences faites aux femmes. Elle était en avance sur tous ces thèmes, qui n’étaient pas encore tellement traités par les féministes de l’époque.

 

 

D’où vient son féminisme, son envie d’aborder ces thèmes?

De son enfance merdique. Son père était manager du Grateful Dead, il lui a donné du LSD à 4 ans. Ils vivaient dans une espèce de communauté en Oregon où il n’y avait pas l’électricité. Sa mère était une baba cool qui refusait de lui faire porter des vêtements sexués. Du coup, Courtney Love est devenue obsédée par les chaussures et les fringues de petite fille. Dans son milieu, on a beaucoup encouragé sa créativité, mais très peu sa féminité.

Qui étaient ses modèles?

Patti Smith, les Runaways… Un jour, elle a volé un tee-shirt de Kiss dans un centre commercial, s’est fait attraper et s’est retrouvée en maison de correction. Ce qui lui a sauvé la vie à cette époque, c’est la musique. David Bowie, la new wave anglaise, Joy Division, Echo & The Bunnymen. Elle se dit alors qu’elle veut être une star. Son but: être plus connue que Madonna. Autour d’elle, les gens ricanent, mais elle se focalise sur cet objectif, car pour elle il faut sortir coûte que coûte de ce marasme.

Courtney Love a toujours été féministe. Elle n’a jamais eu peur de ce mot.

À quel moment se lance-t-elle vraiment?

Elle écrit très tôt des textes de chansons, dès l’âge de 14 ans -et elle écrit son testament à 15, persuadée qu’elle ne va pas vivre vieille! Elle se rêve poète, mais sait qu’elle ne gagnera pas sa vie avec ça. Elle doit avoir 17 ou 18 ans quand elle monte son premier groupe, sans savoir jouer de rien. Ses deux premières formations s’appellent Sugar Babydoll et Sugar Babylon, et elle les fonde avec Kat Bjelland, future membre des Babes in Toyland. 

Elle a toujours monté des groupes avec des femmes?

Oui, et elle a toujours été féministe. Elle n’a jamais eu peur de ce mot. Elle voulait monter des projets entre filles car elle trouvait qu’elles étaient sous-représentées dans toutes les sphères de la société. 

 

 

Qu’est-ce qui lui a finalement permis d’accéder à la notoriété tant désirée?

Elle a été au bon endroit au bon moment. Dans les années 80, elle rejoint son père à Dublin, puis part pour l’Angleterre. Là-bas, elle rencontre Julian Cope des Teardrop Explodes, qui trouve qu’elle ressemble à Lydia Lunch et décide de l’héberger. Quand elle va dans des concerts, elle voit des groupies qui essaient de tout faire pour accéder aux backstages, et elle se rend compte qu’elle ne veut pas sucer le roadie ou le chanteur, mais être sur scène à leur place. Elle veut ce pouvoir-là. Pour elle, les mecs sont des rivaux, ça l’obsède.

C’est aussi le cas avec Kurt Cobain?

Au début, quand le single de Nirvana Love Buzz sort, Courtney Love l’écoute et elle trouve que ce n’est pas terrible. À cette époque, elle est à fond sur Mudhoney, un autre groupe de Seattle qui cartonne. Et puis, un jour, elle voit Kurt Cobain sur scène et c’est le coup de foudre. Il a un charisme de dingue et, surtout, il a l’air gentil. Elle dit qu’à côté de lui, “Winnie L’ourson a l’air fourbe”. La première fois qu’ils se rencontrent, ils se disputent et elle le fait tomber par terre parce qu’elle est plus grande que lui. 

Elle a laissé une empreinte considérable sur la mode avec son look Kinderwhore, mi-pute, mi-petite fille, qui est une critique des États-unis.

Dans l’histoire du rock et des femmes, en quoi y a-t-il un avant et un après Courtney Love?

Avant elle, en gros, il y avait soit des femmes très masculines, soit très féminines. D’un côté, on trouvait Patti Smith, Janis Joplin ou Chrissie Hynde, qui se comportaient comme des mecs pour se faire accepter dans le milieu du rock. De l’autre, des meufs très féminines comme Debbie Harry de Blondie. Courtney Love, elle, porte des robes et des chaussures à talons mais, quand elle monte sur scène, elle se comporte de manière hyper virile, en mettant par exemple une jambe sur l’ampli, en gueulant, en insultant son public. Elle a inventé une espèce de personnage qui casse les genres. Et puis, elle a laissé une empreinte considérable sur la mode avec son look Kinderwhore, mi-pute, mi-petite fille, qui est une critique des États-unis. Elle a été adoubée aussi bien par Hedi Slimane que par Sophia Amoruso de Nasty Gal, avec qui elle a récemment conçu une collection

Et en musique, qui se revendique de Courtney Love en 2017? 

Des tas de femmes se revendiquent d’elle, qu’il s’agisse d’attitude ou de musique. Quelqu’un comme Lana Del Rey est méga fan de Courtney Love, par exemple. Après des débuts houleux entre elles, elles se sont rabibochées et ont tourné ensemble. Dernièrement, Courtney Love a même interviewé Lana Del Rey pour Dazed and Confused. Et puis, il y a toutes les meufs issues du rock indé, comme St Vincent, Brody Dale, ou Sky Ferreira.

 

 

Pourquoi avoir eu envie d’écrire ce livre?

Car c’est une grande musicienne avec des putain de pop songs, à qui on a fait le même procès qu’à Yoko Ono, jugée coupable d’avoir séparé les Beatles. C’est le procès des sorcières de Salem. On lui a reproché d’être forte en gueule, de ne jamais s’excuser, de vouloir faire de la musique comme les hommes, d’être trop bruyante, trop maquillée, trop cynique, bref, tout un tas de trucs qu’on n’a jamais reproché à Keith Richards, par exemple. Et puis, on l’a accusée d’avoir tué son mari. La question est: et si Courtney Love était morte, aurait-on accusé Kurt Cobain de l’avoir tuée? La façon dont Courtney Love est traitée dans les médias est une preuve flagrante de leur misogynie, comme ce qu’on fait à Brigitte Macron en ce moment dans un autre domaine que le rock.

As-tu essayé d’entrer en contact avec elle pour les besoins du livre?

Non, pas du tout. Même s’il paraît qu’elle répond quand on la contacte via les réseaux sociaux. Mais elle est extrêmement procédurière et certaines biographes qui ont écrit précédemment sur elle, à l’instar de Melissa Rossi, en ont fait les frais. J’ai tenu à ce que ce soit une biographie non officielle, car je raconte aussi certaines choses qui ne sont pas réellement avérées, comme le fait qu’elle aurait couché avec Kate Moss dans les années 90. Et puis, surtout, mon livre est une biographie romancée: j’envisage Courtney Love comme un personnage de roman et j’essaie d’imaginer ce qu’elle a ressenti dans certaines situations.

Comme beaucoup de gens de son entourage, Courtney Love aurait pu mourir mille fois.

Justement, si tu devais rapprocher Courtney Love d’un personnage littéraire, lequel serait-ce?

Blanche Dubois dans Un Tramway nommé désir. C’est d’ailleurs le faux nom que Courtney Love donnait parfois dans les hôtels. L’autre livre fétiche de Courtney Love, c’est La Vallée des poupées de Jacqueline Susan, l’histoire de filles qui veulent percer et se font broyer par le système. Le livre a été adapté au cinéma avec, entre autres, Sharon Tate au casting. Et puis, ce n’est pas un personnage de roman, mais l’actrice Frances Farmer l’a aussi beaucoup marquée. Cette dernière a été détruite par Hollywood et envoyée en asile psychiatrique, et Courtney Love a appelé sa fille Frances en référence à elle.

Contrairement à ces héroïnes tragiques, à quoi Courtney Love doit-elle de s’en être sortie?

C’est une force de la nature. Comme beaucoup de gens de son entourage, elle aurait pu mourir mille fois. Son père lui a filé du LSD quand elle avait 4 ans, elle a été rejetée par sa mère, elle a pris beaucoup de drogues quand elle était à Seattle, elle est veuve, elle s’est fait insulter par la planète entière. Elle n’a vraiment pas été aidée, ni par les gens, ni par les événements, à aucun moment de sa vie. Ce sont finalement cette espèce de fureur de vivre, cette rage de réussir, qui l’ont sauvée.

Propos recueillis par Faustine Kopiejwski

Lisez un extrait du livre en exclusivité:

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