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“Fleabag”: portrait d'une jeune londonienne anesthésiée, dysfonctionnelle et névrosée

La série Fleabag a valu à son héroïne le surnom de “Lena Dunham anglaise”. On vous dit ce qu’on en pense, en partenariat avec l’association Le Deuxième Regard. 
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La jeune Fleabag -“sac à puces”, en v.o- cumule la mort de sa mère (un cancer) et celle de sa meilleure amie et associée (un suicide). Son père a quitté la famille pour épouser la marraine des enfants, une artiste excentrique qui expose des moulages très réalistes de pénis. Seule pour renflouer les caisses d’un café londonien décoré de photos de cochons d’inde, Fleabag compense sa solitude et son mal-être par des rapports sexuels frénétiques avec des inconnus. 

 

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Cet article est publié en partenariat avec Le Deuxième Regard, association féministe dans le cinéma.

Ce journal d’une sex-addict qui se masturbe devant les discours de Barack Obama n’est pas l’enfilage de perles attendu, un petit précis de drague à l’heure des réseaux sociaux ou une autopsie du couple contemporain. Au contraire, ce portrait d’une trentenaire endeuillée raconte l’impossibilité de tout rapport humain digne de ce nom quand la mécanique du quotidien s’enraye et que la dépression rôde.

Le cynisme sinistre de la série serait volontiers pesant s’il n’était rééquilibrée par des saillies burlesques. 

Dans la série, ce sont les femmes qui occupent la place du rapport amoureux: il y a des moments d’intimité avec la meilleure amie disparue, qui réapparaît dans des flash-backs. Et une sœur psychorigide mais bienveillante avec qui Fleabag assiste à des séminaires sur le féminisme, pour en conclure, à la sortie, “On est des mauvaises féministes”. Le cynisme sinistre de la série serait volontiers pesant s’il n’était rééquilibrée par des saillies burlesques, comme cette retraite silencieuse dans un somptueux château où la jeune femme ne peut, malgré elle, se conformer à aucune règle.

 

 

Plutôt que la catégorie “sitcom sur des femmes désobéissantes”, qui regroupe Sex & the city, Girls ou encore Broad city, Fleabag évoque davantage le rayon “haine de soi et comment s’en sortir”. Diffusés cet été sur BBC3 en Angleterre et désormais visibles sur Amazon, ces six épisodes finement ciselés sont le fruit de la prodigieuse comédienne de théâtre britannique Phoebe Waller-Bridge, 31 ans, qui écrit et joue le rôle principal. Conçu comme un spectacle de stand-up, Fleabag a d’abord été présenté au off du Edinburgh Fringe Festival, puis joué à Soho sous forme de monologue sur scène. Les médias anglo-saxons se sont empressés de labelliser “Lena Dunham anglaise” cette comédienne et scénariste à l’oeil torve, qui multiplie les regards malaisants face caméra, y compris en plein coït. Sans craindre le désespoir qui ronge son héroïne revêche et la mélancolie fielleuse vers laquelle gravite le récit, il y a là un passionnant cul de sac émotionnel qu’explore la série sans jamais s’y complaire.  

Clémentine Gallot

Cet article a été initialement publié sur le site du Deuxième Regard.


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