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Cinéma / “Danish Girl”

Danish Girl, le film qui va faire enrager la Manif pour tous

Le biopic Danish Girl retrace la vie d’Einar Wegener alias Lili Elbe, artiste danoise et première personne transgenre opérée en 1930. Une bouleversante quête d’identité doublée d’une magnifique histoire d’amour interprétée par Eddie Redmayne et Alicia Vikander.
© Universal Pictures
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Voilà un film qui devrait rejoindre illico la liste noire des militants de la Manif pour tous et autres adversaires de la pseudo-théorie du genre, qui croient encore qu’une personne transgenre est un homme qui se déguise en femme -et vice versa. Dans Danish Girl, de Tom Hooper, Eddie Redmayne interprète Einar Wegener, un peintre danois qui vécut au début du XXème siècle et dont la carrière artistique fut perturbée par la découverte de son double Lili Elbe, qui se révèlera être son identité profonde. Sa femme Gerda, également artiste, l’accompagnera tout au long de ce douloureux mais salvateur cheminement. Trois raisons d’aller voir une œuvre qui pulvérise tous les préjugés.

 

Le héros est aussi une héroïne

Le comédien qui interprète Einar/Lili n’a pas été choisi au hasard. Le physique androgyne d’Eddie Redmayne, découvert par le grand public dans My week with Marilyn, se prête parfaitement au rôle d’un artiste torturé dont on sent dès les premières images la fragilité et la sensibilité extrême. Mais, dans son costume trois-pièces et dans la société non-conformiste que fréquentent les artistes du Copenhague des années 20, Einar Wegener n’est rien d’autre qu’un excentrique de peintre, tout comme son épouse Gerda, une forte tête qui n’hésite pas à raccourcir ses jupes ni à draguer celui qui deviendra son mari.

C’est en enfilant des bas et des chaussons de danse pour remplacer la modèle de cette dernière, que le trouble s’installe chez Einar, irrésistiblement attiré par les étoffes que porte sa femme. Quant à Gerda, elle est émoustillée et inspirée par ce qu’elle prend au départ pour un jeu sexuel, qui va d’ailleurs faire décoller sa carrière: ses premiers portraits de Lili se vendent aussi bien à Copenhague qu’à Paris.

 

Une quête d’identité moderne

Lorsque Lili surgit en pleine séance de dessin, c’est le toucher d’un tutu de danseuse qui réveille des émotions enfouies chez le jeune Einar Wegener. Tout au long du film, la caméra s’attarde d’ailleurs sur les tissus (des robes, des manteaux, des sous-vêtements), véritables catalyseurs de la mutation intérieure qui est en train de survenir. Mutation ou plutôt renaissance, puisque l’on découvre que Lili a toujours existé et qu’Einar a tout fait pour la camoufler. Aux médecins incrédules qui le prennent au mieux pour un schizophrène, au pire pour un pervers, Einar répond invariablement que Lili est en lui.

danish girl biopic sur lili elbe avec eddie redmayne et alicia vikander

© Universal Pictures

Dans le dossier de presse du film, Eddie Redmayne confie qu’il a rencontré beaucoup de femmes transgenres pour préparer ce rôle et que toutes évoquaient le sentiment d’être une femme prisonnière d’un corps d’homme. “Une erreur de la nature que la médecine va corriger”, affirme son personnage, avant de partir dans une clinique de Dresde devenir la personne qu’elle a toujours été. Au fil du film, Eddie Redmayne brouille de plus en plus les frontières du genre pour laisser Lili prendre le dessus sur Einar, nous aidant à comprendre à quel point l’identité n’a rien de figé, et comment l’habit peut aider à faire apparaître le moine. Un apprentissage qui ne se fait pas sans heurts: en 2016, la société coince toujours devant le tabou de la transsexualité, imaginez celle de 1930.

 

Une histoire d’amour avant tout

Eddie Redmayne et Alicia Vikander sont tous deux nommés aux Oscars et c’est bien mérité. La comédienne suédoise, que nous avons repérée depuis longtemps chez Cheek, interprète impeccablement cette épouse forte et délurée, soutien sans faille à travers les épreuves, et qui repousse sans cesse les limites de son amour. Les méandres du parcours d’Einar/Lili rejaillissent inévitablement sur Gerda qui, tout en renonçant à celui dont elle est tombée amoureuse, a du mal à se séparer de cette âme sœur avec qui elle a tout partagé. Leur histoire est un hymne à la tolérance, qui nous rappelle que l’amour n’a pas de sexe.

Myriam Levain

En salles le 20 janvier 2016


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