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Interview Worldwide Cheek / Dayna Ash

Elle a ouvert une galerie artistique alternative en plein cœur de Beyrouth

Dayna Ash, 27 ans, est à la tête de Haven for Artists, une galerie entièrement tenue par des femmes dans la capitale libanaise.
Dayna Ash, DR
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Dayna Ash, 27 ans, fait partie de ces filles que l’on n’a pas envie d’emmerder. Probablement à cause de son regard intense et grâce à l’énergie qu’elle dépense à défendre sa liberté de pensée. Une énergie qu’elle met en priorité au service de Haven for Artists, l’association d’artistes qu’elle a montée il y a cinq ans, et qui vient d’ouvrir son local dans l’une des dernières demeures traditionnelles de Beyrouth. Entre ateliers de mécanos et nouveaux bars hipsters, la maison s’élève dans une petite rue cachée du quartier de Mar Mikhail. Réservé aux chrétiens et interdit aux musulmans -ou toute autre confession- pendant la guerre civile, le coin est aujourd’hui investi par une population hétéroclite, composée en grande partie de jeunes très éloignés des clivages confessionnels qui ont dévasté le pays entre 1975 et 1990.

Nous sommes des hommes et des femmes qui ne faisons plus du tout la différence entre les genres.

Parmi ces jeunes, Dayna Ash et son équipe -entièrement féminine- s’affairent dans cette maison à la façade d’époque et à l’intérieur complètement retapé par leurs soins. L’objectif: en faire un lieu de rencontres et de travail pour des artistes et penseurs de tous bords. L’entrée y est de 5000 livres libanaises, soit 3 euros, donnant accès à du café à volonté, une bibliothèque, et aux différents studios de création. Pour elles, le fait d’être une équipe de filles n’a jamais été un obstacle à la construction de leur projet. Dans une société libanaise encore très patriarcale, le milieu artistique, symbole de l’ouverture et du renouveau à Beyrouth, se pose en pourfendeur de ces idéaux traditionnels et s’applique à ne pas faire de différence entre hommes et femmes. “Nous sommes des hommes et des femmes qui ne faisons plus du tout la différence entre les genres”, lance Dayna Ash.

En plus d’être un “paradis pour les artistes”, comme l’ont imaginé ses fondatrices, la maison est avant tout un endroit où l’on peut parler de tout et surtout des sujets qui fâchent. La drogue ou l’homosexualité sont les premiers thèmes qui seront abordés dans l’espace de débat pour le changement social que la team désire mettre en place dans l’une des pièces. Dans un pays où il n’y a pas de président ni de véritable gouvernement depuis trois ans, les jeunes s’organisent comme ils peuvent pour combler les vides créés par des dirigeants qu’ils estiment désengagés et corrompus. “Pour moi, les artistes sont ceux qui voient et ressentent tout, ce sont ceux qui peuvent te dire ce qui ne va pas dans une ville, beaucoup mieux que les politiciens ou les figures religieuses, défend Dayna Ash. Et avec Haven, on essaie de mettre en valeur la parole de ces gens pour faire compter leur avis dans les débats.”

“On ne fait plus la guerre depuis longtemps au Liban.”

Pour la jeune femme, cette maison est à l’image du Beyrouth qu’elle aime: un lieu d’échanges où Libanais, Palestiniens, Irakiens, Syriens, homos, hétéros, femmes, hommes, chrétiens, musulmans, se réfugient pour échanger librement, à l’abri des fantômes des guerres passées et présentes. Interview.

Le cliché qui t’énerve le plus sur les Libanais?

J’aimerais d’abord que les gens arrêtent de penser à la guerre quand ils pensent au Liban. C’était il y a 25 ans, et notre génération est passée à autre chose. Bien sûr que l’on continue à être influencés par notre histoire, dans nos productions artistiques par exemple, mais on ne fait plus la guerre depuis longtemps au Liban. Et même si la guerre est à nos frontières, le Liban reste le dernier endroit libre de la région. Ensuite, c’est pas parce que l’on a de belles fesses qu’on a eu recours au bistouri: il y a beaucoup de belles femmes au Liban et on n’y peut rien!

Le spot à touristes que tu préfères à Beyrouth?

Je n’en n’ai pas vraiment mais ce que j’aimerais, c’est que Beyrouth attire les touristes pour sa convivialité et son ouverture. J’aimerais aussi beaucoup que notre maison Haven devienne touristique, parce qu’elle incarne selon moi cette chaleur entre les gens et cette dimension multiculturelle propres au Liban.

L'équipe féminine de la galerie haven for artists à beyrouth

L’équipe 100% féminine de Haven for Artists, DR

Au quotidien, tu te déplaces comment?

Je marche. J’aime utiliser mon corps pour me déplacer et la marche est un bon moyen. Le seul truc que je regrette, c’est qu’il est presque impossible de déconnecter un peu avec son iPod et ses écouteurs sans se faire renverser. Les voitures sont partout et très agressives alors que les trottoirs sont inexistants. C’est un vrai combat pour parcourir deux kilomètres dans cette ville .

L’endroit où tu te précipites quand tu rentres de voyage?

Amchit, c’est une plage de rochers d’où tu peux sauter dans l’eau transparente. Elle est proche de Beyrouth et il y a un camping avec de vieilles caravanes old school où tu peux passer la nuit. La dernière fois que j’y suis allée, c’est quand je rentrais de Berlin et on a finalement décidé d’y organiser un festival pour Haven.

La spécialité libanaise que personne n’a réussi à imiter? 

L’hospitalité. Et aussi notre melloukhia, un plat fait d’épinards et de poulet, c’est divin.

Si tu devais quitter Beyrouth, tu irais où?

Berlin, sans hésitation. C’est la même chose que Beyrouth, la liberté totale en plus. 

 

Mon carnet d’adresses

Café concert Radio Beirut au Liban

Mon boui-boui: Radio Beirut, un café-concert et l’un des seuls lieux qui représente encore bien Beyrouth. 

Mon bar chic: Je n’aime pas vraiment ces ambiances, j’aime les endroits qui sont accessibles à tout le monde. Mais il y a quand même Makan, un lieu super design et assez chic où tu payes le montant que tu estimes raisonnable en fonction de ce que tu as mangé au buffet. J’aime le concept mais l’ambiance du restaurant, moins.

La visite que je recommanderais à tous mes amis: La railway station, une gare désaffectée depuis les années 60, tu peux t’y asseoir, traverser les rails, te balader dans les vieux bâtiments où les bureaux sont inoccupés depuis 60 ans mais où tout est toujours en place.

Propos recueillis par Camille Toulmé, à Beyrouth


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