culture

Chronique / “Objectif scénario”

Épisode 4: La Question

Acceptée à L’Atelier scénario de la Fémis, Déborah Hassoun a un an pour écrire son scénario de long-métrage. Atteindra-t-elle son objectif? Chaque mois, elle nous raconte sa progression.  

On me la pose à la Fémis mais je l’entends aussi aux soirées entre auteurs et elle sort même de la bouche de mes potes. Si j’avais un psy, il ne se gênerait pas pour me la poser non plus. LA QUESTION que tout le monde me crache à la figure quand je galère à résumer en une phrase l’essentiel de mon histoire: 

“Mais qu’est-ce que tu veux vraiment raconter?”

Je pourrais faire comme si je n’entendais pas cette interrogation qui résonne, mais ce serait comme vouloir éviter le mec qui distribue ses tracts anarchistes à la sortie du métro Belleville: un jour ou l’autre, je vais finir par la signer, sa foutue pétition.  

Pour couper court à toute discussion, j’ai un leitmotiv. Je prends un air très sérieux qui montre que j’ai beaucoup réfléchi et j’abats ma carte métaphore: dans mon histoire, le secret de la recette va être percé pendant que le secret de famille va exploser.

Mon grand-père n’aimait pas parler, alors il m’emmenait au cinéma pour éviter de le faire.

Bon, d’accord, c’est un peu léger. Je défends aussi l’idée que toute vérité n’est pas bonne à dire. Même si mon héroïne, elle, défend ardemment le contraire. J’ai pas encore la solution de l’équation. 

Une variante de LA QUESTION pousse la réflexion à un stade que je n’ai pas encore atteint: “Qu’est-ce que tu veux que le spectateur ressente en sortant de la salle?”

L’émotion de ma fille de quatre ans, qui répond à la question “Pourquoi tu aimes le cinéma?” par un simple “Parce que j’adore”, ne suffit plus dans les dîners mondains. Malheureusement.  

Si on parle d’un sentiment, je n’ai que les souvenirs pour le décrire. 

Mon grand-père n’aimait pas parler, alors il m’emmenait au cinéma pour éviter de le faire. Mon silence contre un paquet de pop-corn. Qu’importait le film, rassasiée, je me taisais. Heureuse. 

Mes bulletins scolaires, quant à eux, brillaient davantage par les remarques pertinentes de mes professeurs que par mes notes.

Avec ma mère, on pleurait en chœur sur n’importe quel téléfilm de M6. En 1994, La Bande à Marion a dû rapporter à Kleenex un bénéfice conséquent, à en juger par le poids de nos larmes. C’était une histoire de petite fille orpheline qui se faisait passer pour un garçon pour pouvoir jouer dans un groupe de musique. Un classique de la dramaturgie version bandanas et synthétiseurs. Une émotion partagée devant l’écran alors que dans la vraie vie, les hormones de l’adolescence bloquaient toute communication.  

Mes bulletins scolaires, quant à eux, brillaient davantage par les remarques pertinentes de mes professeurs que par mes notes (“Quand elle arrêtera de parler, elle pourra peut-être écouter.” Ou, variante: “Confond la cour et le cours.”) Alors, pour supporter cet enfer nommé lycée, mon père me traînait de la séance de minuit pour voir Nous nous sommes tant aimés!, ou bien à l’ambassade du Sénégal où un mardi par mois, on pouvait découvrir des contes africains sur pellicule. Grâce au pouvoir de l’empathie, je m’imaginais congolaise, séparée de force de son amoureux ou italienne, écartelée entre sa famille et ses convictions. 

Avec mes copines, on ne s’est jamais risquées aux pénombres des boîtes de nuit. Le samedi soir, on préférait se réfugier sous la lumière d’un projecteur plutôt que sous une boule à facettes. Pas de physio pour nous refuser l’entrée parce qu’on portait des baskets. La seule loi du cinéma: dis-moi pour quel film tu achètes un ticket et je te dirai qui tu es.  

Je ne réponds pas à LA QUESTION, je sais. Je fuis. Mais cette fois au lieu d’aller voir des films, j’en écris un…

Pour (re)lire l’épisode 3: Frappez-moi dans le ventre, c’est ici


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