culture

Cinéma

Rachel Weisz et Rachel McAdams s'aiment en secret dans “Désobéissance”, une ode à la liberté

Rachel Weisz et Rachel McAdams sont à l’affiche de Désobéissance, qui raconte une histoire d’amour lesbienne interdite dans la communauté juive ultra-orthodoxe de Londres. Trois bonnes raisons d’aller le voir. 
© Mars Films
© Mars Films

© Mars Films


Des perruques, des jupes longues et des prières: sur le papier, il n’y a pas dans Désobéissance les éléments les plus évidents d’une histoire d’amour torride entre femmes. Et pourtant, c’est dans la communauté juive ultra-orthodoxe du nord de Londres que se déroule cette romance lesbienne, au cœur du nouveau film de Sebastián Lelio. Rachel Weisz et Rachel McAdams y interprètent deux amies d’enfance, Ronit et Etsi, ayant eu une liaison secrète à l’adolescence, qui se retrouvent après des années de séparation. La première a été bannie de la communauté et reniée par son père rabbin, car elle n’acceptait pas le destin féminin qui lui était réservé. La seconde s’y est quant à elle résignée et a épousé leur meilleur ami, rabbin lui aussi.

Pour chaque personnage, la liberté est à la fois un fardeau et une bénédiction.

Quand Ronit, devenue photographe à New York, revient enterrer son père, ce sont tous les murs de cet édifice bancal qui commencent à vaciller. Outre la passion renaissante entre les deux femmes qu’il saisit de façon très juste à travers une tension sexuelle progressive, Sebastián Lelio nous emmène avec Désobéissance dans un monde fermé, méconnu du grand public, qu’il a recréé avec l’aide de sa coscénariste Rebecca Lenkiewicz lorsque la comédienne Rachel Weisz est venue le chercher pour adapter le premier roman de Naomi Alderman publié en 2006. Après Gloria et Une Femme fantastique, le réalisateur chilien installé à Berlin vient de donner vie à nouveau à des personnages féminins forts, dont il nous fait vivre la passion secrète le temps d’un film. Trois bonnes raisons de prendre son billet.

 

Une intense histoire d’amour entre femmes

Si elles se multiplient à l’écran, les love stories lesbiennes ne sont pas si fréquentes. Après La Vie d’Adèle, La Belle Saison ou encore Carol, qui ont conquis le public comme la critique ces dernières années, Désobéissance et son duo Rachel McAdams-Rachel Weisz sont convaincants, aussi bien lorsqu’il s’agit de faire affleurer les sentiments réprimés que lorsqu’il s’agit de montrer la passion physique la plus brute, dans une scène de sexe qui fait déjà parler d’elle. “Pour moi cette scène est le cœur du film, elle est aussi physique que spirituelle, confie Sebastián Lelio. Ce qui la distingue d’autres scènes, je l’espère, c’est la façon dont Ronit et Etsi expriment leur amour et leurs sentiments. On ne voit pas ce genre de choses avec ce genre d’actrices dans ce genre de film.” Tout le débat autour du “male gaze” intéresse particulièrement le réalisateur, qui défend une masculinité féministe en pleine réflexion sur elle-même en cette année post #MeToo. Si sa façon de filmer deux femmes en train de faire l’amour a été applaudie, il revendique un male gaze positif et une vision de la virilité réinventée, notamment incarnée par son protagoniste masculin Dovid, qui se révèle bien plus éloigné des stéréotypes de genre qu’on ne pourrait l’imaginer d’un rabbin. “C’est injuste d’utiliser le concept de male gaze de façon négative, ajoute-t-il, car il y a différentes façons d’être un homme, et la révolution féministe actuelle nous concerne tous.” Elle n’épargne en tout cas pas ses deux héroïnes, qui offrent deux facettes d’une féminité en quête d’émancipation, finalement difficile à conquérir quelle que soit la longueur de la jupe.

 

Un message ultra empowering

Le titre du film, Désobéissance, en délivre immédiatement le message: on peut toujours échapper à son destin, aussi scellé qu’il puisse sembler. En cela, le décor de la communauté juive ultra-orthodoxe est parfait tant il symbolise un monde fermé et patriarcal. Pour le dépeindre avec le maximum de justesse, Sebastián Lelio et sa coscénariste Rebecca Lenkiewicz ont fait appel à pas moins de quatre consultants pendant l’écriture. Sur le tournage, il y en a carrément eu jusqu’à 12, permettant ainsi de restituer le plus fidèlement possible l’ambiance propre à cet univers quelque peu secret. “Ce qui est fascinant, c’est à quel point ce monde est complet, explique le cinéaste. Il y a des codes vestimentaires et des façons de se comporter mais aussi des codes moraux, de la musique, de la nourriture. C’est très riche pour la narration.” Toutefois Lelio rappelle que sa trame est avant tout celle d’un triangle amoureux quasi mythologique tant la structure en est classique.

Désobéissance Rachel McAdams Rachel Weisz Alessandro Nivola © Sony Picture Releasing España

© Sony Picture Releasing España

Le dilemme auquel il confronte son public est celui du choix individuel et des questionnements universels que posent les modèles de société imposés, quels qu’ils soient. “Pour chaque personnage, la liberté est à la fois un fardeau et une bénédiction, résume Sebastián Lelio. On est libre de choisir mais on doit en payer le prix.” Pour autant son message -qui se perd parfois dans les bons sentiments- est empreint d’optimisme. “On peut être paresseux et vivre par défaut ou alors on peut embrasser ce monde et désobéir. Il y a de la beauté dans la désobéissance vue comme un devoir. Il faut que quelqu’un désobéisse pour que ça craque et qu’on progresse, il faut aussi savoir désobéir à ce qu’on pensait pour avancer individuellement. S’il n’y avait pas ce droit à la désobéissance, on serait encore à l’âge de pierre.

 

Un projet porté par des femmes de A à Z

Désobéissance est le premier roman de la Britannique Naomi Alderman, dont la dystopie Le Pouvoir, parue cette année en France, fait sensation: cette disciple de Margaret Atwood y décrit un monde où les femmes, dotées d’une force surnaturelle, deviennent la moitié dominante de l’humanité pour le meilleur et pour le pire. Pas besoin de chercher très loin les liens entre son premier et son dernier ouvrage pour y voir la continuité d’un discours féministe, qui a séduit depuis longtemps la comédienne Rachel Weisz, omniprésente dans Désobéissance dont elle est tête d’affiche et qu’elle s’est battue pour faire adapter. Si cette dernière nous rappelle dans ce film qu’à 49 ans, les actrices ont encore de beaux rôles à jouer à Hollywood, elle montre que les femmes savent aussi être d’excellentes productrices, qui portent des projets atypiques à l’écran et nous offrent à voir un monde plus complexe et plus riche en y apportant tout simplement de la diversité.

Myriam Levain


2. 7 BD Cheek incontournables de la rentrée

Si vous êtes perdu·e·s dans les sorties BD, pas de panique. Nous avons sélectionné sept romans graphiques 100% Cheek à dévorer.
© Mars Films  - Cheek Magazine
© Mars Films

5. Alexandra Badea: la metteuse en scène engagée pour qui tout est politique

En remuant les débris enfouis de notre histoire collective, Alexandra Badéa ravive une mémoire douloureuse, dans un effort salutaire pour donner la parole à celles et ceux que l’on n’entend pas. Sa dernière pièce, Points de non-retour [Thiaroye], premier volet d’une trilogie en représentation au théâtre national de la Colline du 19 septembre au 14 octobre prochain, revient sur le massacre des tirailleurs sénégalais de Thiaroye.
© Mars Films  - Cheek Magazine
© Mars Films