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Illustration

Méditerranéenne, dénudée et badass: la femme revue et dessinée par Élodie Lascar

Illustratrice et féministe revendiquée, Élodie Lascar dessine des femmes puissantes, aux courbes assumées et aux attitudes badass, qui célèbrent la Méditerranée, les amis, la nourriture, les corps alanguis et libres. Rencontre à Marseille. 
© Céline Bousquet pour Cheek Magazine
© Céline Bousquet pour Cheek Magazine

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C’est après un passage sur les bancs de la fac, quelques voyages et petits boulots formateurs, qu’Élodie Lascar a décidé de se consacrer à ce qui la faisait le plus vibrer: l’illustration. “J’ai découvert l’existence des écoles d’art tardivement. J’ai raté mes concours une première fois, puis je suis rentrée aux Arts déco de Strasbourg où il y a une très bonne section illustration, se souvient la jeune femme de 34 ansUne fois diplômée, c’est à Marseille qu’elle décide de s’installer. Après avoir grandi en Israël puis à Paris, elle était attirée par l’énergie et le caractère bien trempé de cette ville du sud. “J’ai une histoire méditerranéenne. Du fait d’être en bord de mer et qu’il fasse chaud, tu apprends vite à gérer ton corps. Que tu l’aimes ou pas, tu ne vas pas mettre ton col roulé pour aller à la plage. Il y a un moment où ta nudité, ton gras, il faut l’assumer, sourit-elle.

 

Dessiner les corps

Dans ses dessins, les couleurs chaudes, les corps de femmes, l’empreinte du soleil et de la mer sont omniprésentes. C’est même devenu aujourd’hui sa marque de fabrique, celle que l’on retrouve dans ses dessins de presse, qu’elle publie aussi bien dans So FilmTélérama, Fricote, Doolittle ou Influencia. “J’ai à cœur de représenter un corps de femme différent de ce qu’on a l’habitude de voir dans les médias ou la bande-dessinée où l’on rencontre souvent une corpulence type, jolie et frêle. Tant que tu ne questionnes pas la représentation du corps féminin, tu reproduis ce que tu vois. Je trouverais ça dommage de ne pas me demander ce que moi je trouve beau, en l’occurrence un corps costaud, fort, en action.” Parmi ses références, elle cite Robert Crumb, célèbre auteur de bande dessinée américain. “C’est une de mes références principales en terme de corps féminin. Il a un point de vue érotique sur un corps qui n’est pas normé, et je trouve ça hyper inspirant. Il s’est inventé son propre modèle de beauté et d’excitation.

 

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Paillettes et clair-obscur

Cinéphile assumée, elle distille dans ses dessins des atmosphères où lumière et cadrage intimistes font travailler l’imaginaire. “J’aime quand la lumière raconte une histoire, comme dans les films d’Hitchcock où le clair-obscur crée une forte tension.” Influencée aussi par les femmes du quotidien, elle convoque dans ses illustrations des personnages à la sensualité affirmée, qui dégagent force et confiance en soi. Des baigneuses qui fument, se couvrent de bijoux clinquants et se moquent du regard des autres. “J’adore les femmes du sud, qui parlent fort, aux parures voyantes.” Dans son panthéon, on trouve aussi Gena Rowlands dans son rôle de femme sur le fil du rasoir dans Opening Nights, Grace Jones, beauté hallucinante à l’androgynie très sexualisée ou encore Dalida, qu’elle trouve “touchante au plus haut point. À la fois bête de scène capable d’assurer des shows en reine du disco à 48 ans et d’une fragilité affolante”.

 

Projets collaboratifs féministes

Dans son atelier partagé, une ancienne boucherie du quartier Longchamp, il est beaucoup question de féminisme. Illustration, roman-photo, édition d’une revue indépendante, tous les moyens sont bons pour interroger la place de la femme dans la sphère privée et publique sous forme collaborative. Elle a récemment publié le calendrier Sorcières avec Amélie Laval. À force de recherches, c’est la puissance graphique et la dimension sociétale des sorcières qui les a inspirées, leur permettant d’aborder des sujets actuels comme la maternité, les violences faites aux femmes, la question du genre ou encore l’exclusion sociale. On y croise une empoisonneuse, Blanche Wittman, les folles de la place Vendôme, une icône transgenre du New York des années 80 ou encore Jacqueline Sauvage. Si à terme, elle souhaite aller vers un travail d’auteure, Élodie Lascar joue aujourd’hui à faire sortir l’illustration de son cadre. Avec deux amies, elle vient de lancer Tanqué (Ndlr: expression marseillaise pour dire “bien foutu”), une collection capsule d’objets pour l’été: maillot de bain monokini, serviette colorée et sac à dos de marin revisité.

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© Tanqué

C’est une belle excuse pour mettre en scène ces objets, et créer une illustration vivante, explique-t-elle. Un projet en pleine campagne de financement participatif, qui a donné lieu à une séance photo et au tournage d’un film mettant en scène des corps dénudés, libres, qui mangent, jouent et évoluent au milieu d’une végétation luxuriante. Une nature bien vivante, comme celle d’Élodie Lascar.

Céline Bousquet


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© Céline Bousquet pour Cheek Magazine - Cheek Magazine
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© Céline Bousquet pour Cheek Magazine

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© Céline Bousquet pour Cheek Magazine - Cheek Magazine
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© Céline Bousquet pour Cheek Magazine - Cheek Magazine
© Céline Bousquet pour Cheek Magazine