culture

Dvd

“Elsie, Monogame en série”: Et si la rom com de l'année était lesbienne?

La rom com lesbienne Elsie, Monogame en série, a de quoi devenir culte. On a parlé avec sa réalisatrice. 
© Outplay Films
© Outplay Films

© Outplay Films


À Toronto, Elsie, une productrice de télé quadra, a du mal à se poser. Alors qu’elle vient de mettre un terme à une relation longue, elle fait le point sur sa vie sentimentale: amies, collègues, ex, mère… Son entourage tout entier lui donne son point de vue -qu’on le lui ait demandé ou non- sur sa tendance à passer d’une histoire à l’autre. La particularité de Elsie, Monogame en série, rom com indépendante cosignée de la réalisatrice Christina Zeidler et de son acolyte John Mitchell, est de se dérouler au sein de la communauté lesbienne de Toronto. Cette dernière, qui a en partie financé le film via une plateforme de crowdfunding, sert de toile de fond à des situations aussi drôles qu’universelles, et à des dialogues taillés pour faire mouche. 

Militant sans en avoir l’air, ce film léger et attachant, dont le découpage en sketches évoque celui d’une série et où la musique occupe une place centrale -big up à la méga cool bande son-, met en avant une galerie de personnages féminins hors normes, rarement représentés sur les écrans de cinéma. Pour la sortie française en Dvd de Elsie, Monogame en série, on a interrogé Christina Zeidler sur la genèse de ce film voué à un culte certain, bien au-delà de son microcosme de départ. (Rendez-vous au bas de l’article pour tenter de gagner un Dvd du film). 

 

 

Quel était le point de départ de Elsie, Monogame en série?

L’idée a émergé lors d’une conversation avec mon collaborateur John Mitchell. On a constaté que beaucoup de comédies romantiques avaient pour personnage principal un homme, de type “barré mais sympa”, que le public réussit à aimer parce qu’ils est charmant et drôle. On s’est demandé pourquoi il n’y avait jamais de premiers rôles féminins équivalents: une bonne personne qui fait de mauvaises choses. Le personnage d’Elsie est arrivé progressivement après avoir eu l’idée du film, c’est un rôle qui a pris toute sa dimension au fur et à mesure, pendant l’écriture mais aussi lors des sessions de travail avec Diane Flacks.

Il y a toujours un équilibre à trouver entre faire rire les gens d’eux-mêmes et les offenser.

Comment as-tu choisi cette dernière?

Toute l’approche du film a été collaborative, alors, quand nous avons réfléchi au casting, nous avons contacté des actrices de Toronto. Des actrices drôles et ultra douées dans leur domaine, mais pas forcément très connues auprès des spectateurs de cinéma, car elles ne font plus partie de cette industrie en tant qu’actrices -puisque cette industrie ne propose pas beaucoup de rôles non-stéréotypés aux femmes, la plupart d’entre elles se sont tournées vers l’écriture, le showrunning, le stand up etc… On voulait créer une énergie autour du film qui soit comparable à un casting de Robert Altman, une sorte de film choral. On a proposé à Diane Flacks d’auditionner. L’alchimie immédiate qu’elle a eue avec Vanessa Dunn, qui interprète Lolli, crevait l’écran et a complètement confirmé notre envie de la choisir pour le rôle!

Au début du film, Elsie dit: “Vous avez entendu parler des tragédies shakespeariennes […] mais ce n’est rien à côté des tragédies lesbiennes.” La communauté lesbienne est-elle une mine d’or pour les situations et les dialogues?

Oh oui, il me semble! Par ailleurs, les lesbiennes ont cette tendance à se prendre très au sérieux, ce qui est un élément formidable pour la comédie. Il y a toujours un équilibre à trouver entre faire rire les gens d’eux-mêmes et les offenser, il faut donc pouvoir expliquer à vos spectateurs d’où vous venez en tant qu’auteure. Si vous pouvez vous mettre les spectateurs dans la poche, vous pouvez vraiment les taquiner, et c’est comme ça qu’on provoque un rire qui vient des tripes.

 

Elsie, Monogame en série © Outplay Films

© Outplay Films 

Quelles sont tes références en matière de rom com?

Sans hésiter, High Fidelity, Annie Hall, Manhattan… Après, j’adore aussi Nora Ephron et John Hughes. Le cocktail classique de teen movies américains, quoi.

Les lesbiennes sont-elles sous-représentées dans la comédie?

Je pense qu’elles sont très bien représentées dans le stand up –Tig Notaro, etc-, mais pas beaucoup en termes de télévision et de cinéma. Cela dit, de bonnes nouvelles arrivent: Carolyn Taylor, qui joue Robyn dans le film, est showrunner et actrice d’une série sur CBC baptisée Baroness Von Sketch Show. C’est de la comédie de sketches avec quatre femmes, et c’est brillant. Je pense qu’on peut en voir certains épisodes sur YouTube.

Elsie a été en partie financé par un crowdfunding auprès de la communauté queer de Toronto, pourquoi?

On voulait faire appel à notre communauté, tant au niveau des acteurs et des colllaborateurs du film, que pour son financement. On a lancé une campagne sur Indiegogo, on a obtenu des dons et des prêts de la part d’amis et de nos familles, et on a aussi investi notre argent personnel dedans. C’était dur, mais c’était notre rêve, alors on l’a mené au bout.

La mère d’Elsie a l’air d’accepter le fait qu’Elsie soit lesbienne, mais pas qu’elle soit célibataire: le célibat serait-il le tabou ultime de notre société?

En effet, nous avons voulu faire en sorte que chaque personnage représente un “avis” différent sur la situation d’Elsie. Quelque chose qui reflèterait leur propre philosophie. Donc oui, la mère représente une peur, pas tant celle d’être seule, mais celle de ne pas avoir de partenaire stable, de famille. Grace, la meilleure amie d’Elsie, représente quant à elle le fait d’être seule et de “l’assumer”. Mais en définitive, je trouve en effet qu’on juge beaucoup le célibat. Elsie elle-même le juge, et en tant qu’auteurs nous avons essayé de montrer cette peur, et de poser certaines questions, comme “pourquoi avons-nous besoin d’être en couple pour être heureux?”.

Propos recueillis par Faustine Kopiejwski

Concours: tentez de gagner un Dvd du film en envoyant un mail à l’adresse magazinecheek@gmail.com


1. 7 BD Cheek à découvrir cet automne

La rentrée littéraire côté romans graphiques recèle de nombreuses pépites. Nous avons sélectionné pour vous quelques lectures incontournables.
© Outplay Films - Cheek Magazine
© Outplay Films

2. Pourquoi les femmes vampires font-elles aussi peur?

Alors que la Cinémathèque rend hommage au mythe des vampires avec son exposition Vampires, de Dracula à Buffy, on a voulu comprendre pourquoi cette figure effrayait particulièrement au féminin. Décryptage.
© Outplay Films - Cheek Magazine
© Outplay Films

5. “Newport Beach”, brûlot féministe et anti-capitaliste des années 2000?

Sororité, empouvoirement, masculinité non-toxique, déclassement social volontaire et militantisme écolo… Et si Newport Beach, dont on fête cette année les 15 ans de la diffusion française, était une critique du mode de vie des 1% californiens?
© Outplay Films - Cheek Magazine
© Outplay Films

6. Le porno du futur est éthique et vient de Berlin

A Berlin, on croque de la techno et du sexe chaque soir. 80% des clubs de la capitale de l’électro sont “sex positive” et, depuis 2006, s’ajoute à l’obligatoire pèlerinage au Berghain (la cathédrale techno de la ville), une visite au plus grand festival porno d’Europe: le Porn Film Festival.
© Outplay Films - Cheek Magazine
© Outplay Films

7. Avec “Les Testaments”, Margaret Atwood imagine la victoire des luttes féministes

Près de trente-cinq ans après la parution de La Servante écarlate, l’autrice canadienne Margaret Atwood publie Les Testaments (ed. Robert Laffont, traduit de l’anglais par Michèle Albaret-Maatsch), une suite qui explore la chute de la République de Galaad. Un appel à faire tomber le système établi.
© Outplay Films - Cheek Magazine
© Outplay Films