culture

“La ville se donne-t-elle un genre?”: une expo sur la place de la femme dans l'espace public à ne pas rater

L’exposition organisée par l’association Womenability et intitulée La ville se donne-t-elle un genre? interroge l’organisation sexiste de l’espace public. À aller découvrir le plus vite possible au Pavillon des Canaux dans le 19ème arrondissement de Paris. 
instagram/© camille_ferrera
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Sensibiliser le public à la question du genre dans la ville, c’est l’objectif que s’est fixé l’association Womenability avec son exposition La ville se donne-t-elle un genre?, organisée au Pavillon des Canaux, à Paris, du 2 novembre au 20 décembre. “Cette exposition est l’occasion de mettre des mots, des chiffres, des images sur un concept qui nous touche tou·te·s. La ville est l’affaire de tou·te·s et chacun·e à son niveau doit pouvoir s’en emparer, partager les solutions et bonnes pratiques, avoir les moyens d’agir pour l’égalité”, expliquent les militant·e·s en présentation de l’événement.

De nombreuses statistiques récoltées par l’association elle-même sont affichées sur les murs. “Nous voulons informer en faisant remonter la voix des femmes que nous avons pu rencontrer lors de nos marches exploratoires, explique Audrey Noeltner, chef de projet. Il s’agit aussi d’inspirer en présentant des initiatives mises en place dans d’autres pays.” Et effectivement, des photos épinglées sur une large toile noire mettent en lumière des idées aussi diverses qu’intéressantes venant des quatre coins du monde: des Mamava, ces cabines pour allaiter dans les lieux publics créées aux États-Unis aux cours de karaté pour aider les femmes violées à se reconstruire à Bukavu en République démocratique du Congo en passant par Bombay, en Inde, où des femmes marchent en groupe la nuit pour se réapproprier l’espace public. Pourquoi ça vaut le coup d’y faire un tour.

 

Pour prendre conscience que la ville est un terrain de jeu masculin

Trois quarts des dépenses publiques concernant les équipements sportifs profitent aux garçons”, “100% des femmes françaises ont déjà été victimes au moins une fois dans leur vie de harcèlement sexiste ou d’agression sexuelle”, “75% des budgets publics destinés aux loisirs des jeunes profitent aux garçons”, “Seules 27 des 250 plus grandes villes du monde sont gouvernées par une femme”: ces chiffres plutôt déprimants sont exposés sur les murs du Pavillon des Canaux sous forme de posters colorés ou de quiz. Les membres de Womenability expliquent que la ville, “par dessein ou par ignorance, […] s’est attachée à répondre aux besoins des hommes, sans envisager ceux des femmes”. Et pour cause, c’est par les hommes qu’elle a été bâtie. En conséquence, “de nombreuses femmes se sentent intruses dans leur ville et développent des stratégies pour éviter de subir des comportements déplacés ou violents” comme l’explique l’association sur sa page Facebook. Audrey Noeltner considère que l’un des révélateurs de la masculinité de la ville est sa signalisation: “Il n’y a qu’à regarder le nom des rues. Seulement 2% d’entre elles portent le nom d’une femme.” La militante insiste également sur les feux de signalisation pour piétons, qui affichent souvent des silhouettes masculines. Et comme l’association souhaite inspirer en prenant des exemples à l’étranger, la chef de projet cite Wellington en Nouvelle-Zélande, ville dans laquelle vous pouvez observer le profil de Kate Sheppard, suffragette qui s’est battue pour les droits des femmes dans le pays, s’illuminer au moment de traverser la route.

 

Pour passer un moment dans un cadre chaleureux

On a voulu voir plus large que les sphères féministes et urbanistes”, raconte Audrey Noeltner. Et pour sensibiliser le grand public, quoi de mieux que le Pavillon des Canaux, avec son entrée gratuite et sa vue sur le Bassin de la Villette. Passez donc par le très agréable jardin et montez au premier étage. Plusieurs salles colorées sont éclairées par une lumière tamisée, et vous avez même la possibilité de vous affaler sur un lit à baldaquin. Les visiteur·se·s sont encouragés à participer, ils peuvent remplir des quiz ou bien écrire à la craie sur un grand tableau ce que représente pour eux l’inégalité dans la rue. D’autres raisons ont poussé l’association à investir ce lieu: c’est ici que les membres se sont retrouvés avant d’avoir leurs propres locaux. De plus, ce n’est pas la première fois que le Pavillon des Canaux ouvre ses portes à une initiative féministe. Le 23 et 24 septembre derniers, le lieu a déjà accueilli le festival féministe À la conquête de l’espace, organisé par FéminiCités, “l’association de sensibilisation et de défense sur les thématiques de genre dans la ville”.

 

Parce que l’exposition promet d’être vivante

Lors du vernissage de l’exposition, les actrices de la pièce de théâtre féministe Mon Olympe ont piégé -et ravi- l’auditoire en faisant irruption au milieu de la présentation de l’association, pour simuler une dispute autour de l’utilisation du mot “féminisme”. De quoi donner le ton: l’exposition sera rythmée par des moments bien vivants. Le 15 novembre, Womenability présentera les résultats de son enquête sur la place des femmes dans l’espace public à travers le monde. Une soirée accompagnée d’un débat: “Nous partagerons le constat, les recommandations des marcheuses rencontrées et de super bonnes pratiques à mettre en place chez vous”, explique l’association. Cette dernière vous propose également, le dimanche 26 novembre, d’assister à une formation à la méthode des marches exploratoires pour “comprendre comment et pourquoi organiser une marche exploratoire, au sein d’un collectif, d’une association ou en partenariat avec vos élu·e·s locaux”. À ne pas manquer enfin, le jeudi 7 décembre: la table ronde Orange Day organisée avec ONU Femmes France, qui réunira “les acteurs luttant contre les violences sexistes et sexuelles dans l’espace public”.

Margot Cherrid

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instagram/© camille_ferrera - Cheek Magazine
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