culture

Ces femmes célèbres étaient lesbiennes et vous ne le saviez probablement pas

Le Dictionnaire historique des homosexuel.le.s célèbres fait sortir du placard des personnalités ayant marqué l’histoire. Trois d’entre elles ont retenu notre attention.
Soko (ici avec Mélanie Thierry) interprète Loïe Fuller dans
Soko (ici avec Mélanie Thierry) interprète Loïe Fuller dans "La Danseuse" © PROKINO Filmverleih GmbH

Soko (ici avec Mélanie Thierry) interprète Loïe Fuller dans "La Danseuse" © PROKINO Filmverleih GmbH


Il n’y a encore pas si longtemps, l’homosexualité des personnes célèbres ne figurait pas dans leur biographie. C’est pour remédier à ces oublis de l’histoire que Michel Larivière s’est attelé à ce grand Dictionnaire historique des homosexuel·le·s célèbres (La Musardine), qui rétablit une vérité longtemps occultée. Après avoir lu ce passionnant ouvrage, on vous présente trois lesbiennes de l’histoire contemporaine, trois personnalités qui ont marqué leur époque, trois véritables pionnières.

 

Loïe Fuller, aux origines de la danse moderne

Loie Fuller lesbienne célèbre

DR

Si le nom de Loïe Fuller ne vous est pas inconnu, c’est probablement grâce au film sorti en septembre 2016 qui lui a été consacré. Réalisé par Stéphanie di Giusto, porté par la performance de la chanteuse et actrice Soko et sobrement intitulé La Danseuse, il a été vivement critiqué pour sa réécriture de la vie amoureuse de l’artiste. Éclipsée, sa relation de 30 ans avec Gabrielle Bloch, qui fut non seulement sa compagne mais aussi sa collaboratrice. La réalisatrice a préféré inventer de toutes pièces un personnage masculin et greffer une romance hétérosexuelle -pas franchement utile et assez malsaine, il faut l’avouer- à l’intrigue. Dommage de pas avoir tout simplement respecté la véritable et passionnante vie de Loïe Fuller, et d’avoir raté une occasion en or de montrer un couple de femmes artistes à l’aube du XXème siècle. Dans son Dictionnaire historique des homosexuel.le.s célèbres, Michel Larivière rappelle l’influence majeure de Loïe Fuller, qui a fait le pari fou d’utiliser l’électricité dans ses mises en scène et a inventé de nouvelles techniques pour sublimer ses chorégraphies, la plus connue étant la fameuse danse serpentine: “L’imagination créatrice de la danseuse crée une révolution dans l’art du spectacle, inspire même les peintres Mucha, Toulouse-Lautrec et le sculpteur Rodin.” Autant de raisons de se souvenir de Loïe Fuller et de respecter son parcours artistique tout autant que sa vie personnelle.

 

Joanna Russ, une référence dans la science-fiction

Dans les années 60, le milieu de la science-fiction est dominé par des hommes. L’arrivée de l’auteure américaine Joanna Russ va bouleverser cet ordre établi. Elle va rapidement s’imposer comme une figure incontestable de ce courant littéraire aux côtés d’Ursula K. Le Guin. Dans son roman le plus connu, The Female Male, publié en 1975 -maladroitement traduit en français sous le titre L’autre moitié de l’homme-, elle imagine une société alternative sans hommes. Assumant ses convictions féministes et son homosexualité, elle va écrire plusieurs œuvres de SF questionnant les stéréotypes de genre, la sexualité, l’hétéronormativité. Au delà de la SF, Joanna Russ a aussi écrit plusieurs essais, dont To Write Like a Woman. À sa mort, les hommages ont salué l’esprit acéré et l’humour de sa plume au service d’une remise en question de l’ordre patriarcal, et une ténacité qui force le respect, comme le rappelait l’auteure Margalit Fox dans les colonnes du New York Times: “Celui ou celle qui écrit de la science-fiction a le privilège de remodeler le monde. Pour cette raison, le genre, particulièrement entre les mains d’auteur·e·s margina·ux·les, est devenu un outil puissant pour un commentaire politique. Dans l’Amérique dans laquelle elle a grandi, Joanna Russ partait avec trois handicaps: en tant que femme, en tant que lesbienne et en tant qu’auteure de fiction qui a gagné sa vie au milieu du faste des départements d’anglais à l’université.

 

Elula Perrin, la romancière jet-setteuse

Pour les jeunes lesbiennes d’aujourd’hui, le nom du Katmandou ne signifie sûrement rien. Pourtant, cette boîte de nuit parisienne de la rue du Vieux-Colombier a été pendant vingt ans un haut lieu de la vie nocturne de la communauté lesbienne. C’est Elula Perrin qui a fondé ce club réservé aux femmes en 1969 avec Aimée Mori. Figure incontournable du milieu lesbien de l’époque, Elula Perrin s’est illustrée comme une des premières personnalités à faire son coming out en France dans une société encore très hostile à l’homosexualité: en 1977, dans l’émission de Philippe Bouvard, L’Huile sur le feu, elle n’hésite pas à parler sans détours de son attirance pour les femmes. La patronne du Katmandou, puis d’un autre club, Le Privilège, s’est aussi illustrée en tant que romancière. “Dans son œuvre, qui compte aussi des romans policiers populaires, cette pionnière de la lutte pour la reconnaissance de l’amour lesbien réclame ‘le droit à l’indifférence’, la faculté pour une lesbienne d’aimer sans contrainte”, rappelle Michel Larivière dans son Dictionnaire historique des homosexuel.le.s célèbres. Elula Perrin n’était pas une lesbienne radicale, une révolutionnaire au poing levé. Pourtant, en parlant haut et fort de son homosexualité, elle a mis un visage et des mots sur la réalité de beaucoup de femmes et a participé à une meilleure visibilité. Alors que l’homosexualité était encore perçue comme une tare sociale, sa présence médiatique a eu un véritable impact pour lutter contre les clichés et montrer qu’on peut être lesbienne et vivre une vie heureuse et épanouie.

Maëlle Le Corre


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