culture

Stage of the Art au festival de Hyères

Festival de Hyères: On a rencontré Juliette Armanet juste avant son concert

Chaque année au Festival international de mode et de photographie de Hyères, l’agence Stage of the Art, avec le soutien de Converse, assure la programmation des concerts. Rencontre avec Juliette Armanet, qui jouait samedi 23 avril dans jardin suspendu de la villa Noailles. 
© Andrea Montano
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Au Jardin suspendu de la Villa Noailles, une vaste terrasse gazonnée surplombant Hyères avec la mer en toile de fond, Juliette Armanet avait posé son piano noir ce samedi 23 avril. Dans le cadre des concerts programmés par l’agence Stage of the Art et Converse, la Française, qui ouvre une nouveau chapitre passionnant de la chanson hexagonale en sortant ces jours-ci un Ep nommé Cavalier Seule, a plongé le public du Festival de Hyères dans un état de contemplation béat. 

Quelques minutes avant de se tenir bouche bée, on s’est entretenues avec Juliette Armanet pour lui faire parler de ses inspirations visuelles et de son rapport au style. Rencontre. 

 

As-tu eu le temps de visiter les expositions du festival?

Non, pas encore. Je me suis levée à 4 heures du matin, car je jouais hier soir à Brest. Il a d’abord fallu que je prenne un avion de Brest à Paris, puis un autre de Paris à Toulon. Je suis arrivée à la villa à 14h et je n’ai pas du tout eu le temps de voir quoi que ce soit.

Quelle est ton approche du stylisme dans le cadre de ton projet musical?

Je dois avouer que c’est un peu la partie que j’aime le moins. Il s’agit de mon corps et j’ai l’impression que rien ne lui va. Les talons, les robes, tout ça déjà, c’est pas possible. J’aime bien les chemises, les trucs un peu amples…En fait, je ne sais pas trop m’habiller. Même si j’y viens doucement.

“J’aime bien que ma musique soit associée dans l’imaginaire à quelque chose d’un peu fantasmatique et étrange.”

Quelle est ton icône de style absolue?

En revoyant des vidéos de Prince, je me suis dit que, quand même, la chemise à jabot, c’est sublime. Il y a là-dedans une exubérance absolument magique à voir. Madonna aussi, dans le genre, a bien assuré au niveau des tenues. Les années 80 de toute façon, c’était vraiment super pour ça. Ces coupes invraisemblables, ces couleurs immondes, tous ces trucs qu’on adore aujourd’hui, avaient une espèce de folie et d’humour qui me plaisent bien. Lio a porté des trucs superbes aussi, tout comme les Rita Mitsouko.

Ton approche visuelle semble très importante, tu travailles notamment avec l’artiste Théo Mercier depuis tes premiers Ep’s. Comment votre collaboration a-t-elle débuté?

C’est mon meilleur ami depuis 15 ans, il m’a toujours aidée. Cette année, on est partis ensemble au Mexique pendant un mois et quand je lui ai dit que j’allais appeler mon Ep Cavalier Seule, il a eu l’idée de me mettre en ponette. C’est vrai que j’apporte beaucoup d’importance au visuel, car j’aime bien que ma musique soit associée dans l’imaginaire à quelque chose d’un peu fantasmatique et étrange. Ça me permet de l’emmener vers autre chose qu’un truc de pure variété.  

 

 

Le coup des poils sur les bras, sur la pochette de ton morceau L’Amour en solitaire, c’est un statement féministe?

Non, mais ça aurait pu! L’idée, c’était vraiment d’illustrer quasi littéralement la notion d’amour en solitaire, de se mettre dans la posture de cette femme qui manque tellement d’amour qu’elle finit par devenir l’homme dont elle rêve. C’est une espèce de deux en un du désir.

Pour le clip de Manque d’amour, tu as fait appel à Pablo Padovani de Moodoïd. C’est aussi un ami à toi?

Non là, pour le coup, j’avais vu ses clips et je les avais adorés. J’avais trouvé ça artisanal et kitsch, un peu maladroit… Il y a chez lui un truc très raffiné et en même temps ça ne se prend pas au sérieux, c’est exactement le genre d’entre-deux qui me va. On avait envie d’un truc à la Pierre et Gilles, avec des espèces d’ambiances un peu Peau d’Âne.

“Je pense que l’architecture fait l’histoire.”

Quel(le) artiste trouves-tu vraiment intéressant(e) dans la musique en ce moment?

J’ai été assez touchée par l’album de Flavien Berger, que j’ai trouvé libre, pas formaté, extrêmement intense tout en étant très léger. J’aime beaucoup Mansfield T.Y.A aussi, je trouve qu’il y a de très belles chansons. C’est de la belle musique, très originale, qui ne ressemble à rien d’autre, et les partis pris visuels sont chouettes également. C’est Théo qui fait leurs images aussi, d’ailleurs.

Une citation que l’on attribue à Frank Zappa dit: “Écrire sur la musique, c’est comme danser sur de l’architecture”. Toi qui vas faire un concert sur la terrasse de la villa Noailles, qu’est-ce que ça t’inspire?

En entendant cette phrase, j’ai tout de suite pensé à l’architecture d’une partition, ou à l’architecture harmonique d’une chanson… Du coup je trouvais ça marrant d’imaginer des mots qui dansent. Mais pour parler vraiment d’architecture, je m’y intéresse pas mal en ce moment car, avec mon mec, on construit actuellement une maison de nos propres mains. Je pense que l’architecture fait l’histoire. Un endroit, selon la façon dont il est construit, va créer une certaine forme de rencontres, de vie sociale et émotionnelle. Dans un lieu comme la Villa Noailles, je n’ai même presque pas à jouer tellement tout est dit.

Juliette Armanet concert live Cheek Stage of the Art © Andrea Montano

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Propos recueillis par Faustine Kopiejwski 


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