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Cinéma

“Les Filles d’Avril”, un film lumineux sur une mère abusive

Ancré dans la réalité sociologique mexicaine, ce portrait âpre et ambivalent d’une mère violemment abusive est le meilleur film du réalisateur de Después de Lucía.
© Lucia Films
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Une jeune fille se lève, il fait chaud, elle est nue, elle est enceinte. Valeria n’a que 17 ans. Avec son amoureux, Mateo, elle a décidé de garder l’enfant. Valeria vit avec sa sœur aînée dans une grande maison qui appartient à leur mère (Emma Suárez), une Espagnole qui réside ailleurs. Elle s’appelle Avril et semble inspirer une certaine méfiance à ses deux filles. Mais elles la préviennent de l’arrivée de cet enfant, et elle les rejoint. Tout se passe bien jusqu’à la naissance du bébé. Valeria semble un peu dépassée par les événements, comme toute jeune mère. Mais Avril, au lieu de l’encourager, devient omniprésente, lui met des bâtons dans les roues. Un jour, la mère demande à la justice de confier l’enfant à une famille d’adoption… C’est le début d’un long processus de vampirisation.

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Depuis son premier film (sur l’inceste), Daniel & Ana (2009), Michel Franco n’a cessé de raconter des histoires horribles avec une précision réaliste souvent dérangeante: le harcèlement sur les réseaux sociaux et la vengeance individuelle dans Después de Lucía (2012), la solitude absolue d’un homme qui accompagne les malades en fin de vie dans Chronic(2015), avec Tim Roth.

 

Son film le plus lumineux

On lui reproche parfois la noirceur provocatrice de son univers, son ambiguïté politique, le plaisir manifeste qu’il prend à voir souffrir ses personnages. Avec Les Filles d’Avril, sans renier son esthétique très directe, Franco attendrit un peu son cinéma et signe son film le plus lumineux, le moins cruel de tous, le plus mûr.

D’abord parce qu’il est évident que le réalisateur mexicain ne juge pas ses personnages -contrairement à Michael Haneke à qui on le compare. Il part d’une réalité sociologique (le grand nombre de jeunes mères au Mexique), la pose, la déplie, y introduit un corps étranger (ici une mère déséquilibrée) et regarde ce qui se produit. Cette alchimie peut sembler froide et sadique, mais ce regard de naturaliste a longtemps été reproché à un cinéaste comme Buñuel. Il n’est pas question de placer au même niveau les deux réalisateurs, mais ils ont un point commun : l’observation de troubles humains et le refus de toute interprétation psychologique.

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Extraordinaire Emma Suárez

Il faut dire aussi que la présence dans le film de l’extraordinaire Emma Suárez (révélée aux spectateurs l’année dernière dans Julieta de Pedro Almodóvar) est ici primordiale. Elle inspire immédiatement de l’empathie. Oui, Avril est “folle”, une mère possessive et abusive, mais on ne parvient pas à lui en vouloir totalement. C’est peut-être ce qui manquait aux personnages de Franco jusqu’à présent: de l’ambivalence, la possibilité de les aimer un peu.

Et puis la fin du film laisse la porte ouverte sur une possible libération de Valeria, un espoir qui semblait jusque-là impossible aux autres “héros” de Franco. C’est à ce jour, sans nul doute, son meilleur film (prix du jury Un certain regard cette année à Cannes).

Jean-Baptiste Morain

L’article a été initialement publié sur le site des Inrocks.

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En salles le 2 août.


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