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“Gaspard va au mariage”: Lætitia Dosch et Christa Théret balancent tout sur la famille

À l’occasion de la sortie de l’excellente comédie d’Antony Cordier, Gaspard va au mariage, nous avons soumis les deux héroïnes du film, Lætitia Dosch et Christa Théret, à une interview “La famille”. 
© Jeannick Gravelines
© Jeannick Gravelines

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À gauche, il y a Lætitia Dosch, 37 ans, sa franchise déconcertante, sa désinvolture et ses silences pensifs qui précèdent des réponses soudaines et enjouées. À droite, Christa Théret, 26 ans, sa voix rocailleuse et sensuelle, ses hésitations adolescentes et son calme. Ce jour-là, les deux actrices sont réunies dans une chambre d’hôtel du 18ème arrondissement parisien pour la promo du film Gaspard va au mariage, en salles mercredi 31 janvier. Dans cette comédie fantasque, intelligente et drôle d’Antony Cordier (Douches froides, Happy Few), on assiste aux retrouvailles d’une famille singulière avec son lot de névroses en tout genre.

Le pitch? Gaspard, interprété par Félix Moati (Cherchez la femme, À trois on y va), 25 ans, revient avec appréhension dans le giron familial, après s’en être tenu longtemps éloigné, à l’occasion du remariage de son père (Johan Heldenbergh vu dans Alabama Monroe). Si toutes les familles sont uniques, la sienne est particulièrement loufoque: elle vit au milieu des fauves car elle tient un zoo, malheureusement sur le point de fermer boutique en raison de difficultés financières. Il y a le père volage, sa compagne, la vétérinaire du parc (Marina Foïs), le frère pragmatique et sérieux (Guillaume Gouix) et Coline, la soeur, brillamment incarnée par Christa Théret (Le CouperetLOL), qui, depuis qu’elle est petite, se prend pour une ourse. Sur la route, Gaspard croise Laura, jouée par Lætitia Dosch (Jeune Femme, La Bataille de Solferino), une jeune femme lunaire qui accepte de jouer le rôle de sa petite amie le temps du séjour. 

Très vite, on comprend que dans cette tribu règne une “confusion du désir”, comme l’explique Antony Cordier dans le dossier de presse. Coline, la soeur qui se trimballe constamment avec une peau d’ours sur le dos, mange des racines et se frotte aux arbres, entretient une relation quasi-incesteuse avec Gaspard, son frère. La présence de Laura, la fausse petite amie, change la donne et bouscule cette promiscuité familiale et animale par sa candeur et sa spontanéité. On a soumis Christa Théret et Laetitia Dosch, rivales à l’écran, complices dans cette chambre d’hôtel, à une interview “La famille” afin de découvrir si leurs tribus respectives sont aussi bizarroïdes que celle de cette comédie qu’on vous conseille vivement. 

 

La famille, c’est quoi pour vous?

Christa Théret: La famille proche. J’ai deux soeurs, un frère et ma mère -j’ai perdu mon père très tôt- et ce noyau-là est très fort, c’est vraiment de l’amour, c’est un pilier pour moi. Après, je ne suis pas très famille dans l’extension. 

Laetitia Dosch: C’est un lieu de grosses névroses, un lieu d’enfermement, ça a été comme ça jusqu’il n’y a pas très longtemps pour moi, environ un an. Je voyais la famille comme un lieu où l’on dépérit, et aujourd’hui, je sais qu’il y a aussi des belles choses à l’intérieur de ça et surtout, j’arrive à penser que je pourrais en créer une qui soit certes un peu toxique, mais pas que. 

Dans ma famille, il y a une sorte de violence animale cachée.” (Lætitia Dosch)

Vous êtes plutôt famille dysfonctionnelle ou fusionnelle?

L.D.: Ça peut être les deux en même temps, c’est ça qui est bien! Il y a toujours à boire et à manger. Ce qui est beau, dans ce film en tout cas, c’est qu’elle est dysfonctionnelle et fusionnelle: ça parle de la façon dont chacun essaye de faire avec le dysfonctionnel pour qu’il devienne vivable et qu’il n’empêche pas d’aimer l’autre. Dans ma famille, il y a aussi une sorte de violence animale cachée. 

C.T.: Je dirais que ma famille est plutôt passionnelle parce qu’on s’aime passionnémement mais qu’on ne sait pas se le dire. Il y a beaucoup de colère aussi, parce que les gens qu’on aime, on leur en veut toujours un peu quelque part. Puis, on ne veut pas qu’ils souffrent, et on attend beaucoup de leur jugement. 

© Jeannick Gravelines

Qu’avez-vous hérité de vos parents?

C.T.: La première valeur que m’ont transmise mes parents, c’est l’humanité. Mon père, artiste peintre, et ma mère, modèle en arts plastiques, étaient des gens très simples, ils ne se sont jamais qualifiés par rapport à leurs positions sociales. Je trouve que, dans cette société, on forme des petits cercles qui ne se touchent pas entre eux. 

L.D.: La fantaisie, la colère et la conscience des codes sociaux, même si je les respecte moins qu’eux. De ma mère, j’ai hérité justement de la conscience de l’importance de travailler, de créer des choses. Ma mère a été éduquée pour ne pas travailler, elle a évolué dans un milieu aristocrate, c’était une femme à laquelle on disait ‘tu vas trouver un mari, ne travaille pas’. Elle s’est beaucoup battue pour bosser, je crois qu’elle m’a passé ça. Elle n’a pas eu son bac, elle en a toujours été malade, elle est aujourd’hui à la retraite mais elle a travaillé dans les ressources humaines. 

 

 

Votre souvenir d’enfance le plus marquant?

L.D.: Quand j’étais petite, on était dix à vivre à la maison, mes parents, mes oncles, mes tantes, etc. Un jour, je suis rentrée de l’école, ils étaient tous en train de goûter -c’est une tradition dans ma famille, tout le monde goûte ensemble-, j’avais peut-être 5 ou 6 ans, et je leur ai demandé ‘est-ce que c’est vrai que le père noël n’existe pas?’ Ils m’ont répondu ‘ben ouais’. Et j’ai dit ‘Et la petite souris?’ ‘Ben ouais, tu savais pas?’. Je me souviens avoir pris des gâteaux et être allée me cacher derrière un lit pour les manger en pleurant…

C.T.: J’adorais aller avec ma soeur dans une ferme, chez les cousins de mon père, dans le nord, près d’Arras. On jouait dans les rouleaux de paille, ils étaient les uns sur les autres dans un grand hangar, c’était dangereux, on s’accrochait aux ficelles bleues, ça pouvait d’ailleurs faire un peu mal, on allait tout en haut, il y a 8 ou 10 mètres, et puis on se laissait descendre dans les trous que formaient les rouleaux. C’était super!

Chez vous, les repas de famille, c’est plutôt Festen, Un Air de famille ou Une famille formidable?

L.D.: Un Air de famille! Il y a des colliers de chien qui sont offerts! 

C.T.: On ne mange plus tellement ensemble aujourd’hui, on a des rythmes un peu différents. Quand ça arrive, ça peut être très cool ou bien tragique, quelqu’un peut dire un truc et ça dérape en deux secondes! 

© Jeannick Gravelines

Sur la photo de famille, vous vous situez où en général?

L.D.: À droite, au fond. 

C.T.: Sur les photos de famille, je remarque que j’avais ce côté garçon manqué, je pense que je prenais de la place, et Edith, ma soeur, le ressentait, elle était un peu en retrait. Moi, j’étais torse nue, j’avais de la terre sur les joues et j’avais toujours des trucs dans les cheveux et des bâtons, je prévoyais d’escalader des trucs, j’étais toujours dans des plans périlleux…

Le vrai acte d’émancipation, peut-être que je commence à le faire, c’est de cesser d’être dans la provocation.” (Lætitia Dosch)

Votre acte d’émancipation le plus fort?

C.T.: D’y revenir je pense, parce que je suis partie trop tôt, à l’âge de 15 ans. En ce moment, je vis chez ma mère, dans le 18ème arrondissement, dans un atelier d’artiste. Avec le cinéma, l’argent, la possibilité de voyager, j’ai vécu très vite comme une adulte. 

L.D.: D’arrêter de faire la folle, parce que, jusqu’à présent, mes actes d’émancipation ont consisté à être dans la provocation, me teindre les cheveux quand j’étais ado par exemple. Le vrai acte d’émancipation, peut-être que je commence à le faire, c’est de cesser d’être dans la provocation, sauf si c’est vraiment très important! Me simplifier. Tout ça, c’était pour exister, me faire remarquer. 

© Jeannick Gravelines

Vacances en famille ou entre amis?

C.T.: Quand j’étais adolescente, c’était vacances entre amis. et là, depuis trois ou quatre ans, c’est plutôt vacances en famille. J’ai beaucoup d’admiration pour ma maman, elle est très généreuse. J’ai perdu mon père tôt, j’ai cette conscience que les choses ne sont pas éternelles, donc je veux en profiter. 

L.D.: Vacances en famille mais courtes. J’aime les voir en éclair. Il ne faut pas que j’y passe trop de temps, sinon je dis des bêtises. 

La devise de votre famille?

L.D.: Toujours sourire!

C.T.: Chocolat chaud!

Propos recueillis par Julia Tissier 


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