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5 leçons à tirer de l'autobiographie de Kim Gordon

Avec Sonic Youth, elle a marqué pour toujours l’histoire du rock indépendant. Quatre ans après la séparation du groupe et la fin de son couple avec Thurston Moore, Kim Gordon déballe tout dans Girl in a Band, une autobiographie qui sortira en version française le 21 mai aux éditions Le Mot et le reste. 
© Alisa Smirnova
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Être une fille dans un groupe de rock, ce n’est pas tous les jours facile

Quand Kim Gordon, jeune californienne aux cheveux clairs, débarque sur la scène arty new-yorkaise dans les années 80, elle n’a qu’une envie: faire partie d’un groupe de rock. Pourquoi? Pour pénétrer cette mystérieuse relation entre les musiciens et le public, et cette alchimie qui peut se créer entre deux hommes sur scène. Elle écrit des essais qui théorisent ce qu’elle appelle le “male bonding”, elle rejoint des performances. Jusqu’à ce que la rencontre avec le guitariste Thurston Moore, puis avec son acolyte Lee Ranaldo, lui ouvre les portes de Sonic Youth. La révolution est en marche et Kim Gordon devient cette fille dans un groupe de garçons… Une différence qu’on lui rappelle chaque jour. Partout où elle passe, les journalistes n’ont que cette question à la bouche: “Ça fait quoi d’être une fille entourée de garçons?”

Beaucoup de choses dépendent du physique de la fille du groupe.” 

À la naissance de sa fille Coco, la rengaine se transforme. “Alors, ça fait quoi d’être une mère dans un milieu rock?” Les britanniques ne la ménagent pas. “Après m’avoir posé ces questions, se souvient-elle, ils rentraient chez eux pour écrire des articles cruels, âgistes et sexistes.” Il y a les médias, et il y a les labels. Quand ils signent chez une major (Geffen) après Daydream Nation en 1990, elle comprend qu’une place lui est désormais dédiée sur le devant de la scène. Elle doit composer avec son nouveau statut d’icône glamour. “Beaucoup de choses dépendent du physique de la fille du groupe”, écrit-elle. C’est elle qui “aspire le regard des hommes”, on ne lui “donne pas beaucoup de libertés”. Dans cette dynamique masculine, Gordon déplore qu’on attende des filles de “ramener une harmonie dans le monde, pas de le détruire”.

 

 

“Sans confiance en soi, ce que l’on porte n’a aucune importance”

Dans les photos qui accompagnent Girl in a Band, Gordon change de look à chaque page. Cheveux blonds et jupe à fleurs pour résumer son adolescence en Californie, hantée par l’ombre menaçante de la Manson Family. Jupe en cuir et cheveux courts pour ses débuts sur la scène arty de New York, où elle travaille pour Larry Gagosian. Robe à rayures pour torturer sa guitare sur scène avec Sonic Youth. T-shirt X-Girl, la marque qu’elle crée avec Daisy von Furth, quand elle pose auprès de Sofia Coppola dans les années 90. Gordon tisse une vraie réflexion sur la mode et l’évolution de son style, influencé par tous ceux et celles qui l’inspirent: Françoise Hardy, les figures de la Nouvelle Vague, son ami Marc Jacobs…

Au milieu de sa famille compliquée, la recherche de la tenue adaptée est le miroir de ses incertitudes.

Au milieu de sa famille compliquée -un père perdu dans ses études de sociologie et un frère schizophrène-, la recherche de la tenue adaptée est le miroir de ses incertitudes. Très tôt, elle en comprend les enjeux. “Comment s’habiller et être en accord avec sa personnalité?, se demande-t-elle. Comment une femme peut-elle être sexy ou attirante tout en restant fidèle à ce qu’elle est?” Garçon manqué, elle s’amuse de son image. “Je ne pense jamais à la féminité, explique-t-elle, sauf quand je porte des talons. Et encore, je me sens plus comme un travesti! […] Sans confiance en soi, ce que l’on porte n’a aucune importance.”

 

 

Le féminisme, c’était mieux avant

À part Lena Dunham et Girls, qui trouvent grâce à ses yeux, Kim Gordon est plutôt sceptique sur le féminisme des années 2000. La guitariste revient sur les combats des Riot Grrrls, en particulier de son amie Kathleen Hanna (leader de Bikini Kill), qui refusaient de parler aux médias, et d’être exploitées par un monde dominé par les “hommes blancs”. Pour Gordon, marketing, féminisme et rock’n’roll ne font pas bon ménage. Madonna? Elle a réussi à participer à l’émancipation des femmes au début de sa carrière, mais a depuis accepté de se vendre à un marketing inspiré par le porno et “pensé par les hommes”.

Mais le pire, pour Kim Gordon, reste Lana Del Rey.

Même punition pour les Spice Girls ou pour Courtney Love, “princesse punk des médias”, qui a eu le mauvais goût d’avoir une relation avec Billy Corgan, le leader “geignard” des Smashing Pumpkins. Mais le pire, pour Kim Gordon, reste Lana Del Rey. “Aujourd’hui, explique-t-elle, nous avons quelqu’un comme Lana Del Rey, qui ne sait même pas ce qu’est le féminisme, qui pense que les femmes peuvent faire tout ce qu’elle veulent, ce qui, dans son monde, tend vers une forme d’autodestruction.” Elle n’a visiblement pas digéré le commentaire de la chanteuse, qui jugeait la mort prématurée de Kurt Cobain plutôt “glamour”.

 

 

Il est temps de repenser l’art contemporain

Féminisme et anticapitalisme se disputent les faveurs de Kim Gordon. Quand elle ne réfléchit pas à une façon de donner un meilleur rôle aux femmes dans le rock actuel, elle songe à faire brûler le marché de l’art contemporain. Qui ne sert, à ses yeux, qu’à remplir la boutique de souvenirs du MoMA. New York est devenu un temple dédié à “l’argent” et à la “consommation”, qui met en avant des artistes comme Jeff Koons, tout juste bon à resservir ce qu’a déjà fait Marcel Duchamp.

Avec Sonic Youth, elle a voulu détruire le rock. Maintenant, il est temps de détruire l’art contemporain et son marché.

La chanteuse et guitariste expose elle-même régulièrement dans des galeries, mais avoue s’être toujours sentie en dehors du milieu, une outsider de Los Angeles, perdue dans une ville en plein déclin artistique. Avec Sonic Youth, elle a voulu détruire le rock. Maintenant, il est temps de détruire l’art contemporain et son marché.

 

 

Les histoires d’amour finissent mal

C’est ce que développe Kim Gordon dans la première et la dernière partie de ses mémoires, et c’est la leçon la plus douloureuse de ses écrits. “C’est dur, explique-t-elle, de raconter une histoire d’amour quand on a le cœur brisé”. Elle raconte en détails la découverte de textos dans le téléphone de Thurston Moore, qui lui permettent de comprendre que son mari et son partenaire artistique de toujours la trompe avec une autre femme. “Le couple dont tout le monde pensait qu’il était intouchable, normal, et toujours intact, qui donnait de l’espoir aux jeunes musiciens qui voulaient durer dans le monde fou du rock’n’roll, n’était rien d’autre qu’un cliché de la crise de la cinquantaine”, écrit-elle dans les premières pages de son autobiographie.

Mais ce n’est pas sur cette leçon déprimante que Gordon laisse son lecteur. Avant de fermer ce chapitre de sa vie, elle raconte un flirt récent qu’elle a vécu avec un inconnu dans une voiture à Los Angeles. Autant terminer sur une dernière tranche de California Dreamin’ et ouvrir un nouveau chapitre. Il reste tant de choses à apprendre.

Pauline Le Gall 


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