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Girl in the Band: Adé, la voix et les paroles de Thérapie Taxi

On a interviewé les filles (et les mecs) de groupes mixtes programmés à Rock en Seine, pour savoir si et comment le sexisme est présent dans la musique. Cette semaine, Therapie Taxi. 
© Panenka Music
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Thérapie Taxi, c’est d’abord Adélaïde, 22 ans et Raphaël, 23 ans, sous le nom de Milky Way. En 2014, Adélaïde, qui se fait appeler Adé, lance une annonce sur un site spécialisé. Elle rencontre alors Raphaël -dites Raph-, qui chante déjà, et ils se lancent, composant des morceaux plutôt folk. Deux ans plus tard, ils sont rejoints par Félix et Renaud, s’orientent vers des sonorités résolument pop, changent de nom et deviennent Thérapie Taxi. Pourquoi ce nom? Du second degré, comme leurs paroles, explique Adé. C’est pour évoquer “ce moment où, en sortant de soirée, tu t’affales dans un taxi pour lui raconter ta vie, continue-t-elle. Ou bien qu’il te raconte la sienne. Et tu n’en piges que la moitié parce que tu es complètement bourré!”. (Rires.) Leur noms à eux, en revanche, on ne saura pas. Ce que l’on sait cependant, c’est qu’ils vivent les mêmes choses que tous les jeunes de leur âge. C’est même de cela qu’ils s’inspirent pour leurs morceaux: des soirées où l’on boit (trop) dans Coma idyllique, des phrases que l’on rêve parfois de balancer à la tronche de nos exs avec Salop(e), des délires invraisemblables comme celui de Jean-Paul, dont le clip vient d’être publié.

 

 

En mars, le groupe a sorti son premier EP. Il travaille désormais sur son premier album, qui devrait sortir “début 2018”, estime Fred. En attendant, ils seront à Rock en Seine le 27 août. L’occasion de leur tendre le micro pour notre interview Girl in the band, où l’on rencontre des femmes qui évoluent entourées d’hommes dans le monde de la musique, pour tenter de répondre à cette question: être une femme dans un groupe d’hommes expose-t-il forcément au sexisme?

La fois où on a voulu apprendre à Adé à chanter?

Adé: Ça ne m’est jamais arrivé. C’était plutôt moi qui me mettais des barrières: quand j’ai contacté Raph, je m’orientais plutôt vers les choeurs, pas vers le rôle de chanteuse.Je n’osais pas trop au début. Mais on a tenté, et ça a bien marché. 

Félix: Tu étais jeune aussi, quand tu as commencé. Tu avais à peine 18 ans. 

Adé: C’est vrai. Et puis j’ai réfléchi, j’ai fait écouter autour de moi, j’ai testé l’écriture. Ça m’a plu.

Raph: Pour Therapie Taxi, c’était devenu complètement naturel. On écrit tous les deux des morceaux.

Adé: Oui, Jean-Paul et Adena, par exemple, c’est moi. C’est très facile de se mettre des barrières toute seule. Mais à force de réflexion, de discussion, tu peux les dépasser. À l’écoute des premiers enregistrements, mes proches me disaient que ça fonctionnait bien. Et de fil en aiguille, j’ai pris la place que j’ai.

La fois où on a pris Adé pour une groupie?

Félix: En général, on se balade plutôt en groupe.

Adé: De toute façon, c’est pas trop mon style de me mettre en avant. Quand on rencontre d’autres groupes de musique, c’est plutôt Raph qui fonce pour dire bonjour à tout le monde. Je suis un peu moins sociable, j’aurais plutôt tendance à être la dernière à le faire.

Le truc qu’Adé est la seule à maîtriser dans le groupe?

Félix (Ndlr: après un silence): Les fringues! Quand on a un shooting, ou quand on est sur scène, c’est elle qui nous donne des indications.

Adé: Ah oui, c’est moi qui les habille. Surtout Raph, mais il y a des progrès de ce côté-là. (Rires.)

Félix: Il y a l’harmonica aussi, elle est la seule à savoir en jouer. Et évidemment, la guitare à la main gauche. Ça complique un peu les choses parce que, lorsqu’on répète et que l’on veut lui montrer une mélodie, on ne peut pas directement lui passer notre instrument. Elle a besoin de sa propre guitare parce qu’elle est gauchère.

Le plus girly des mecs?

Adé: Renaud se définit comme femme. 

Renaud (Ndlr: qui vient de débarquer): Disons que lorsque je vois des mecs, je me dis que je ne ressemble pas à ces gens-là. Mais quand je vois des nanas, pas forcément non plus cela dit!

Quand on vous dit groupe avec une fille, vous pensez à qui?

Raph: Il y en a plein! Fishbach, Juliette Armanet, La Femme où la chanteuse est une femme, les Pirouettes, Juniore… Dans la pop, je trouve qu’il y a de gros progrès.

Adé: Mais c’est pas le cas partout, il n’y a qu’à voir dans le rap, à part Diam’s…

Félix: Aux Transmusicales, on avait quand même vu ce groupe de 10 ou 15 filles qui rappaient, Reykjavíkurdætur, c’était top!

Adé: Exact, ils sont toujours plus en avance dans les pays du Nord!

Raph: C’est dommage, j’adorerais voir plus de filles dans le rap! Mais c’est peut-être un univers plus compliqué, avec des phrases et des images plus violentes. Ça doit les rebuter. Rien que pour Salop(e), où j’ai fait l’expérience d’écrire d’un point de vue féminin, ça été hyper compliqué. On a galéré à trouver les mots pour le couplet d’Adé.

Adé: Oui, c’est un morceau assez violent, et on s’est vite rendu compte que les trois-quarts des insultes que l’on trouve s’attaquent à des meufs. Il y en a beaucoup moins pour les mecs.

Raph: Si des rappeuses réussissaient à caser des phrases comme celle qu’on a trouvée -“Je te ferai bouffer mes tampons”-, ce serait super! C’est puissant comme image!

 

Selon vous, pourquoi les femmes sont-elles minoritaires dans la musique?

Félix: C’est marrant, c’est une réflexion qu’on s’est faite il n’y a pas longtemps. On a réalisé que, dans certaines programmations de festival, c’était assez chaud de trouver des filles. Et là où on les voit vraiment le moins, c’est dans tous les métiers techniques, parmi les ingés son par exemple. 

Raph: C’est vrai qu’autour de nous, on n’a quasiment pas de fille, à part notre attachée de presse.

Adé: Il y a aussi des filles au marketing chez Panenka, notre label, mais c’est vrai que qu’elles sont rares. Certaines doivent être rebutées par le côté hyper masculin du milieu. Quand tu te dis “si je fais ça, je ne vais bosser qu’avec des mecs pendant les 20 prochaines années”, je peux comprendre que ça te démotive un peu!

Que faudrait-il pour que ça change?

Adé: Il faudrait probablement que les meufs ne soient pas que des chanteuses. J’écris autant les paroles que Raph, par exemple. Mon investissement est donc important dans le groupe, je ne suis pas interchangeable. Parce qu’à moins d’avoir la plus belle voix du monde, quand on n’est que chanteuse, on peut facilement te remplacer. Que tu sois une fille ou un mec d’ailleurs, et au chant ou à n’importe quel instrument. 

Raph: C’est vrai que dans les groupes où les filles ne sont que chanteuses, où on leur file leur texte et c’est tout, elles ont tendance à se barrer pour aller vers des projets qui les intéressent davantage. Si elles participent vraiment au processus créatif, ce genre de va-et-vient est beaucoup plus compliqué. Elles mettent vraiment leurs tripes dans le projet. C’est le coeur de notre fonctionnement dans Therapie Taxi.

Propos recueillis par Mathilde Saliou


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