culture

Grosses et fières de l'être, les rappeuses body positive prennent le micro

Assumer son corps non conforme aux normes et revendiquer ses rondeurs comme outil d’affirmation et de libération: depuis quelques années, certaines rappeuses nouvelle génération font du body positive un combat en mots et en images. 
Lizzo © Instagram.com/lizzobeeating
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J’ai un joli visage / La taille potelée / Des jambes larges / En forme”, rappait Missy Elliott sur Lose Control en 2005. Avec ses looks martiens et son style inimitable, la MC/chanteuse/productrice a incontestablement participé à modifier l’image des femmes dans le rap. Après Queen Latifah dans les années 1990, Missy Elliott est l’une des rares rappeuses à avoir acquis une renommée internationale “malgré” un corps non-conforme aux standards de beauté occidentaux, inspirant toute une nouvelle génération d’artistes hip hop. “Voir une fille ronde et noire devenir une légende absolue résonne beaucoup chez moiraconte Mags du trio québécois de rappeuses noires et queer Strange Froots. “En grandissant, j’ai eu très peu de rôles modèles qui avaient la même morphologie que moi.

 

De nouveaux rôles modèles

En 2018, la relève body-positive est bien là. Ronde, femme et noire, Lizzo évoque toutes les discriminations qu’elle peut rencontrer dans l’Amérique actuelle, notamment la grossophobie. Dans son album Big Grrrl Small World sorti en 2015, la rappeuse de Minneapolis célèbre avec ferveur les femmes et leur embonpoint. Son leitmotiv: aimez-vous comme vous êtes. Oui les femmes rondes peuvent être heureuses, belles, avoir du désir, et peuvent même se masturber et faire du sport! Avec ironie, elle aborde ainsi sa passion pour le fitness dans le titre du même nom. A l’image, des femmes de toutes morphologies dansent en résilles avec des paroles 100% empowerment: “ce n’est pas pour toi que je le fais”. Dans Boys, Lizzo s’attaque également aux stéréotypes de genre et offre une délicieuse scène performée par une bande de filles overweight qui squattent des pissotières vêtues de body-strings en imprimés panthère.

 

 

Sorte de Beth Ditto de l’underground new-yorkais, Contessa Stuto défie aussi les diktats de la minceur depuis le début des années 2010. Leadeuse du collectif hip hop queer Cunt Mafia, la rappeuse hors cases se définit comme une “BBW” (“big beautiful woman”). Ses clips totalement déjantés sont une véritable bouffée de liberté et d’inspiration. M­­­aquillage gothique, perruques couleur bonbon, tenues extravagantes et bourrelets apparents, la MC balance son flow corrosif dans une ambiance street burlesque ou sur fond de guitares stridentes, entre ingestion de friands à la viande et roulage de pelles à deux-trois filles.

 

Une ode à la diversité en général

Pendant trop longtemps, on a fait en sorte que les femmes aient une mauvaise image d’elles-mêmes”, explique Miss Eaves, rappeuse originaire Brooklyn qui dénonce le body shaming dans ses morceaux. “Les médias grand public ont décidé que leur corps n’était pas ‘le bon’, principalement parce qu’avoir une faible estime de soi sert le capitalisme. La visibilité et la représentation sont essentielles afin que nous puissions commencer à nous réparer et à nous accepter telles que nous sommes.” L’artiste féministe intersectionnelle revendique ses “cuisses du tonnerre” dans Thunder Thighs, où elle arpente les rues avec un gang de femmes rondes qui twerkent.

 

 

A l’instar de la MC américaine, les Canadiennes The Sorority estiment être “tellement plus que des corps et nos rimes le prouvent”. Dans leur reprise revisitée de Ladies Night, hymne à la sororité de 1996 signé Lil’ Kim, Angie Martinez, Left Eye, Da Brat et Missy Elliott, le groupe rend hommage à ses aînées, tout en ancrant les combats d’hier dans les réalités d’aujourd’hui: accepter et montrer la diversité des corps de femmes, programmer plus de rappeuses dans les festivals et promouvoir l’intersectionnalité.

 

Le rap, seul espace d’expression pour les femmes rondes

Car au-delà d’affirmer le droit d’avoir un corps différent, ces rappeuses célèbrent la diversité et la pluralité du hip hop, proposant des modèles de femmes absents de n’importe quel autre courant musical. Féministes, elles le sont bien évidemment, mais leur simple présence sur la scène hip hop et la manière dont elles mettent en scène leur corporalité perçue comme dissonante démontre la manière dont l’image du corps des femmes a évolué ces dernières années.

Alors que les femmes rondes demeurent invisibilisées dans la société, le rap, pourtant blâmé pour son prétendu sexisme outrancier, est devenu l’un des rares endroits où l’on peut voir et entendre la parole de femmes rondes, quelles que soient la couleur de leur peau et leur orientation sexuelle.

Éloïse Bouton


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