culture

Spectacles

Humour: quatre spectacles féministes pour passer l'hiver à Paris

Comptines sur l’épisiotomie, conférence sur les règles… quatre stand-uppeuses à suivre dans le sillage de Blanche Gardin, Océanerosemarie et Agnès Hurstel.
Marina Rollman © Charlotte Abramov
Marina Rollman © Charlotte Abramov

Marina Rollman © Charlotte Abramov


Laurie Peret

Quoi? “Prends la vie du bon côté, tu n’as pas le choix, à moins que tu te suicides”. Dans ce premier spectacle musical et grivois, une jeune mère hébétée derrière son synthé exhibe sa double personnalité: “C’est une paumée très sympathique pour qui on a de l’empathie, mais on sent qu’elle peut péter un câble et n’est pas très futée”, explique l’interprète, Laurie Peret, 33 ans. Lorsqu’elle y fantasme sur scène sa condition de mère célibataire, la rime est riche: “Quand maman a oublié de venir te chercher à l’école, elle a pris des cachets avec un peu d’alcool”. Sourire figé, Laurie Peret invite les spectateurs tétanisés à compter en chœur le nombre de doigts insérés dans son vagin par le médecin, en pleine épisiotomie. Comédienne et chanteuse passée par le conservatoire de musique et Mozart l’opéra rock, Laurie Peret a été dans une autre vie championne d’impro à Trappes. Elle nous rassure: “Mon accouchement s’est bien passé”.

Où et quand? Jusqu’au 17 février à La Nouvelle Seine (Paris 5ème).

 

Klaire fait grr

Klaire fait Grr chattologie DR

DR

Quoi? “Une journée où on a localisé le clitoris n’est jamais une journée de perdue.” Dans la minuscule salle de la Comédie des Trois Bornes, Klaire fait grr, blogueuse et chroniqueuse du podcast Mycose the night, porte à la scène un texte de Louise Mey, Chattologie, qui décrit l’arrivée imminente des menstrues avec le même engouement qu’un commentateur sportif. Éclairante pour les néophytes (c’est à dire, tout le monde), la conférence entend déconstruire les croyances qui essentialisent un mystérieux secret ancestral. “Les règles feraient tourner la mayonnaise ou tomber les scarabées dans les champs. On nous fait croire dans des publicités qu’il y a du sang bleu comme du pipi de papillon. C’est toxique et cela nous culpabilise”, estime l’interprète de 32 ans. On y apprend que la pilule occasionne de faux saignements, qu’un cycle varie d’une femme à l’autre entre 21 à 36 jours et que le congé menstruel existe au Japon depuis 1947. Chaque mois, “Au mieux, on nous fait des blagues nulles, au pire on nous isole dans une hutte à distance du village”. Une observation étayée par cette analogie pertinente: l’utérus serait comme un psychopathe envahissant, installé dans votre salon, qui en referait chaque mois à grand frais toute la décoration. Le spectacle fustige également les retards de la médecine, avec cet horripilant constat: “On est bientôt en 2020 et on a encore mal”.

Où et quand? La Comédie des trois bornes (Paris 11ème), vendredi et samedi à 20h15, jusqu’au 31 mars.

 

Tania Dutel 

Tania Dutel © Christine Coquilleau

© Christine Coquilleau

Quoi? “Je ne pourrais pas être végane, j’ai déjà assez de problèmes en étant féministe.” Boulimique repentie, Tania Dutel, 28 ans, expose sur scène ses errances de serveuse dans la restauration puis d’animatrice de goûters d’anniversaires pour enfants. Avec l’irrévérence qui constitue la marque de fabrique des Américaines Amy Schumer et Sarah Silverman, elle comptabilise une somme de relations amoureuses avortées, ponctuées de rapports sexuels peu concluants (par exemple: “Un mec essaye de faire du feu avec votre vagin”). Originaire du Beaujolais, la comédienne s’est initiée au féminisme tardivement: “Avant, je faisais partie de la majorité des gens qui pensent que le féminisme, c’est la suprématie de la femme. Puis je me suis rendu compte que ce n’était pas ça et qu’il y a encore des environnements très misogynes. Par exemple, après avoir reçu un prix dans un festival, on m’a fait remarquer que j’avais gagné parce que j’étais une fille. Une autre fois, c’est un pote qui m’a posé sa bite sur l’épaule”. L’écriture du spectacle continue d’évoluer, en écho à l’actualité: “Je parlais déjà de harcèlement de rue avant le mouvement #metoo mais à ce moment-là, plein de choses sont remontées, j’étais plus touchée. Il y avait moins de rires dans la salle mais j’avais l’attention du public.”

Où et quand? Le mercredi à 20h, jusqu’au 28 mars, La Nouvelle Seine (Paris 5ème).

 

Marina Rollman

Quoi? “À Paris, qu’est ce qui est local et de saison: les mégots?”. L’impertinente Suissesse Marina Rollman revient à la scène, après une série de chroniques sur l’antenne de France Inter dans un format long, au chevet des maux de l’époque: les enterrements de vie de garçons et de jeune fille, l’auto-entrepreneuriat et le crossfit. Un Spectacle drôle se déploie en une heure autour d’inépuisables différences culturelles entre une France pétaradante et une Suisse timorée. Tout en réservant quelques saillies à l’avenir incertain de la presse: “À chaque fois qu’on clique sur le cul de Kim Kardashian, un journaliste meurt”. “Blanche, bourgeoise et en bonne santé”, l’humoriste déconstruit par l’exemple notre sexualité phallocentrée (“La pénétration n’est pas le chemin le plus court vers la jouissance!”) et la dissonance cognitive entre les représentations du porno et les pratiques sexuelles (“Ce sont des dames qui font beaucoup de bruit pour des choses qui ne marchent pas dans la vraie vie”). Brillante sans la ramener, Marina Rollman pratique un humour inclusif qui déplace la raillerie du côté des personnes dominées. Cette carnivore consternée fait ainsi l’éloge des véganes et conclue “Si notre civilisation s’éteint, ce sera à cause du pâté”.

Où et quand? Un Spectacle drôle, Théâtre du Marais (Paris 3ème), jusqu’au 29 mars.

Clémentine Gallot


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Marina Rollman © Charlotte Abramov - Cheek Magazine
Marina Rollman © Charlotte Abramov

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Marina Rollman © Charlotte Abramov - Cheek Magazine
Marina Rollman © Charlotte Abramov

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Marina Rollman © Charlotte Abramov - Cheek Magazine
Marina Rollman © Charlotte Abramov

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Marina Rollman © Charlotte Abramov - Cheek Magazine
Marina Rollman © Charlotte Abramov

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Marina Rollman © Charlotte Abramov - Cheek Magazine
Marina Rollman © Charlotte Abramov