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“Ouvrir la voix”: ce documentaire veut en finir avec les clichés sur les femmes noires à l'écran

Avec Ouvrir la voix, la réalisatrice et militante Amandine Gay redonne la parole aux Afro-descendantes noires. Interview. 
“Ouvrir la voix”: ce documentaire veut en finir avec les clichés sur les femmes noires à l'écran

On vous avait présenté Amandine Gay en 2015: l’ex-comédienne et joueuse de basket, militante LGBT et afro-féministe, est passée derrière la caméra pour réaliser et produire elle-même Ouvrir la voix. Ce long-métrage documentaire sur les Afro-descendantes noires de France et de Belgique invite ces dernières à sa raconter au travers de témoignages et de performances artistiques.

“C’est avant tout un film qui donne l’opportunité à celles qui sont habituellement racontées ou silencées, de se raconter et d’être en charge de leur représentation à l’écran. C’est aussi un film qui suit un double mouvement: mettre en lumière notre expérience commune -celle de minoritaires au sein des anciennes puissances coloniales dont nous sommes issues-, tout en rappelant l’hétérogénéité et la grande diversité des communautés afro-descendantes.” Alors que la campagne de financement du film bat son plein sur la plateforme Kickstarter, où un premier objectif de 12 000 euros a déjà été atteint, Amandine Gay a répondu à nos questions. 

Comment l’idée de réaliser ce documentaire t’est-elle venue?

Je pense que comme bon nombre de membres des groupes minoritaires en France -Afro-descendant.e.s, Asiatiques, personnes en situation de handicap, personnes trans ou intersexes, etc.-, je ne me suis jamais reconnue dans des productions audiovisuelles françaises ou francophones. J’ai donc décidé qu’il était temps de faire le film que j’aurai aimé voir, comme le suggère Toni Morrison. En abordant d’un point de vue non fictionnel un sujet que je connais de l’intérieur, à savoir le fait d’être une femme noire, j’ai eu le sentiment de reprendre le pouvoir sur une narration qui nous échappe.

C’est-à-dire?

Quand j’étais comédienne, on me demandait de “faire l’accent”, la majorité des personnages qu’on me proposait s’appelaient Aminata ou Fatou et étaient au centre d’histoires misérabilistes. Quand je suis passée à l’écriture de fiction, on me disait que les personnages que je créais -par exemple une sommelière lesbienne et noire- étaient trop “américains” et que ces filles-là n’existaient pas en France. Ouvrir la voix, c’est une façon de dire: “Vous ne nous voyez pas, pas parce qu’on n’existe pas, mais parce que vous êtes ignorant.e.s  et nous n’avons plus besoin de vous pour exister.”

Qui sont les intervenantes dans le documentaire, comment les as-tu choisies?

Les intervenantes sont avant tout des personnes que je connaissais: des femmes issues du monde artistique, des femmes avec qui j’ai étudié, des amies d’amies. Et puis, un recrutement plus large a été possible grâce aux réseaux sociaux: Twitter d’abord, mais aussi des blogs comme Parlons des Femmes Noires ou DollyStud, qui ont relayé mes appels à participantes.

 

 

Pourquoi avoir choisi de le financer via le crowdfunding?

Parce que j’ai pas trop eu le choix! Plus sérieusement, à partir du moment où je n’ai pas obtenu les financements du CNC, j’ai opté pour l’auto-production. Aujourd’hui, je travaille depuis 2 ans et demi sur ce projet aux postes de productrice, réalisatrice, monteuse, distributrice et chargée de comm’ avec mon co-producteur, chef op, monteur, qui est aussi mon conjoint. On a beau être efficaces et au top du multitasking, à un certain moment, les caisses et l’énergie se vident. D’autre part, pour la dernière partie du film qui est aussi la plus technique, la postproduction, on ne peut plus le faire chez nous car nous n’avons ni les compétences, ni le matériel pour tester le film en conditions “salle de cinéma”. On a atteint le palier “financement de la postproduction” en 10 jours, c’était inespéré, preuve que le film a déjà trouvé son public! Maintenant, on espère passer le palier qui nous permettra de rentrer dans nos frais

Où en est le film aujourd’hui? 

Le film est terminé, monté et en route pour la postproduction! On a même une date pour l’avant-première, ce sera le 8 décembre, et le lieu sera divulgué mi-novembre! Par ailleurs, on est déjà programmés en région parisienne et en Suisse en décembre, en Allemagne en janvier, au Canada en février et aux Etats-Unis au Printemps. Comme le film n’est pas encore sorti, c’est de bon augure. L’objectif maintenant sera de trouver une vraie distribution.

Un documentaire peut-il changer les choses? As-tu des exemples de films qui ont notablement fait avancer les mentalités, quel que soit le sujet?

Je n’ai pas d’exemples qui me viennent en tête mais je pense que c’est bien de rester modeste. Comme le nom du film l’indique, l’ambition est moins de réinventer la roue que de lancer des pistes de réflexions et libérer la parole. Mon plus grand accomplissement, ce serait que des jeunes Afro-descendantes et des jeunes qui ne se voient nulle part en général se disent: “Moi aussi, j’ai une histoire à raconter!” et que ces personnes fassent leur film, émission de radio, zine, etc. Ça ce serait vraiment une belle conséquence.

Propos recueillis par Faustine Kopiejwski


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